CHAPITRE VI
Conclusions (applicables à l’organisme sain).
La notion capitale qui se dégage des différentes recherches subjectives et objectives expérimentales que nous avons entreprises sur de nombreux aviateurs et sur nous-même pendant le vol, notion que confirme l’analyse des réactions organiques d’un animal enlevé dans les airs : c’est que la tension sanguine, après avoir présenté des oscillations nombreuses et bien déterminées correspondant aux différentes périodes du vol, baisse pendant la descente et présente, sitôt l’atterrissage, une valeur inférieure à la normale du départ. Autrement dit, une hypotension artérielle nette succède immédiatement à tout voyage en aéroplane. |
Cette hypotension est d’autant plus accusée
1° Que l’altitude atteinte a été plus élevée ;
2° Que pour une même altitude atteinte, le vol a été de plus courte durée ; la montée et surtout la descente
ont été plus rapides ou plus mouvementées, ou accoin. pagnées de troubles organiques divers.
Cette hypotension semble se prolonger peu de temps après l’atterrissage. Une demi-heure après le retour au sol, le pouls et la tension sanguine de l’aviateur ont retrouvé leur valeur primitive ; les réactions cardio-vaseulaires semblent de nouveau parfaitement s’accomplir.
Si les oscillations de la pression constatées pendant la montée, toujours relativement lente, peuvent être envisagées comme le résultat des réactions vaso-motrices engendrées par la raréfaction progressive de l’air et les facteurs qui en résultent, refroidissement de la température, état hygrométrique différent, modifications lentes de la composition chimique de l’air (manifestement apparente au-dessus de 4.000 mètres) ; il semble que l’on doive attribuer surtout à l’augmentation nouvelle et rapide de la pression barométrique, l’hypotension qui se produit et persiste un certain temps après la descente.
La chute trop rapide de l’avion, en effet, ne permet pas à l’organisme, et notamment à l’appareil cardiaque, d’adapter suffisamment son effort systolique aux influences ambiantes trop constamment et trop brusauement changeantes. Il y a, dans cette recherche d’un équilibre physiologique toujours fuyant et toujours poursuivi, une cause de surmenage, c’est-à-dire de fatigue cardiaque. Cette fatigue intervient certainement pour une grande part, en la rendant plus proche, dans la lassitude disproportionnée avec l’effort fourmi, constatée chez la plupart des aviateurs.
La diminution progressive de la tension sanguine pendant la descente, malgré l’effort vaso-moteur et cardiaque, occasionne certainement au niveau des différents organes, notamment dans la sphère cérébrale, une anémie passagère dont l’intensité et la persistance sont subordonnées aux facteurs étiologiques rappelés ci-dessus.
Les impressions psychiques, telles que la peur, la notion du danger, par les réactions émotives qu’elles peuvent faire naître, semblent également accroître cette hypotension.
Il en est de même des troubles vertigineux, sensations erronées que provoquent les impressions cérébelleuses, kinesthésiques, oculaires et surtout auriculo-vestibulaires imparfaitement concordantes.
Gardons-nous, toutefois, de croire : que « l’éblouissement acoustique » occasionné par les bruits du moteur et les sons à tonalité suraiguë produits, sous l’influence du vent, par la vibration des tendeurs qui haubanent l’appareil ; et que l'hypertension labyrinthique passagère qui peut résulter d’un retard de la compensation auriculaire sous l’influence de l’augmentation de la pression extérieure, interviennent comme premières causes productrices des malaises éprouvés par les aviateurs.
L’hypotension générale produite par la descente en est le facteur causal essentiel et primordial. L’anémie qu’elle provoque dans les organes de l’audition modifie les conditions de réception des impressions statiques et acoustiques ; elle les rend plus sensibles aux
traumatismes acoustiques nés du fonctionnement du moteur et du vol de l’avion.
Or, nous savons le rôle que jouent ces traumatismes et, d’autre part, l’augmentation brusque de la pression atmosphérique lorsque la compensation tympanique tarde à s'établir, dans la production de l’hypertension labyrinthique. L’ischémie locale mécanique qui en résulte et les troubles cireulatoires qu’elle peut entraîner par la voie vaso-motrice, ne peuvent qu’augmenter l’anémie primitive. Il y a là un cercle vicieux pénible, dont les dangereuses conséquences apparaissent nettement si l’on considère les conditions dans lesquelles il s'établit.
A l’appui de cette théorie, nous invoquerons l’existence des troubles auriculaires au cours des descentes en ballon qui se font dans le plus reposant silence ; au cours des descentes à bord d’avions peu haubanés ou dont le moteur et par suite l’hélice sont & calés » ; descentes au cours desquelles agit seule l’augmentation de la pression atmosphérique.
11 semble que l’on doive attribuer à l’hypotension générale et à l’ischémie passagère qui en résulte au niveau des différents organes, dont la résistance aux influences ambiantes est momentanément amoindrie, une part énorme dans l’étiologie et la physio-pathologie des troubles nombreux, d’intensité et de précoeité variables, qui caractérisent le mal des aviateurs.
La fatigue cardiaque, consécutive au surmenage cardio-vasculaire momentané, produit par une et surtout plusieurs descentes successives, doit être considérée non seulement comme la première conséquence
ere
de cette hypotension, mais secondairement aussi, comme un second facteur étiologique prédisposant aux troubles constatés chez les aviateurs.
Les réactions vaso-motrices liées à cette hypotension, les modifications que cette fatigue peut apporter au parfait fonctionnement des organes, en particulier de l’appareil rénal, dont l’altération chez les aéronautes à été nettement établie par le D’ Soubies, interviennent certainement de la même facon.
L’immunité que semblent posséder, vis-à-vis de ces différents troubles le jeune aviateur, ou l’aviateur plus accompli qui ne vole pas haut et change lentement de hauteur, existe d’autant moins chez les pilotes plus anciens que ceux-ci ont volé plus souvent, à de plus grandes altitudes et surtout qu’ils ont soumis leur organisme à de brusques dénivellations.
Cette constatation laisse entrevoir l'influence plutôt dépressive et sclérosante que peut avoir le vol en avion sur l’organisme humain.