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influence des inhalations d’oxygène au cours des
ascensions.
Le sang est le milieu intérieur dans lequel vivent nos différents tissus. Les modifications qui surviendront dans sa composition, du fait de l’altitude, auront pour corollaire des modifications spéciales dans le fonctionnement de ces tissus et des organes qu’ils constituent. Elles déclancheront le mécanisme compliqué de la régulation vaso-motrice, et, suivant que celle-ci sera suffisante ou insuffisante, nous assisterons à l'établissement d’un nouvel équilibre physiologique dans le milieu nouveau, ou à l’éclosion des troubles fonctionnels qui caractérisent le « Mal des Altitudes ».
Ce qu’est ce mal, les excursionnistes en montagne et les aéronautes peuvent le dire. Les troubles éprouvés par les uns et les autres sont assez semblables comme nous allons le rappeler brièvement — tout au plus diffèrent-ils dans la précocité de leur apparition.
Le Mal des Montagnes est caractérisé par des troubles qui présentent quelque analogie avec les symptômes du mal de mer. Ils consistent en faiblesse museulaire, fatigue, essoufflement, accélération des battements du cœur, tintement d’oreilles, vertiges, nausées, vomissements, et quelquefois hémorragies des muqueuses lorsque l’altitude est plus élevée. Désigné suivant les pavs sous les noms de pouna, paramo, saroche, bies bootie, il apparaît à des altitudes variables suivant les pays ; vers 3.000 mètres dans les Alpes, vers 4.000 mètres dans la Cordillière des Andes. Cette différence, rapportée par les uns à la
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limite des neiges éternelles, est expliquée selon d’autres par le froid et la plus ou moins grande obliquité des pentes des montagnes.
Sans insister sur le cas de ceux qu’une tare de l’un quelconque des grands systèmes organiques prédispose à son apparition plus précoce, l’énergie musculaire et l'effort dépensés par l’organisme sain au cours de l’ascension, l’essoufflement qui en résulte et les modifications qu’il détermine dans les échanges respiratoires, le froid aidant, expliquent amplement Sa production.
Ces facteurs faisant défaut chez les aéronautes, on s’explique aisément l’apparition plus tardive chez eux de ces différents troubles.
Une ascension en ballon altère les fonctions de l’organisme, au-dessus de 5.000 mètres notamment. La respiration, peu modifiée au début, devient de plus en plus fréquente, l'inspiration est plus pénible et plus profonde ; les mouvements de la cage thoracique sont légèrement exagérés.
Côté digestif, on note l’apparition de la soif et du manque d’appétit, des nausées, des vomissements, parfois de la diarrhée et plus souvent une dilatation des gaz intestinaux ; « la gêne qu’ils occasionnent interviennent pour une certaine part dans la pathogénie du mal en ballon » (Soubies).
Plus considérables que les précédentes sont les altérations de l’énergie musculaire ; elles se traduisent par une diminution de la résistance à la fatigue, par un affiblissement musculaire, par un engourdis-
sement qui persiste même un certain temps après le retour au sol.
« Les troubles circulatoires sont également impor-tants. On observe d’abord l’accélération du pouls, les battements dans les tempes, les bourdonnements d'oreilles et ces symptômes précèdent l’apparition de tous les autres. Le pouls devient ensuite irrégulier, dicrote et atteint parfois 130 à 140 pulsations par minute. Les opinions diffèrent en ce qui concerne la mesure de la pression artérielle : dans les ascensions en montagne 1l y a également des résultats contraires. Les palpitations surviennent d’une facon constante. Suivant certains auteurs le cœur bat à être entendu. L’angoisse cardiaque est également signalée. On remarque la congestion du système veineux surtout à la face qui devient rouge, puis violacée, vultueuse ; les lèvres sont bleuâtres gonflées. Cette congestion veineuse est la cause des syncopes qui se produisent lorsqu’on se baisse dans la nacelle. Les hémorragies des différentes muqueuses ne sont pas rares aux grandes hauteurs.
Parmi les symptômes nerveux, on note la céphalalgie, une impression de torpeur, de l’engourdissement. Les étourdissements surviennent ensuite, puis les troubles des organes des sens : l’ouïe et la vue sont diminuées.
Une tendance à l’inertie, une sensation de bien-être, de désintéressement, une prostration très manifeste qui s’accompagne d’une tendance invincible au sommeil et à laquelle succède quelquefois une excitation
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violente, caractérisent les troubles psychiques. » (Soubies).
Différentes théories pathogéniques ont été émises pour expliquer ces troubles.
Nous avons déjà envisagé celle de l’anoxhémie de Jourdanet et P. Bert, toujours en faveur. Elle repose sur ce principe énoncé par P. Bert que : «1° « La pression atmosphérique n’agit pas par elle-même, elle n'intervient que par ce fait qu’elle diminue la tension de l’oxygène. La pression barométrique ne fait rien, la tension de l’oxygène est tout. »
Et 2° sur ce fait & qu’en vase clos, à une pression inférieure à une atmosphère, la mort survient lorsque la tension de l’oxygène de l’air est réduite à une certaine valeur qui est constante pour chaque espèce ou qui, du moins, oscille dans de faibles limites autour d’une moyenne ». — « La mort n’est pas due à l’acide carbonique car l’air contient encore vers la fin de l’expérience, une assez grande quantité d’oxygène, en moyenne 12,5 à 17 p. 100, mais la tension de ce gaz a diminué et suffit à produire la mort. »
Les heureuses déductions pratiques qu'a fait naître cette théorie ont permis aux aéronautes d’accéder sans malaises à de hautes altitudes grâce aux inhalations d’oxygène.
Le fait € qu’un animal placé sous la cloche d’une machine pneumatique et sur le point de mourir par suite de la grande diminution de pression, est ranimé lorsqu'on introduit un gaz inerte qui rétablit cette pression », fait contrôlé dans la suite par Gorgeu qui utilisa l’hydrogène dans ce but et constata chaque fois
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une amélioration sensible de l’état du patient, a fait dire à Germe que la diminution de la pression était la cause de certains accidents. « Il est assez vraisemblable d’admettre, dit Germe, que si l’anoxyhémie joue un rôle prépondérant dans la production du mal en ballon, la diminution de pression a également son importance. »
La théorié de Mosso, sur l’acapnie, insuffisance de l’acide carbonique dans le sang par suite de la raréfaction de l’air, est basée sur un certain nombre de faits vérifiés au cours des ascensions et au laboratoire.
Contrairement à la remarque de P. Bert établissant que « les variations de l’acide carbonique sur les hautes montagnes sont considérablement plus étendues que celles de l’oxygène » et à la loi suivant laquelle «un animal placé dans une atmosphère raréfiée au tiers et composée cependant de deux tiers d'oxygène ne devrait pas mourir », Mosso constate œue dans ce cas il n’en est pas ainsi, mais qu’il y a augmentation de la fréquence de la respiration, apparition de somnolence et de malaïses. Il attribue ces phénomènes à la diminution de l’acide carbonique, à l’acapnie. |
Après avoir ranimé avec quelques litres de CO? des animaux placés sous la cloche de la machine pneumatique lorsque la diminution de la pression va causer leur mort, il conclut « que l’acide carbonique agit en stimulant le cœur, qu’il fait contracter les vaisseaux, augmenter l’amplitude des inspirations développant ainsi la ventilation pulmonaire ».
D'autre part la somnolence, l’état de dépression des
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centres nerveux moteurs, sensitifs et psychiques observés pendant que la ténsion propre de l’oxygène reste constante, de même que le vomissement, dépen: dent de la diminution subie par la quantité d’acide carbonique du sang.
Cette théorie est vérifiée par l'influence bienfaisante des inhalations de CU? lorsque ces troubles apparaissent. Agazotti a établi d’autre part sur lui-même, en 1906, que l’homme peut arriver à l’altitude de 14.582 mètres, correspondant à la très faible pression de 122 millimètres de Hg sans ressentir le moindre trouble s’il respire un mélange contenant 12 p. 100 d’acide carbonique pour 87 p. 100 d’oxygène. Dans ces conditions, « la ventilation pulmonaire devient plus active et la proportion des gaz du sang se modifie peu ». à
En dehors de ces théories principales, d’autres auteurs ont invoqué soit la dilatation des gaz intestinaux aux altitudes qui, refoulant le diaphragme, gènerait l’aspiration thoracique, soit l’action du vide pleural. Lorsque la pression barométrique baisse, « il ferait diminuer l’aspiration thoracique, gênerait la béance des veines et faciliterait la stagnation dans le. système veineux pulmonaire. — Cette théorie est assez voisine de celle défendue par Germe qui explique le mal des altitudes par l’anhémospasie, c’est-àdire par le défaut d'aspiration du sang dans les poumons ; la pression s’affaiblissant dans les vaisseaux pulmonaires sous l'influence de la raréfaction atmosphérique.
La théorie basée sur la fatigue ne peut s’appliquer
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au cäs des aéronautes. Son absence chez eux peut, au contraire, expliquer en partie ce fait que le mal en ballon survient à une altitude plus élevée que le mal des montagnes. Elle est, on le sait, un des facteurs essentiels de la production de ce dernier.
Le froid ne peut agir que comme adjuvant et pour hâter l’apparition de certains symptômes, notamment des troubles locomoteurs. Il pourrait occasionner des
réactions vaso-motrices bien déterminées mais le
champ de son influence, par suite des variations consécutives de la cireulation sont réduits par le port des vêtements chauds.
En résumé, si l’on groupe ces différentes actions,
notamment celles de la diminution de pression atmos-
phérique, de la diminution de l’oxygène et de l’acide carbonique, on peut expliquer le mode de production du mal des altitudes. Elles agissent sur l’organisme par la dénutrition des tissus, par leurs réactions nerveuses et vaso-motrices propres, par les altérations des reins constatées par Guillemard et Moog, le ralentissement de ses fonctions et l’auto-intoxication qui en résulte.
L'intérêt qui s’attache aux troubles de l’organisme suivant l’altitude chez les ascensionnistes en montagne ou en ballon est encore plus réel chez l’aviateur.
Il reste évidemment soumis aux influences atmosphériques que nous avons considérées. Mais les troubles qu’elles occasionnent peuvent être singulièrement modifiés, tant dans la précocité de leur apparition que dans leur intensité, par l’intervention de causes perturbatrices nouvelles. Le froid et le vent résultant de
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la vitesse de l’appareil et du souffle de l’hélice ; la fatigue produite par les mouvements et la tension nerveuse constante que nécessite le pilotage ; l’action vaso-motrice continue faisant face à la rapidité des changements d’altitude sont, en effet, autant de facteurs nouveaux capables d'imprimer aux troubles ressentis par l’aviateur une physionomie tout à fait spéciale.
Voyons donc ce que peut être le « Mal des Aviateurs ».