‹ Le Syndrome Mal des AviateursChapitre 42 sur 55 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Altérations périphériques ou centrales des fonctions de relation (le cas des anciens trépanés).

La vie aux altitudes imprime aux mouvements une lenteur assez particulière. Ce caractère existe nettement parmi les habitants des montagnes dont l’acclimatement est long à se produire. Il apparaît également parmi les aéronautes et les touristes qui parviennent au sommet des montagnes sans avoir eu à dépenser le moindre effort musculaire pendant le voyage, et qui éprouvent cependant à l’arrivée une certaine difficulté à se mouvoir. Ce qui prouve qu’en - dépit de l’absence de toute fatigue, l’énergie musculaire diminue à mesure que l’on s’élève.

Ce fait, reconnu par Gastou qui, à 2.800 mètres, avait trouvé une diminution de la mesure de la fatigue, a été plus nettement établi au cours de plusieurs ascensions en ballon par le D' Soubies, dont les conclusions sont les suivantes : & La force musculaire et la

résistance à la fatigue diminuent à mesure que l’altitude augmente ; l’on peut même constater à une très grande hauteur une véritable impotence fonctionnelle.

À 3.000 mètres, la force musculaire paraît diminuée d’un quart, et, de son côté, la fatigue se produit beaucoup plus rapidement qu’à terre. Mais il faut tenir ici un large compte du degré de musculature et de résistance individuelles. »

Dans les escalades en montagne, qui nécessitent un effort musculaire plus ou moins grand, par suite une grosse dépense d’énergie, la fatigue se produit plus rapidement, l’organisme l’éprouve à une altitude plus basse. Elle intervient comme facteur très actif dans la production du mal des montagnes.

Pour l’aviateur, cette fatigue existe, généralement intense. Elle résulte, moins des mouvements, d’ailleurs assez restreints, adaptés à la conduite de l’avion, que de la tension nerveuse nécessitée par l’observation du maintien de sa stabilité normale dans les trois dimensions, verticale, longitudinale, transversale de l’espace. Cette tension diminue évidemment, dans une faible mesure toutefois, avec l’habitude du vol, avec l’entrainement. Autrement/dit, le « sens du vol » s’acquiert plus ou moins rapidement, suivant l’habileté et l’adresse de chacun, par la répétition fréquente, d’abord voulue, puis finalement réflexe des mouvements nécessaires au pilotage. Néanmoins, une grande fatigue en résulte toujours.

La vitesse de déplacement de l’avion, contre ou dans la direction du vent, le violent courant d’air produit

par l’hélice, lorsqu'elle est placée à l’avant, font, d’autre part, que l’aviateur, plus que tout autre ascensionniste est exposé au refroidissement. Or, nous savons quel rôle important il joue dans l’apparition de certains symptômes, notamment des troubles locomoteurs.

L’aviateur résistera d’autant mieux à ces influences diverses, que d’une part, il se vêtira mieux, et il y parvient fort bien actuellement, que d’autre part sa constitution sera plus saine et plus robuste.

Au contraire, la moindre altération anatomique de ses organes, en particulier de ses organes de relation, de sa sensibilité et de sa motricité générales, tendra à augmenter dans une proportion plus ou moins forte, les risques déjà si nombreux de son dur et dangereux métier. | |

De nombreux faits le prouvent. Ils se rapportent aux troubles fonctionnels qu’occasionnent les altérations, de quelque nature qu’elles soient, des voies nerveuses périphériques et des organes centraux. Aussi, maintiendrons-nous cette opinion de l’intégrité anatomique et physiologique nerveuse nécessaire aux aviateurs en dépit de l’observation suivante — d’un officier pilote guéri par trépanation d’une hémiplégie consécutive à une fracture du crâne par projectile de guerre, — observation qui semble infirmer l’existence des troubles que présentent généralement les anciens trépanés sous l’influence d’excitations diverses, telles que celles qui peuvent naître ici des variations de la pression atmosphérique et de ses conséquences sur l’organisme,

Nous la reproduirons telle qu’elle nous a été obligeamment communiquée par l'intéressé lui-même, que nous remercions bien vivement de son extrême obligeance. |

OBSERVATION

Hérédité. — Je n’ai pas connu mes grands-pères ; l’un d'eux est mort d'une péritonite (sans doute appendiculaire ?). Grand'mère maternelle morte à 82 ans, Sans infirmités ; grand’mère maternelle, âgée de 87 ans, possède encore toutes ses facultés et une mémoire étonnante. Souffre de rhumatisme déformant. Père, âgé de 58 ans, bien portant. Mère morte à 54 ans, en 1911, d'une maladie de reins, après deux ans de grandes souffrances (pyurie). — Frères et sœurs : Je suis l'aîné. Un frère né un an après moi, n’a vécu que 3 mois. Une sœur, de sept ans plus jeune que moi, a été de santé fragile étant enfant. Bien portante actuellement,

Personne n’est sourd, même légèrement dans ma famille,

Personnellement. Suis âgé de 32 ans. Suis né à 8 mois ; j'ai eu des convulsions qui ont fait désespérer de me sauver, varicelle, rougeole, oreillons avec orchite ourlienne.

Je n’ai jamais eu d’étourdissements, sauf pendant ma croissance, vers 14 ans.

Suis entré dans l'aviation en 1911 et j'ai volé pendant trois ans sans faire d'altitude. Je n'ai jamais ressenti de vertiges ni d’autres troubles.

Blessé d'une balle d'infanterie à la tête dans les tranchées d'Arras, le 6 mai 1915, j’ai perdu connaissance et j'ai beaucoup saigné. Cet évanouissement n’a duré que quelques minutes. Hémiplégie totale gauche, bégaiement. Trépané le 7 mai 1915 région fronto-pariétale ‘droite, balle

extraite. J'ai failli avoir une méningite après la trépanation, dont les dimensions sont celles d’une pièce de 5 centimes. Blessure entièrement cicatrisée en quinze jours.

Les mouvements sont revenus progressivement. Six mois après cette blessure il ne me restait, comme troubles, qu'un peu de maladresse de la main gauche et une fatigue rapide de la jambe gauche à la marche, se traduisant par de la raideur. Ces troubles sont maintenant disparus presque complètement ; ils se sont effacés sans aucune rechute.

Entré de nouveau dans l'aviation en novembre 1915, après avoir été classé inapte à l'infanterie ; trois mois d'école à Ch... ; trois mois au G. D. E. au Plessis-Belleville ; arrivé en escadrille comme pilote de Farman, le 7 mai 1916, juste un an après ma blessure. L’altitude, le froid, la canonnade, les montées et les descentes rapides ne m'ont jamais rien fait. Ni battements de cœur, ni étourdissements, ni vertiges $ jamais de troubles de circulation ni de respiration.

Seul, le bruit du moteur, pendant les vols de deux et trois heures, me fatigue les oreilles, surtout à gauche. Cette fatigue se traduit par des bourdonnements qui durent tout ie reste de la journée et une partie de la nuit. Sans doute occasionne-t-elle ou plutôt aggrave-t-elle la fatigue générale continuelle, la perte de mémoire et le grand besoin de sommeil que je n’ai cessé d’éprouver depuis ma blessure ;: symptômes qui n'ont cessé d'augmenter jusqu’à mon arrivée à Nice (6 janvier 1917).

Après les vols, le bruit d’un choc, un coup de marteau par exemple, me produit une sensation douloureuse dans l'oreille gauche. Depuis le mois d'août 1916, les bourdonnements de cette oreille, ressemblant à une sonnerie électrique lointaine, ne cessent plus ni jour, ni nuit ; ils durent encore. Et la surdité augmente.

Le D' G..... diagnostique, en octobre 1916, une otite catarrhale double, légère.

Le 3 novembre, vous m'avez fait entrer à l'hôpital Saint-

Ghafles ere ; Pour phosphaturie et bronchite suspecte avec mauvais état général.

Urines troubles. Suralimentation et cachets de glycérophosphates. ;

Evacué le 23 novembre pour être dirigé sur le Midi, je suis arrêté et hospitalisé à Lyon. Toujours suralimentation et glycérophosphates. La radioscopie montre : « Bronchite des deux sommets ». Pas de bacilles dans les crachats.

Volume 2e 1.900 L'analyse des urines des 24 heures donne : POS Nr md 3.80 Phosphates. . . 8.29

Evacué le 6 janvier 1917 sur Nice. Alimentation ordinaire sans suralimentation, ma bronchite étant guérie, suppressioh des vins et alcools, acides et graisses ; piqûres strychno-phospharsinées Clin et toujours glycéro-phosphates. Je ne tousse plus du tout et vais mieux depuis que je suis ce traitement. Je ne bois que de l’eau Saint-Galmier et en petite quantité, car j'avais aussi de la dilatation d’estomac qui me congestionnait après les repas, ce qui augmentait les bourdonnements et la surdité. Un spécialiste consulté attribue présentement les bourdonnements et la surdité à la phosphaturie et à l’inflammation des fosses nasales et de l'oreille.

J'oublie de vous dire qu'après ma blessure, j'ai eu pendant plusieurs mois de violents maux de tête et j'en ai encore de temps en temps.

J'ai quelquefois des douleurs de reins, comme s'ils étaient enflés et brûlants. Je n’attribue pas ces troubles à l'aviation mais plutôt à un mauvais régime alimentaire. Je n'ai Jamais eu d’albuminurie.

FE

Que devons-nous retenir de cette observation plutôt

complexe ?

Tout d’abord l’absence totale de réactions anormales dans les sphères psychiques, sensitives et motrices, périphériques et centrales sous l’influence de l’altitude. Les oscillations circulatoires qu’elle produit normalement dans la sphère cérébrale, en particulier au niveau de l’ancien foyer traumatique dont la cicatrice irrite constamment et accroît l’excitabilité des cellules nerveuses centrales, n’ont même pas déterminé l’apparition de symptômes d’irritation corticale, d’épilepsie réflexe ou jacksonnienne. Elles n’ont occasionné non plus aucune aggravation des parésies anciennes.

Ses ascensions étaient suivies seulement d’une sensation de fatigue intense, nullement comparable à celle que peut éprouver dans les mêmes conditions un individu normal, et dont la grandeur en tout cas était disproportionnée avec la cause qui lui donnait naissance. De même, elles semblaient favoriser l’apparition, l’aggravation et la prolongation après l’atterrissage de nombreux troubles sensoriels, auriculaires notamment. Leurs effets, apparemment insignifiants et plutôt tardifs ne se sont jamais traduits par la moindre sensation vertigineuse ; seuls un assourdissement, une hypoacousie douloureuse persistaient quelques heures, de plus en plus pénibles.

Est-ce à dire cependant que ces différents phénomèênes pathologiques d’origine corticale ne seraient pas apparus à un moment donné, si ce pilote avait continué à voler, et qu’ils n’apparaîtraient pas non

plus chez d’autres sujets dans les mêmes conditions ?

Nous le croyons d’autant moins que des crises épileptiques ont été parfois constatées à la suite d’ascensions en ballon. Et l’indifférence réactionnelle apparente aux influences ambiantes, attribuable, à la rigueur, au long entraînement de notre pilote, pourra irès bien ne pas exister pour des individus plus âgés, ou plus novices dans le métier et qui présenteraient des altérations cranio-cérébrales semblables (1).

De nombreuses expériences nous ont appris, qu’à l’exelusion des canaux semi-cireulaires, les centres mésencéphaliques suffisent à transformer les impressions labyrinthiques, ainsi que les impressions tactiles et visuelles, en réactions motrices appropriées à la conservation de l’équilibre et à la coordination des mouvements.

Ils sont le centre régulateur d’où partent, par un système de nerfs efférents se rendant aux muscles intéressés dans l’action, les impressions diverses qu'y apportent de nombreux nerfs afférents.

Leur rôle est donc excessivement important chez tout individu dont, en réalité, toutes les impressions périphériques peuvent intervenir dans le maintien ou la modification de l’équilibre du Corps.

(4) Nous regrettons vivement de ne pouvoir le prouver par la relation de l'observation d'un officier pilote, le capitaine P inconnu de nous el dont vient de nous entretenir notre Chef, officier hémiplégié à la suite d'une blessure du crâne ‘par balle, puis guéri après trépanation. Des troubles parétiques apparaîtraient d’une facon constante dans son bras et dans sa jambe lorsqu'il dépasse 1.800 métres environ, qui lui enlèveraient toute confiance,

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