NOR
signes de débilité motrice décrite par Dupré etMerklen (1). On voit ainsi que, si cet état psycho-neuro-musculaire est prolongé, dénotant au delà des limites naturelles une absence d'harmonie des fonctions du système nerveux, chacune des facultés peut être pour son propre compte inférieure à la moyenne, ce qui explique que ce syndrome retardé se rencontre habituellement chez les enfants destinés à rester des débiles mentaux, intellectuels affectifs, moraux et moteurs.
Et, réciproquement, les causes du retard n'auront pu toucher que l'harmonie des fonctions laissant à chacune des parties constituantes ses qualités si brillantes soient-elles.
On sait que l’idiot et l'imbécile congénitaux n'ont pas de retard dans l’évolution du syndrome infantile et que l'harmonie entre leurs pauvres fonctions s'établit aussi rapidement que chez d’autres enfants ; et c’est à notre avis un excellent signe d'incurabilité que de constater une semblable inharmonie entre les qualités intellecluelles absolument insuffisantes et les signes définitifs d’une évolution terminée.
IT. Le pronostic. — Le pronostic comporte deux queslions distinctes à résoudre : la première est de savoir ce que deviendront ces enfants retardés au point de vue mental et moteur; la seconde est de savoir l’avenir vital qui leur est réservé; cette question est soumise, on le conçoit, à l'appréciation des causes héréditaires ou personnelles de ce retard. Hâtons-nous de dire que le pronostic vital n'est pas intéressé de ce seul chef et,
(1) Congrès des aliénistes et neurologistes, Nantes, 8 août 1909.
qu'indépendamment des infections auxquelles ces enfants sont peut-être plus sensibles et plus prédisposés, leur existence suivra son cours normal malgré les tares mentales et motrices dont ils peuvent être atteints.
Le pronostic mental et moteur doit être envisagé à divers points de vue et, dans les observations que nous avons pu faire, en suivant les mêmes enfants pendant un an et demi, en reconstituant chez d’autres leur passé autant que possible, nous avons vu que, suivant la façon dont se démembre le syndrome infantile retardé, trois voies principales s'ouvrent à eux :
Dans le premier cas, qu'ils aient ou non de la débilité mentale sous-jacente, le syndrome infantile disparaîtra régulièrement; 1 an, ? ou 3 ans de retard n'auront rien laissé d’appréciable.
Dans le deuxième cas, alors que la facilité de conserver les attitudes disparaîtra avec l’âge de 6 ou 7 ans, l’exagération des réflexes, le Babinski positif uni ou bilatéral resteront seuls du syndrome infantile; avec ou sans débilité mentale, ces enfants seront les débiles moteurs auxquels Dupré et Merklen ont fait allusion, (oc. cit.).
Dans le troisième cas enfin, il s'agira le plus souvent de petites filles; après un retard de quelques années, le syndrome va disparaître, mais à l'inverse de ce qui se passe pour les débiles moteurs, alors que les réflexes tendineux vont s’atténuer, que le Babinski réagira définitivement en flexion, la facilité de conserver les attitudes demeurera nette, précise, parfaite. Comment faulil considérer ce dernier groupe d'enfants chez lesquels
D nn
seule demeure la psycho-plasticité infantile? Les observations que nous allons rapporter nous permettront peut-être d’avoir une opinion.
Nous allons reprendre séparément chacun de ces trois cas.
En premier lieu, il s'agit, pour l'une des observations d’un petit enfant de 4 ans et demi, le petit F.., dans l’hérédité duquel nous ne relevons rien de précis. Ses trois collatéraux, frères el sœur, sont bien portants; sa mère n'a pas fait de fausse-couche. Sa première enfance s’est passée sans gros incidents ; il a eu à 1 an et demi une diarrhée qui a duré 2 mois : septembre et octobre; une rougeole bénigne, mais il a parlé tard, marché tard, eu sa première dent à 12 mois, etla mère le irouve moins éveillé que n'étaient ses frères et sœur au même âge. « Il ne fait pas du tout les mêmes réflexions » L'étude de son syndrome infantile nous montre que celui-ci persiste en grande partie : le signe du bras n'est net que d'un côté; le Babinski est tantôt en flexion, tantôt en extension; l’exagération des réflexes persiste. De plus, il a uriné au lit jusqu'à 3 ans et demi et sa syncinésie est nelte d'un côté et de l’autre. 11 nous donne en effet l’impression d’être un peu débile mental, apathique; il s'intéresse peu à ce qui se passe autour de lui.
Une autre observation nous montre un petit enfant de 5 ans, le petit D... dont l'hérédité est un peu plus chargée : le père est grand buveur, la mère tousse tous les hivers, un frère est à Berck pour coxalgie, deux autres enfants sont bien portants.
D..., a parlé tard à 20 mois, marché à 22 mois, première dent à 15 mois. Sa mère dit qu'il a eu des convulsions qui n'ont cependant été constatées par aucun médecin ; il a eu les maladies d'enfants : rougeole et diphtérie bénignes. Actuellement, il paraïl aussi éveillé et intelligent qu'un enfant de son âge; sa mère ne lui reproche que de continuer à uriner au lit toutes les nuits d'une façon désespérante. Son syndrome infantile est sensiblement au même point que pour le premier :il est syncinétique.
Que deviendront ces enfants ? Etant donné que dans le cas du petit F.., l’apathie intellectuelle semble devoir être un signe précurseur de débilité mentale concomitante avec du retard dans l’évolution du syndrome, que dans le cas du petit D..., ce même retard coïncide avec un état intellectuel plus éveillé, étant donné d'autre part que le syndrome commence à se démembrer régulièrement, nous nous croyons autorisé à dire que peu de choses restera de ce retard, qu'ils continueront à évoluer normalement l’un et l’autre avec cependant des intelligences inégales.
Ce qui donne plus de poids à notre pronostic, c’est quenous avons été à même de suivre pendantun an un petit enfant âgé actuellement de 7 ans, le jeune E... : lorsque nous le vimes au mois de janvier 1911, son syndrome infantile finissait de se démembrer; actuellement, il ne conserve plus les aititudes; le Babinski est en flexion, les réflexes sont comme ceux des adultes : un pédagogue sévère le trouverait peut-être paresseux et un peu en
retard, mais il est en classe néanmoins et les notes qu'il
‘ x 30 UE
remporte ne doivent pas être considérées comme déses-
pérantes.
En second lieu, nous allons rapporter l'observation d'un enfant que nous avons également suivi pendant un an et chez lequel nous avons vu le syndrome infantile se démembrer d'une toute autre façon. Alors que cetenfant, agé de 6 ans 1/2 l’année dernière, présentait encore les signes infantiles, avec syncinésie marquée, énurésie prolongée continue depuis sa naissance, nous le vimes, en même temps que son intelligence s'éveillait suffisamment, perdre bientôt toute facilité de conserver les attitudes données, cependant que le Babinski bilatéral restait en flexion, que les réliexes continuaient à être forts, que ses membres étaient paratoniques, que la syncinésie n’était nullement modifiée. Sa maladresse était connue de Loute sa famille : on ne lui laissait pas porter une assielte et ses parents avaient épuisé la gamme des corrections et des promesses de récompenses pour l'empêcher d’uriner au lit. Il nous semble donc bien que cet enfant non débile mental ait perdu en premier lieu, à l’inverse de ce qui se passe habituellement, la psycho-plasticité et que tous les signes de débilité motrice se soient installés pour une période impossible à déterminer. Dupré enseigne, en effet, que les débiles moteurs peuvent être à la fois. débiles moteurs et mentaux débiles moteurs simples, et que les débiles mentaux peuvent ne pas être affectés de débilité motrice. Il est aisé, lorsqu'on s’en donne la peine, de trouver autant qu'on veut d'observations confirmant ces dires.