‹ Le système capillaire sanguinChapitre 12 sur 13 · B1 JUS T 49 £&!<$£ UE · texte numérisé non relu

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Dans l’élaboration des sciences complexes, il arrive souvenique la marche historique de L’esprit humain n’est pas la marche logique. Le développement de la question qui fait le sujet de cette thèse en est un exemple caractéristique. Nous avons en effet comme trait initial de l’histoire des. capillaires, des recherches nombreuses et précises sur la circulation du sang dans les vaisseaux , faites à une époque où les capillaires eux-mêmes n’étaient pas connus, et par des observateurs qui souvent commençaient par en nier l’existence.

Harvey, par une de ces inductions qui n’appartiennent qu’au génie, traça la route du sang et la démontra par une série d’expériences, qui seront toujours un modèle dans l’application du procédé expérimental aux phénomènes

physiologiques. Tandis qu’une étroite critique s’attaquait à la fondation impérissable d’Harvey, la curiosité , armée du microscope, en contemplait l’admirable réalité, et cette découverte qui avait coûté tant d’efforts, trouvé tant d’incrédules, soulevé tant de discussions, se voyait avec un verre grossissant sur la patte d’une grenouille.

Jusqu’à Harvey aucun observateur n’avait été spontanément poussé à rechercher le mode d’abouchement des artères et des veines; l’impulsion devait surtout venir de la découverte du mouvement général du sang dans ces vaisseaux. Peu de temps après la publication du mémorable traité De molu cordis et sanguinis (1628), Borel, de l’Académie des sciences, publia des observations microscopiques parmi lesquelles on rencontre deux indications sur le mouvement du sang dans les vaisseaux (1).

Borel d’après sa relation , ne semble pas être le premier qui ait observé le phénomène. A partir de Malpighi, les observations acquièrent un trèshaut degré de précision. Nous trouvons dans une lettre écrite à Borelli (2) une affirmation des plus nettes sur la communication par anastomoses directes. En 1697, Cowper observa également les communications directes. Dans Leeuwenhoëk, no :s trouvons un grand nombre d’observations sur la circulation dans les membranes transparentes des poissons, des têtards et des grenouilles , et il y indique la communication entre les artères et les veines au moyen de petits vaisseaux plus minces qu’un cheveu. Leeuwenhoëk parle aussi des mouvements oscillatoires et même de l’élargissement des vaisseaux, quand il y a stagnation du sang. Après Leeuwenhoëk, ces sortes de recherches furent répétées par beaucoup d’observateurs : Haller , Ledermuller, Spallanzani, Doellinger, Kaltenbrunner, Meyer, Baumgærtner, Blainville , Poiseuille , Schultz , et d’autres savants modernes , signalés dans le cours de ma thèse.

A côté des observations physiologiques qui donnent ainsi une démonstration si simple de la théorie de Harvey , un autre ordre de recherches , résultant du perfectionnement dans les procédés pratiques d’injection des vaisseaux , contribuait également à préparer la vraie notion des capillaires.

Déjà Sylvius employait des instruments délicats pour insuffler les vaisseaux

p) Devero telescopii invent or e accessit etiam centuria observationum microscopicarum ,

n» I et IL La Haye , 1655, in-Zi°, fig.

(2) De pulmonibus epistola secunda, p. 2/i7. Francfort, 1683.

(3) Opéra omnia , t. II, epist. 65, 66. 67. 68. U, '86; t. III, epîst. 112 , 119, 122, 123, 129. Lugd. Batav. , 1722.

ou pour y pousser des liquides colorés. Bientôt le procédé ingénieux de Swammerdam (1) et les perfectionnements successifs de Graaf (2) , Homberg (3) , facilitèrent l’étude des petits vaisseaux ; l’emploi des masses résineuses dû à Nichole et perfectionné par Hunter et Sue ; l’introduction de la colle de Flandre pour les injections fines, par Rouhaut (4); enfin les procédés modernes indiqués dans les travaux particuliers que j’ai cités dans mon travail , déterminèrent une série correspondante d’études anatomiques précieuses sur les petits vaisseaux et les capillaires. Stenon observait les réseaux de la choroïde, Bidloo un grand nombre de plexus, Verheyen les réseaux du rein, Winslow ceux de la membrane de Ruysch; Ruysch lui-même décrivait les plus gros capillaires du foie , de la rate , du cœur, des lèvres, etc. Lieberkühn donnait pour la première fois la disposition des capillaires dans les villosités de l’intestin et exécutait les belles préparations dont plusieurs se remarquent encore à Berne. Enfin, si nous prenons les travaux de ce genre faits à partir de Prochaska , nous avons en première ligne Berres, suivi de Dœllinger, Wagner, Retzius, Hyrtl, Gruby, Burgraave ; et pour faire ici une digne part aux anatomistes de notre école, nous citerons les belles injections de MM. Nat. Guillot, Robin, Giraldès , Mandl, Bourgery et Ludovic Hirschfeld.

Les injections de vaisseaux laissant voir, dans les plus petites ramifications, des routes déterminées pour le sang , il semble que de très-bonne heure la distinction précise des capillaires aurait dû s’établir ; nous allons voir néanmoins que cette notion est toute moderne.

Une appréciation détaillée des idées anatomiques et physiologiques de Prochaska, de Bichat, de Béclard, de Panizza, de Czermak, de Marshall Hall, etc., m’entraînerait trop loin. Je vais ici m’attacher particulièrement à l’historique relatif à la connaissance du capillaire considéré en lui-même.

Pour Leeuwenhoëk les plus fins capillaires sont de simples gouttières creusées dans la substance des tissus. A une époque où les lois de l’endosmose étaient inconnues, cette manière de concevoir les plus petits vaisseaux permettait d’expliquer comment, au niveau de ces gouttières, le sang abandonne les parties nutritives aux substances solides ; on avait même cru voir les globules se fixer aux parois et s’agréger au parenchyme.

(1) Miraculum naturce. Leyde , 1667.

(2) Tractatus de usu siplionis anatomia. Leyde, 1668

(3) Mémoires de L'Acad. des Sciences, 1699, p. 165.

(A) Idem , 1718, p. 217.

Ces vues prirent surtout une grande consistance dans la théorie de Doellinger qui soutenait que pendant l'inflammation le sang se creuse de nouvelles gouttières. Kaltenbrunner (1), Oesterreicher , Meyer, Wedemeyer, Baumgaertner professent les mêmes idées. 11 faut d’ailleurs reconnaître que l'opinion de Doellinger était un progrès relativement à ceux qui n’admettaient aucune liaison déterminée entre les artères et les veines pour lesquels il y avait extravasation du sang dans des cellules imaginaires.

Beaucoup d’auteurs modernes, Krause lui-même, niaient encore la paroi des vaisseaux capillaires , lorsque des recherches plus précises vinrent rectifier à cet égard l’opinion des biologistes les plus recommandables.

Déjà Beichel , Spallanzani , Wedemeyer, Muller et Weber avaient aperçu les parois des capillaires représentées par des lignes obscures, lorsque Windischmann (2) les vit isolées dans l’organe aplati du limaçon des oiseaux ; J. Muller (3), dans les canalicules corticaux des reins de l’écureuil; Valentin (à), dans les villosités de l’intestin grêle; Schultz (5), dans les plexus choroïdes du cerveau. Cependant Muller, à défaut de notions précises sur la structure de ces parois, soutenait encore l’idée du parenchyme condensé.

Tréviranus (6) , le premier, isola les vaisseaux de la substance cérébrale et constata que leur tunique était homogène. Il confondit les noyaux avec des globules du sang. Puis Schwann (7) isola également des capillaires parmi les vaisseaux mésentériques de la grenouille et considéra les noyaux comme appartenant aux cellules primitives dont il fait dériver les capillaires.

Les choses en étaient là quand Henle a exposé , d’après ses observations personnelles la structure des capillaires (8).

La tunique des capillaires de la première variété est parfaitement décrite par Henle ; sous l’influence des théories de Schwann , il se laisse aller à des analogies entre les corpuscules allongés ou ronds et les noyaux ordinaires de cellules. Mais voici maintenant comment il considère les capillaires formés

(1) Recherches expérimentales sur la circulation du sang, pour faire suite à celles de Doellinger, Journal des Progrès , t. IX , p. 38.

(2) Auris in amphibiis structura, p. 33, in-Zi°. Leipzig, 1831.

(3) Physiologie , t. I, p. 217.

(h) Entwickclungeschiclite , p. 299. Berlin, 1835.

(5) System der Circulation , p. 174. Stuttgard , 1836.

(6) Beitrcege , t. II, p. 99, fig. 76, 1835.

(7) Berlin. Encycl ., art. Gefœsse , 1836, p. 223.

(8) Anat. génér., éd. Jourdan, t. II, p. 20. Paris, 1843.

de plus d’une tunique. A partir des capillaires, qui ont 0mm,010, la paroi interne de la membrane primaire se présente sous forme d’une couche simple de noyaux de cellules. Ces noyaux , plus rapprochés les uns des autres que ceux de la membrane vasculaire primitive , sont reliés par une mince tunique qui leur sert de support à tous. Cette couche celluleuse est, pour Henle, l’ épithélium des capillaires. Nous venons de considérer la face interne de la paroi du capillaire, voyons maintenant l’externe. Henle y observe des noyaux ovales en travers ; il les place dans l’épaisseur de la paroi externe de la tunique primitive, mais quand ces noyaux transverses, très-bien décrits par Heule, se montrent, on en voit apparaître de longitudinaux qui dérivent d’une métamorphose des noyaux primitifs de cellules. Dans des vaisseaux plus compliqués, Henle recherche ensuite laconstitution générale du vaisseau idéal à six tuniques. 11 est facile devoir d’après ces remarques, extraites du traité de Heule , que si la notion du capillaire de la première variété est pour lui bien nette, il ne peut en être de même des capillaires composés de plus d’une tunique. La même obscurité règne , à cet égard , dans les traités qui ont suivi celui de Henle.

Kolliker (1) , dans les plus fins capillaires , décrit une tunique à simple contour , tandis qu’on voit deux lignes parallèles du moment où la tunique a 0,001 de millimètre. Comme Henle , il analyse très-bien les noyaux de cette tunique , qui sont placés en dedans , quand la tunique est très-fine , et dans l’épaisseur, même quand elle est moins délicate. Mais quand il arrive à la transition de ces vaisseaux à des capillaires plus complexes , il reconnaît la très-grande difficulté de cette étude. Néanmoins, voici comment il l’explique : le capillaire se complique à la fois du côté de sa paroi interne et du côté de l’externe. Du côté de l’interne, par la plus grande abondance des noyaux; du côté de l’externe, par une couche adventice sans structure; si l’on poursuit un tel vaisseau du côté des artères, les noyaux intérieurs se transforment en épithélium et la partie moyenne de la tunique en couche élastique. On voit que Kolliker admet aussi l’épithélium de Henle que j’ai déjà combattu dans la partie anatomique de ma thèse. J’ajouterai ici que même ces observateurs n’ont pu apercevoir, entre les noyaux, des délimitations cellulaires, chose d’ailleurs impossible, quand on remarque qu’il y a le plus souvent, entre ces noyaux, une distance égaie à trois ou quatre fois le dia-

(1) Handbuch der Gewebelehre des Menschen , p. 556. Leipzig , 1852.

mètre d’une cellule d’épithélium et surtout de celui des vaisseaux dont les cellules ont de très-petites dimensions.

Pour achever de caractériser la situation actuelle d’une telle question, j’emprunterai à Todd et Bowman un dernier document (1).

Ces deux physiologistes acceptent la notion générale d’après laquelle les capillaires proprement dits sont considérés comme ne changeant pas de dimension dans les réseaux qu’ils forment. Ils ont décrit plusieurs formes de ces réseaux, mais relativement à la constitution essentielle des capillaires, ils partagent le même vague que Henle et Kôlliker. En effet , ils confondent en quelque sorte dans une même description les capillaires des trois variétés. Les capillaires, d’après eux, consistent en une tunique homogène, interrompue à de courts intervalles par des noyaux qui adhèrent à la paroi des vaisseaux ou qui y sont contenus. Ces noyaux sont le plus souvent ovales, quelquefois circulaires , le plus grand nombre ont leurs axes parallèles à la direction des vaisseaux, mais quelques-uns sont placés transversalement. Dans quelques-uns de ces capillaires, on aperçoit des traces à peine marquées d’une striation circulaire. Tels sont les seuls documents essentiels qu’on trouve dans le traité de Todd et Bowman, relativement à la structure fondamentale des capillaires. On pourra maintenant apprécier justement le mérite de l’observateur dont le nom est venu si souvent sous ma plume dans ma partie anatomique. En citant M. Robin comme je l’ai fait, je me donnais tout à la fois la satisfaction du devoir et celle de l’amitié.

Les détails dans lesquels je suis entré , à propos des altérations des vaisseaux, dans les autres parties de ma thèse, doivent me dispenser de reproduire ici, sur tous les points, les principaux types déjà cités. L’examen particulier par lequel je viens de terminer m’a permis d’eviter, au milieu de l’étude directe des capillaires , une discussion qui m’aurait éloigné de la description rigoureuse par laquelle je me suis efforcé, dès le début, d’établir la notion exacte des capillaires sanguins.

(1) Anatomy and physiology of man. London , 1652 (dernier fascicule).

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