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CHAPITRE IV

Le Mal des Aviateurs. — Etude subjective.

Les impressions qui peuvent naître d’une ascension en avion ont été décrites bien des fois, soit par les premiers pilotes, soit plus souvent par les passagers qui ont eu le privilège envié, malgré son danger, de les accompagner.

M. Fernand Momméja, dans Le Temps, a retracé très poétiquement les différentes phases de son ascension avec Sommer et le piquant de sa rencontre aérienne avec M. Painlevé que pilotait le populaire et regretté Legagneux. & Après sa promenade, dit-il, quand l’oiseau a voulu regagner son nid, et à ce moment, j’ai vécu, sans exagération, une des minutes les plus exquises de ma vie. Par un vol plané, nous sommes descendus à terre, devant le hangar même qui abrite le biplan. Cette descente silencieuse dans les airs est la phase de l’expédition qui m'a laissé la plus forte impression ; j'avais souvent volé en songe, et mes rêves se trouvaient réalisés, »

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Le regretté lieutenant Bague, à son tour, a décrit la sensation douce et moelleuse du décollage, du glissement de l’avion dans l’air, l’émotion de la descente et le petit serrement de cœur qu’elle lui a fait éprouver.

Est-elle assez édifiante, cette relation pleine « d’humour » qu’a faite d’un voyage en avion, dans le Journal des Praticiens le D' Balencie ? — « À peine envolé un sentiment de sécurité déconcertante vous empoigne. Qu'elle est moelleuse la mauvaise planchette sur laquelle vous avez pris place, posée sur ses ressorts d’azur, et combien vous apparaît inconfortable le meilleur des coussins du plus suspendu des Sleeping-car, où tous les vingt mètres, le toc-toc des rails vient yous rappeler vos adhérences terriennes ? Une sensation de légèreté indicible vous envahit, la morphine seule donne la semblable, et noyé dans l’air, inconscient de la force qui vous emporte sans heurts, sans secousses, sans même une trépidation, il vous semble graviter lentement dans l’espace et vous regardez la terre fuir sous vos pieds avec ses champs, ses bois, ses prairies, dans cette quiétude parfaite que vous connaissez à la lune quand, par les beaux soirs où il fait clair, tournée vers nous elle ouvre béatement ses grands yeux ronds. — Tout se rapetisse : les maisons deviennent les petits cubes peints avec lesquels Jouent les enfants ; les fossés, les routes, des lignes tracées par un gros crayon. Quelques vagues humanités, comme disait Taïlhade, rampent à la surface du sol ; un troupeau de moutons grouille dans un pré comme de la vermine sur un morceau de roquefort ;

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un charretier et ses chevaux me rappellent les attelages de hannetons qui me valaient des pensums àäu collège. Seul, moi je demeure moi-même avec mes dimensions, plus grand que tout ce que je domine, et ce n’est vraiment que dans les airs que l’homme se sent le roi de la nature, et cette pensée d’orgueil conduirait la bête à la folie, si la raison ne cessait de vous crier à l’oreille par la voix du moteur : (Pourvu que ça dure », car, si l’œil regarde, l’oreille ausculte constamment le cœur de l'oiseau, craignant la fatale syncope. — Ah ! qu’elle est terrible la myocardite des cylindres ! Quand l’arythmie se manifeste, symptôme prémonitoire de la chute finale au-dessus d’ux bois, de terres labourées, de trous profonds, d’obstacles de toutes sortes, trop durs pour les pauvres petites pattes caoutchoutées de nos grands oiseaux, qui ne savent pas encore se poser doucement. Ah ! que l’on voit vite alors le perchoir uni, tout près ou très loin dans lequel il faut atterrir. Combien on est heureux d’être haut, très haut, pour pouvoir y arriver tout doux en un vol plané, car le danger est là, là seulement, dans le heurt brusque de l’appareil contre le sol : et si l’homme n’a pas de défaillance, le danger ne doit pas être : le pilote peut graduer sa descente, la rendre aussi douce qu’il le veut. L'accident doit être seulement l’apanage des machines qui cassent en l’air et elles ne casseront plus si on ne leur demande pas l’impossible, une vitesse supérieure à la résistance des matériaux, et ceux-là seuls ont payé ou paieront de leur vie qui n’ont pas Su où ne saur ont résister à l’impatience d’un retour rapide au sol, ou

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