CHAPITRE XII
Altérations scléreuses cardio-rénales. — Réactions cardio - vasculaires d’un pilote albuminurique pendant le vol.
Les recherches déjà anciennes qu’ils ont faites en montagne, sur la sécrétion urinaire aux différentes altitudes, ont amené Guillemard et Moog à formuler les conclusions suivantes
(1° L’anoxémie due au séjour dans l’air raréfié des hautes altitudes détermine une diminution légère des combustions intra-organiques, qui se traduit par la formation d’une quantité anormale d’alcaloïdes toxiques. Par contre, l’acide urique ne subit pas de variations.
2° Ces substances réagissent sur le rein en provoquant une diminution passagère de la diurèse caractérisée par une rétention d’eau et de matériaux azotés et salins.
3° De cette rétention résulte une auto-intoxication
dont les symptômes constituent le mal des altitudes. Toutes les causes susceptibles d'augmenter l’élaboration de toxines ou d’entraver leur élimination (fatigue musculaire, insuffisance cardiaque, rénale ou hépatique) hâtent l’apparition des symptômes et en augmentent l’intensité. En dehors de ces facteurs d’aggravation, le séjour à une altitude supérieure à 4.000 mètres provoque un ensemble de symptômes qui constituent le mal des altitudes subaigu.
4° L'économie réagit contre l’intoxication par une décharge urinaire comparable à la crise des maladies infectieuses.
5° Les sujets dont les fonctions d’élimination présentent une tare, même légère, ne peuvent, sans risquer de sérieux accidents d’urémie, effectuer un séjour, même de courte durée, aux grandes altitudes. »
Ces altérations de l’élimination urinaire, dit le Dr Soubies, s’observent également chez les aéronautes, toutefois, à des altitudes beaucoup plus élevées en raison de l’absence de l’élément fatigue qui, chez eux, fait complètement défaut. Les personnes atteintes de néphrite, les artério-scléreux, les cardiaques, ajoutet-il, devront donc s’absténir d’ascensionner en montagne ou en ballon. « Il en est de même, d’une façon générale, de tous ceux qui présentent de l’hypertension artérielle. »
En raison de la fatigue qu’entraîne sa pratique, et qui aboutit parfois à ce que l’on a appelé « l’asthénie des aviateurs » ; en raison des réactions cardio-vaseulaires anormales, voire même dangereuses qui peuvent résulter de l’hypertension, nous ajouterons que
l’aviation doit être déconseillée également, peut-être même de façon plus formelle encore à tout individu atteint de l’une quelconque de ces tares.
À l’appui de cette assertion, nous pourrions citer un certain nombre des observations que nous avons pu recueillir dans les milieux d’aviation, parmi des militaires ‘de tous âges et de toute constitution, anciens blessés ou malades guéris avec séquelles, et qui n’ont été admis dans le personnel navigant qu'après avoir été déclarés inaptes aux armes de ligne.
Elles nous montreraient la précocité plus grande d’apparition du mal des altitudes chez les artérioscléreux, les hypertendus, les cardiopathes en général ; elles rendraient très apparente leur influence : perturbatrice immédiate dans l’exécution du vol et plus tardive dans l’évolution chronique des lésions.
Nous citerons seulement celle du lieutenant S.. es atteint d’une néphrite chronique faiblement albumineuse, plutôt urémigène, dont nous avons étudié pendant le vol, grâce à sa parfaite obligeance, les oscillations de la tension sanguine et les réactions cardiovasculaires aux différentes altitudes.
OBSERVATION
Le lieutenant S..... , qui s’est obligeamment prêté à nos expériences, est âgé de 33 ans. Aucune fièvre éruptive n’a inquiété son jeune âge. Seul, un zona intercostal peu douloureux, développé du côté gauche à la suite d’un refroidissement et vite guéri sans laisser de traces, à troublé sa 17° année,
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Une gonorrhée contractée pendant son service militaire, soignée dès le début par des lavages au permanganate de potasse et des pilules de toutes sortes, s’est compliquée de bonne heure, d’uréthrite postérieure avec cystite du col. Amendés après huit jours de traitement, ces symptômes ont laissé une goutte matinale qui n’a complètement disparu qu'un an et demi plus tard après la guérison, en trois semaines d'hôpital, d'une épididymite suivie d'une rechute vite guérie du même côté. a
Justement inquiet quelques années plus tard de son embonpoint naissant et sur les conseils d'un médecin, il fit moins bonne chère et consacra de plus en plus au sport les loisirs que lui laissait sa profession. A partir de 1910, et pendant un an et demi, il pratiqua la méthode Desbonnet, puis la méthode Hébert au Collège d’athlètes de Reims (tous les matins une heure de culture physique suivie d’un tub froid ; tous les soirs une demi-heure de boxe anglaise suivie d’une heure de culture physique et d'une douche
‘glacée, avec d'autre part de nombreux bains de soleil et
de vapeur). Son poids diminua de 80 à 72 kilos en huit mois, puis se maintint. Il se trouva si bien de la continuation de ces exercices qu’il mit sur le compte d’une simple fatigue accidentelle et sans y prêter plus d'attention les douleurs vagues ressenties, dès 1912, dans les cuisses et dans la tête, où elles s'accompagnaient de troubles légers de la vue. Mais en 1913. au cours de ses épreuves d’athlète, l'apparition d’une vive douleur au niveau des muscles antérieurs de la cuisse, coexistant avec un malaise général, l’amena à consulter.
Le docteur ne constata aucune lésion musculaire, mais les zones d’anesthésie cutanée et les placards froids répartis sur les membres inférieurs, le malaise général et surtout le gonflement léger des paupières l’incitèrent à analyser les urines qui furent reconnues albumineuses. Quatre jours d’un régime lacté exclusif, suivis d’un régime sévère pendant quatre mois, eurent raison de ces troubles brightiques, qui, depuis, n’ont pas reparu malgré la per-
sistance d’un gramme d’albumine environ, comme en témoignent les analyses du tableau suivant
Il est vrai que, depuis cette époque, considérant avec une légitime émotion que la sœur de son père, albuminurique lui-même, était morte d’albuminurie à 45 ans ; que sa mère avait succombé à 38 ans d’une crise rhumatismale compliquée d'endocardite et de néphrite ; que son frère, aîné de deux ans, est également albuminurique ; et prévenu que sa lésion, née sans doute à la suite d'amygdalites fortement fébriles en 1910, 11, 12 et 13 pouvait s’aggraver, notre lieutenant cessa tout sport et régla sa vie et son hygiène.
La mobilisation l'ayant appelé dans l'infanterie, il supporta difficilement les fatigues de la campagne. fut évacué pour troubles brightiques, puis réformé en octobre 1914: après un mois d’un régime sévère.
À la suite d’excès, en février 1915, son albuminurie fut de 2 grammes.
En avril 1916, nanti d'un certificat médical d'aptitude, il demande à contracter un engagement dans l'aviation, comme pilote, et obtient satisfaction.
Après trois mois d'école: à Ch..... , il gagne son brevet, réussissant 36 heures de vol à toutes altitudes et 196 atterrissages, sans être incommodé. Une fois cependant, lors d’un essai d’allitude, trois petits verres de tarragone absorbés pendant la montée, favorisèrent l'apparition, à 2.800 mètres de douleurs des ‘cuisses et des mollets et de la céphalée. La descente aussitôt amorcée fut normale et la vision parfaite à l'atterrissage.
En juillet 1916, à Av..... ; il exécute quatre heures- de vol à 400 mètres et fait 22 atterrissages, dont 14 de nuit.
En août 1916, au G. D. E.. il totalise 15 heures de vol, 52 atterrissages après des ascensions à l'altitude maxima de 2.500 mètres.
Depuis son arrivée au front. en septembre 1916, et jusqu'à notre dernière ascension (17 novembre 1916), il totalise 40 heures de vol de 2.500 à 3.500 mètres, dont. dix au-
5 Tableau des analyses d’urine.
\ | 5 | DATE Quantité Acide Acide (®E Atbumoses Rapport Rapport Sediments ù Caractères uriqué Albumine Sediments : f des Densité. émise Urée. ch Phosph. | exprimé et Glucoses. P2 O5 | ac: urique| organi- | Urotiles. généraux. oRbESse vraie. | | chimiques ANALYSES. | en 2 h. es en P2 O3 | en Na Cl peplones. es TR | ques. ee À en, | ee cs | mme | mmecemnennss | mms | menus | ess | nd Urine normale des 24 h. » 1020 42 à 1500 26 à 31 075 2 à 3 10 à 12 0 0 0 1/10° 1/40° | 0 0 traces. AAA AIS EE tee Normaux. 1016 970 29.10 0.606 1872 7.08 3.16 0 0 1/16° 1,48° | » » traces. Sjuillét 19135800... — 1010 2000 » » » » 2 gr. » » » » | » » » DAC ST eee — 1005 1750 » » » » traces. » » » » » » » .:
29 1oût ANIME LEE = 1012 4600 |" » » » » 0.72 ) » » » » » » | 11 novembre 1913....... = 1018 1230 31.48 5 00.73 | Ee,33 4.60 0.19 | 0 0 1/43 1/4ie | oxalates. D grand excès. 8 janvier 1914......... — 1022 1300 ° 24.37 0.89 2.39 14.43 | 0.62 0 0 1/10: 1/27° d° d° léger excès. Ése REUOE OS — 1012 1500 » » » » | 0.60 » » » » » » » 95 mars 1914-%......7. — 1020 1150 » » » 1» | 0.57 » » à » 48 avril 4914... — 1020 1330 30.59 0.82 2:99 41,50 | 0.65 » » | 1/10° : { 98 avril 4914... .....:. = » ce me | « 4 à e | ne à | orthostatime | orthostatisme 93 mars.41916..1....02% — 1028 1200 3.411 1.10 2 94 13.57 0.54% » » 1/12: 3 ; 15 novembre 1916....... — | » 1500 » » » » 0.60 » » » 17 noyembre 1916....... — 00) 1200 » » » | » | 0.80 j » » » 9 février 1916. Recherche du bacille de Koch négative après injection. de 2 cobayes.