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CHAPITRE XI

Lésions de l'oreille et altération de la fonction d’équilibration chez l’aviateur

Plus nettement encore que chez les autres ascensionnistes, l’oreille paraît à double titre intéressée dans les vols en avion : comme organe de l’ouie ; comme organe de l’équilibre.

Cela tient à ce que les bruits qui résultent du fonc- tionnement et du vol de l’aéroplane ajoutent une influence perturbatrice nouvelle à celle que fait naître la dépression barométrique, laquelle agit seule dans les ascensions en montagne ou en ballon.

Cela tient également à ce que les rapides déplacements de l’avion dans les trois dimensions de l’espace, nécessitent un plus constant et plus parfait foncetionnement des différents organes qui constituent l’appareil d’équilibration.

Les troubles dont l'oreille est le siège, dont l’intensité et les caractères sont subordonnés à l’état atmosphérique, à la grandeur des altitudes, au temps mis à

les atteindre à la montée ou à la descente, ont été décrits précédemment (chapitre IV) en même temps que les autres manifestations subjectives qui caractérisent le Mal des Aviateurs. Nous n’en feroris pas une nouvelle énumération. Et nous rappellerons simplement le rôle que nous avons attribué dans leur patho. génie, à l’ischémie cérébrale passagère provoquée par l’hypotension sanguine constatée en avion, pendant la descente surtout. .

Dans son étude de « l’Oreille chez les Aviateurs », notre maître en oto-rhino-laryngologie, M. le Professeur Jacques, a donné une parfaite description : d’une part, des troubles qu’il a éprouvés dans ses ascensions sur avions de types différents, et qui sont en tous points semblables aux nôtres ; d’autre part, des facteurs (étiologiques) qui interviennent dans leur production.

Pour lui, les conditions physiologiques anormales, créées par l’altitude, jouent un rôle accessoire, au moins pour la grande majorité des pilotes, jeunes pour la plupart, dont l’appareil circulatoire a conservé toute sa souplesse. « La sensation de constriction de la tête à la descente, due à la compression des tympans Jorsque la trompe d’Eustache fonctionne imparfaitement, est le seul phénomène qui traduit pour eux la dénivellation. »

Il en est de même de celles qu’entraîne le refroidissement ( variable avec la température ambiante, avec l'altitude, avec la vitesse relative de l’appareil » et dont les aviateurs atténuent singulièrement les inconvénients en s’abritant derrière les pare-

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brises de leur nacelle, et en se couvrant chaudement. Les effets sur les téguments de ceux qui s’y exposent en se penchant en dehors de la nacelle pour observer, cu en se levant pour mitrailler par exemple, se traduisent par une vaso-constriction périphérique passagère, à laquelle peut succéder, d’ailleurs assez rarement, une vaso-dilatation paralytique si la réfrigération à été trop intense et de trop longue durée. (Nous en avons observé récemment (22 mars 1917) plusieurs cas chez six aviateurs partis pour photographier la «ligne Hindenbourg » et qui ont présenté des gelures au 1° et au 2° degré de la face et des extrémités.) — L’ischémie périphérique « a pour contre-partie une congestion des organes profonds, notamment de la muqueuse des premières voies aériennes, et de l’oreille leur annexe ». La congestion périphérique consécutive entraîne des réactions profondes de sens contraire.

A son avis le rôle principal revient aux influences traumatiques qui résultent du fonctionnement de l’appareil. Elles sont représentées

1° Par le bruit des explosions qui produisent un ronflement ( à caractère presque musical à distance, par suite de sa tonalité basse » auquel se surajoutent

Sur les avions multi-moteurs « des battements ryth-

miques, particulièrement fatigants, dus à des interférences entre les tons voisins des moteurs non exactement accordés ».

2° Par le « sifflement strident de l’hélice déchirant l’atmosphère.

3° Enfin par cet autre sifflement musical qui résulte de la mise en vibration, par le courant d’air, des mul-

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tiples tendeurs haubanant les ailes, et que l’on perçoit clairement à là descente, quand le moteur fonctionne au ralenti et surtout quand l’hélice est bloquée. » L'action combinée de ces trois éléments, occasionnerait la production d’un véritable « éblouissement acoustique », de durée plus ou moins longue, d’un assourdissement accompagné de bruits subjectifs pouvant se prolonger plusieurs heures, à la suite de raids prolongés par exemple. Elle accroîtrait la sensation de fatigue constatée chez les aviateurs. « Ce n’est pas uniquement aux efforts exigés par la conduite de l’avion, dit-il, qu’il faut attribuer cette extrême fatigue, puisqu'elle existe aussi bien pour le passager dont l’activité est momentanée et restreinte, que pour le pilote lui-même, mais aux conditions physiologiques auxquelles sont soumis tous les passagers. L'action du froid et du courant d’air joue manifestement un rôle ; mais je suis persuadé que la plus lourde part de responsabilité doit incomber à la fatigue nerveuse, conséquence de traumatisme acoustique prolongé. Les essais comparatifs que j’ai tentés à diverses reprises m'ont convaincu de l’efficacité de l’obturation des oreilles contre la fatigue consécutive aux sorties en aéroplane. Le trouble organique correspondant aux effets physiologiques immédiats sur l’ouïe et le système nerveux, de la navigation aérienne avec les moteurs à explosion, consiste vraisemblablement dans une hyperhémie tympano-labyrinthique intense, telle qu’on l’observe expérimentalement dans la cure des surdités chroniques par les procédés dits de «rééducation », au moyen d’appareils électriques

à lames vibrantes, fournissant un son puissant, comparable dans une certaine mesure au bruit de sirène des moteurs Voisin, Or, des accidents d’hyperesthésie labyrinthique avec bourdonnements persistants et parfois vertiges ont fait justement restreindre, sinon délaisser, l’usage de cette méthode, si riche de promesses, de traitement de la surdité. »

Au même titre que chez les chaudronniers, les maréchaux, les téléphonistes, ces traumatismes professionnels pourraient entraîner à la longue, chez les aviateurs, ( des altérations anatomiques et des troubles fonctionnels définitifs » ; ils consisteraient en « bourdonnements, hyperesthésie acoustique, tendance à la neurasthénie, puis paralysie progressive de l’ouïe par épuisement fonctionnel des centres auditifs ». Et cela, avee d’autant plus de facilités qu’un âge plus avancé, et surtout des tares auriculaires ou nerveuses rendront moins souple l’appareil acoustique et moins élevé le coefficient de résistance à la fatigue, du système nerveux.

Les troubles de l’équilibration et les vertiges accusés par certains aviateurs résulteraient également de l’action exercée par ces traumatismes professionnels sur l’oreille statique. « Peut-être, dit M. le Professeur Jacques, oublie-t-on trop facilement que dans la capsule labyrinthique se juxtaposent, plongées dans le même liquide et soumises aux mêmes variations de pression et de circulation, les délicates ampoules membraneuses où s’arborisent les terminaisons nerveuses acoustiques et statiques. Font partie intégrante de l'oreille interne, les trois canaux semi-circulaires qui

nous assurent l’exercice du sens de l’espace, dont la vue et le sens musculaire ne constituent que des béquilles. Or, suspendu dans l’espace, sans lien avec la terre et parfois isolé d’elle par une nappe de nuages, appuyé sur sa sellette oscillante, l’aviateur n’a plus, pour assurer son équilibre et le renseigner Sur sa situation, que son labyrinthe postérieur et ses instruments. Le défaut de point d’appui fixe enlève la plus grande valeur aux sensations musculaires et la vue elle-même provoquerait le vertige plus souvent au’elle ne le combattrait : témoin la pénible impression que produit une descente en spirale un peu prolongée ; l’avion semble immobile dans l’espace, et c’est la terre qui paraît au-dessous de lui animée d’une rotation folle. On conçoit aisément combien est redoutable pour le pilote-aviateur la moindre altération du sens de l’espace. Un trouble, même passager de l’équilibration, est gros pour lui de conséquences mortelles. Là où un vertigineux ordinaire n ’éprouvera du fait d’un éblouissement qu’une chute à terre ordinairement sans conséquence, le pilote se verra précipité dans l’espace avec son appareil et ira s’écraser sur le sol, entraînant le plus souvent un camarade observateur. Or, l’éventualité n’a rien d’exceptionnel. Sans parler des cas — moins rares qu’on ne pense — de syndrome de Ménière ,où la déséquilibration est brutale et complète, combien est-il de petits vertigineux qui se plaignent à peine de leur état parce qu’ils utilisent la béquille visucGile, s’arrêtent s’ils sont dans la rue et s’appuient au mur le plus voisin jusqu’à cessation du trouble ? Supposons ce

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