‹ Le Syndrome Infantile NormalChapitre 10 sur 17 · COLLIN · texte numérisé non relu

COLLIN

NT

de continuité entre la manière d’être normale à l’enfant et cette suggestibilité spéciale aux hystériques, aux pythiatiques suivant la façon dont il plait à chacun de les dénommer.

Et si Babinski, avec la méthode d'observation rigoureuse qu'on lui connaît, n’a voulu conserver pour apanage de l’hystérie que la suggestibilité, ne sommes-nous pas forcés de voir que cette suggestibilité est normale dans l'enfance, bien servie par un état psycho-neuromusculaire spécial et que tout ou partie de cet état subsiste anormalement chez les pythiatiques accusant leurs ressemblances avec les enfants dont ils ont le rire et le pleurer faciles comme si la pathologie héréditaire ne donnait comme cause à leur pythiatisme qu’un infantilisme mental et plastique prolongé. Il semble donc bien que ce soit dans l'enfance où déjà se remarquent des caractères bien spéciaux de retard du syndrome infanüle que les grandes névrosées de plus tard esquissent l’ébauche des troubles qui les assailleront.

Nous avons pu suivre une hystérique en miniature de 5 ans, chez laquelle se trouvent réunis à la fois tous les symptômes que nous recherchons, en même temps que sont présentes toutes les causes auxquelles nous croyons devoir accorder une importance primordiale. Sur cette même tête se trouvent réunies une hérédité bacillaire alcoolique et similaire. De ses trois collatéraux, deux sont atteints de tuberculose pulmonaire avérée; la troisième, âgée de 3 ans, rachitique, commence à parler, mais ne marche pas.

C'est cette petite Suzanne Fr..., qu'on nous amena, il

y à 1 mois à l'hôpital Hérold pour des crises de nerfs, qui inquiétaient vivement son entourage. Sa mère avait eu, 1l y à 1 an, des crises de nerfs survenant toujours quand on la contrariait: elle criait, tombait à terre el se débattait, puis après l’émission de larmes abondantes, tout rentrait dans l’ordre. À quelque temps de là, la jeune Suzanne qui avait parlé tard et marché tard, et chez laquelle on note des stigmates de rachitisme crânien, se trouvant un jour chez sa grand’mère, fut brusquement prise d’étouffements; elle devenait violette, elle ne pouvait plus respirer, elle était toute raide. Cette première attaque ne dura que 5 à 6 minutes, grâce à l’aspersion d’eau froide opportune. L'enfant se souvint fort bien de tout ce qui s'était passé; depuis, elle reparle souvent de sa crise analogue, dit-elle, aux crises de sa mère, auxquelles elle avait assisté plusieurs fois. Elle reconnaît, comme sa mère, que la contrariété « y est pour beaucoup ». Dans les crises ultérieures, pas plus que dans celle-là, on n’a jamais noté de morsure de la langue, de pertes des urines, d’écume à Ja bouche. Sa mère, de plus, nous dit qu’elle raconte des histoires pas vraies : « Je ne sais pas où elle va les chercher ».

L'examen de cette enfant apprend que le réflexe plantaire bilatéral est en flexion, les réflexes patellaires sont normaux mais, spontanément, dès la première expérience, cette enfant garde d’une façon parfaite les attitudes qu’on lui donne comme si le rachitisme, . retard de sa première enfance, son hérédité alcoolique et tuberculeuse venaient tous jouer un rôle dans la production de ce phénomène pour en exagérer la netteté.

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