DÉVELOPPEMENT DES CAPILLAIRES
Au milieu des nombreux travaux exécutés sur les développements des vaisseaux, je m’adresserai particulièrement à celui de MM. Prévost et
1) Recherches sur les lésions anévrismatiques des vaisseaux capillaires. Thèse de Paris , 185&
(2) Monthly Journ. of medic. science , octobre 1851.
Lebert, dans lequel ces deux observateurs ont soigneusement évité les errements de la théorie cellulaire.
En considérant ici ce qui se rapporte strictement à l’étude des capillaires , voici quels sont les documents les plus positifs qu’on peut prendre sur ce sujet.
Dans la substance des branchies d’un têtard de 7 à 8 millimètres , on voit à la place que doivent occuper les vaisseaux, des globules qu’ils appellent organoplastiques de 0,02 à 0,03 de millimètre remplis de granules, et une substance intercellulaire granulo-vésiculaire; à mesure que les branchies grandissent, les granules et les vésicules diminuent, deviennent plus diaphanes et s’écartent pour laisser entre eux l’espace qu’occuperont bientôt les vaisseaux. — La première circulation ne les creuse pas ; les vaisseaux se forment dans une membrane qu’ils nomment hémoplastique.
Quand les voies principales sont établies, il se forme de tous côtés des vaisseaux de communication dont on suit très-bien le développement dans la queue de la Grenouille et du Triton. On ne voit d’abord des deux côtés de la corde dorsale, que les globules serrés et opaques que Prévost et Lebert appellentorganoplastiques; ceux-ci deviennent ensuite plus transparents et anguleux par juxtaposition ; enfin ces globules s’écartent comme dans les branchies et il se forme ainsi des arcs collatéraux passant directement d’une petite artère à une veine ; puis, entre ses arcs secondaires se développent des arcs tertiaires allant toujours du système artériel au système veineux; la dimension de ces capillaires varie entre 0,016 et 0,025 de millimètre; leurs parois sont partout distinctes, nulle part on ne voit de globules errer dans la substance de la queue.
Dans tous les cas, les capillaires se forment d’une manière centifruge, et toujours sous l’influence de la circulation générale. MM. Prévost et Lebert n’ont jamais observé dans l’embryon des animaux vertébrés, des vaisseaux se formant indépendamment de la circulation générale et finissant par y aboutir.
Des observations faites par M. Ch. Robin sur les larves du Triton cristatus lui ont montré des faits semblables, dont il m’a communiquéles dessins; dans la queue de ces animaux ayant déjà 12 à 15 millimètres et nageant librement dans l’eau, on peut voir, au sommet des arcades vasculaires simples que forment les branchies qui de l’aorte se recourbent simplement pour rentrer dans la veine cave, on peut, dis je, voir ( pl. Il, fig. l\ a , à, c) se faire un petit prolongement au cul-de-sac, de la largeur du vaisseau d’où il part; ce cul-de-
sac s’allonge peu à peu et d’une manière assez notable pour qu’on puisse s’apercevoir d’une différence de longueur du conduit dans l’espace de deux heures environ. Il n’est pas rare de voir un ou plusieurs globules blancs surtout et quelquefois des globules rouges s’engager dans ce cul-de-sac et y demeurer (fig. 1x b). Quand ces prolongements en cul-de-sac ont acquis une certaine longueur en dehors des muscles de la queue, dans le tissu cellulaire sous-cutané, ou mieux dans la substance homogène à peine striée qui le représente, le vaisseau se recourbe vers son extrémité et s’allonge alors parallèlement à l’axe du corps (fig. l\ f ), pendant qu’un conduit voisin en fait autant (fig. ha, b); quelquefois, avant de se recourber, le prolongement en cul-de-sac envoie latéralement une branche qui s’allonge de la même manière jusqu’à ce qu’elle rencontre un vaisseau dans son voisinage (fig. à, f).
Si nous passons aux recherches faites sur l’embryon du Poulet , nous aurons des phénomènes analogues à noter. Après la 2âe heure de l’incubation, on reconnaît autour des plis caverneux du capuchon céphalique, les premiers vestiges des vaisseaux dont l’existence est bien manifeste après la 28e heure.
Sur l’œuf incubé depuis 32 heures, les plus petits canaux ont de 0,020 à 0,025 de millimètre en diamètre; — les vaisseaux commencent tout près du cœur, et quoique séparés par des globules, on voit le parallélisme entre les canaux vasculaires et les branches qui renferment le cœur. Nulle part encore ne se montrent les globules. — Les vaisseaux, sur plusieurs points de leur trajet, présentent de légères saillies latérales, ou des éperons qui finissent par se rencontrer entre deux vaisseaux.
A partir de la 3Ae heure, on voit des glonules sanguins dans quelques capillaires, tandis que le cœur qui est en communication avec les premiers vaisseaux est encore sans mouvement. — Après 35 heures d’incubation, on voit encore, le long des vaisseaux, des éperons latéraux qui tendent les uns vers les autres, entre deux vaisseaux. — C’est sur une observation insuffisante de ces éperons et des interstices vasculaires, que Schwann a basé son explication cellulaire du développement des vaisseaux.
C’est à partir de la 36e heure, que les premiers mouvements péristaltiques du cœur commencent, alors que dans les parties périphériques se sont déjà développés des globules sanguins, qui ne prennent, comme on le sait, une teinte jaune rougeâtre qu’après!a39c heure d’incubation, — époque à laquelle le tissu cellulaire est bien formé.
A 35 heures, le diamètre des vaisseaux varie entre 0,01â et 0,056, de mil-
limètre; h h 8 heures, il varie entre 0,016 et 0,160, et l’on distingue alors parfaitement les capillaires à 1 tunique , des capillaires à 2 tuniques.
Vers la fin du 3e jour, le vaisseau therminal commence à s’effacer; à la fin du àe, il a à peu près disparu ; les vaisseaux sont alors plus réguliers, on ne voit plus de nouveaux éperons ; la différence entre les troncs vasculaires et les capillaires devient de plus en plus tranchée, et les vaisseaux se rapprochent de leur forme complète et définitive.
Ge qui s’observe pour le développement normal des capillaires se présente également par leur mode d’apparition dans les produits accidentels.
Lorsque M. Guillot (1) a décrit , pour les tubercules pulmonaires, la formation d’un réseau vasculaire, d’abord indépendant, qui s’aboucherait ensuite avec les artères bronchiques , il l’a fait avec tant de réserve qu’on ne peut aujourd’hui le lui reprocher. Les formations de ce genre , mieux observées dans divers produits accidentels, se sont montrées toujours comme dérivant des vaisseaux qui avoisinent les formations anormales suivant les mêmes cas qu’à l’état normal, et en particulier d’après le mode observé par M. Robin dans la queue des larves de Triton, dont je donne la description et les dessins.