ALTÉRATIONS DES CAPILLAIRES
Je placerai en tête de cet examen Y altération athéromateuse , assez fréquente chez les sujets avancés en âge, pour qu’on puisse la considérer comme un phénomène sénile, normal.
Les différentes formes athéromateuses , stéatomateuses et mélicériques de ces dépôts ont été bien étudiées dans les artères. Depuis qu’on s’est familiarisé avec l’inspection des capillaires, on a vu également ces petits amas graisseux se substituer aux éléments de la paroi du capillaire et en rétrécir le calibre, souvent au lieu d’un amas ce sont des granulations isolées. M. Ch. Robin en a rencontré au niveau des dilatations variqueuses des capillaires du cerveau. Ces altérations sont à peu près constantes à partir de soixante-dix ans , mais on peut accidentellement les rencontrer, même à partir de trente-cinq ans ; chez les sujets morts d’apoplexie , on trouve cette altération dans presque tous les capillaires.
Cette altération, dont j’ai noté plus haut les caractères en abrégé, d’après ce qu’on rencontre souvent sur des sujets morts de toute autre affection que de maladies du cœur ou des vaisseaux, offre les caractères suivants :
(1) tournai l Expérience , t. I , p. 550 , Paris 1838.
Chez les sujets morts d’apoplexie ou d’une autre affection , mais offrant des foyers apoplectiques anciens, on trouve, d’après M. Robin , les capillaires de la première variété, soit dans le cerveau, soit dans les autres organes, parsemés de granulations graisseuses isolées, ou le plus souvent accumulées (pl. I, fig. 3). Ces granulations offrent le même aspect que dans les cas où il s’agit simplement des capillaires des vieillards dont il a été question plus haut; seulement, elles sont plus abondantes , disposées quelquefois en séries longitudinales et plus souvent groupées en amas, qui déterminent une augmentation d’épaisseur des parois et font saillie , soit du côté de la cavité du vaisseau, soit au dehors (pl. I, fig. 3 a). Prises en ellesmêmes, ces granulations graisseuses sont jaunâtres, à centre brillant, à contour net et foncé. Le plus souvent elles sont sphériques et varient en volume depuis 1 jusqu’à k millièmes de millimètre. Quelquefois les plus grosses, accumulées ou non, sont polyédriques; on peut les dissoudre par l’éther, mais seulement après avoir attaqué les parois du capillaire par l’acide acétique. Dans les tumeurs colloïdes non cancéreuses, dans les tumeurs fibro-plastiques et épidermiques, dans les hypertrophies glandulaires, surtout celles des muqueuses , M. Robin a trouvé les mêmes altérations. Je reproduis , d’après cet anatomiste, une figure de capillaires ainsi altérés, pris dans une tumeur colloïde (pl. I, fig. I). L’altération est surtout très-prononcée dans les parties de ces tumeurs qui offrent quelquefois des épanchements sanguins. Toutefois les granulations graisseuses sont plus petites que chez les individus apoplectiques ; elles sont soit isolées , soit en séries longitudinales, comme les grains d’un chapelet (fig. 1 c , c, d), soit en amas occupant le quart ou la moitié de la largeur du cylindre (fig. 1 e, e).
Cette altération se rencontre aussi dans les tumeurs cancéreuses, mais habituellement les granulations y sont plus rarement accumulées ; elles sont éparses dans l’épaisseur des parois du capillaire dans lesinterstices des noyaux et généralement de volume inégal. J’ai fait reproduire un dessin de l’anatomiste que je viens de citer, qui représente quelques-unes des particularités morbides que je viens de décrire (pl. II, fig. 3).
Les altérations précédentes s’observent aussi sur les capillaires des deuxième et troisième variétés, dans les mêmes cas et avec des particularités analogues dans chacun d’eux. Toutefois, c’est la tunique à noyaux transverses qui, ainsi que dans les modifications séniles, en est principalement attaquée.
Les gouttes y sont habituellement plus grosses, en amas plus considérables, de manière que faisant saillie, soit en dedans , soit en dehors, des
granulations volumineuses semblent devoir se détacher facilement au moindre mouvement brusque de pression sur le capillaire. Toutefois, elles sont encore assez fortement adhérentes, et quelles que soient les oscillations qu’on fasse éprouver aux lamelles recouvrant les préparations, on ne change en rien l’état des granulations ou gouttelettes accumulées. Plus souvent que dans les capillaires de la première variété , les granulations sont ici polyédriques, irrégulières, et quelquefois alors réfractent la lumière non simplement en jaune, mais en lui donnant une teinte rougeâtre. La composition de ces matières grasses n’a pu être exactement précisée , mais on trouvera dans le Traité de chimie anatomique de MM. Ch. Robin et Verdeil (1) les faits qui portent à penser que la cholestérine, l’oléine , la margarine et la stéarine en sont les principes constituants fondamentaux , comme dans les concrétions dites athéromateuses des artères.
Lésions anévrysmatiques. — Virchow, au point de vue des altérations de forme, distingue l’ectasie des vaisseaux en simple (dilatation générale et uniforme), variqueuse (dilatation générale mais inégale) , ampullaire, disséquante, caverneuse. M. Gailliet, dans son excellente thèse sur ce sujet, repousse avec raison ces deux dernières formes, comme se rattachant à l’étude des lésions des dernières ramifications des artères et des veines et non aux capillaires proprement dits.
Dans l’ectasie simple, la plus fréquente, les capillaires se dilatent d’une manière plus ou moins uniforme ; si un des points de la circonférence cède plus facilement, il se forme un sac latéral, d’un volume variable : on a alors l’ectasie variqueuse. Ou bien toute la circonférence du vaisseau en un point limité, se dilate en ampoule : ectasie ampullaire. Cette ampoule, au lieu d’être régulièrement arrondie , peut être fusiforme, ou bien encore un même vaisseau peut présenter une série de dilatations latérales. J’ai entendu professer à M. Robin que cette forme d’ectasie était commune dans les nævi-materni et dans les tumeurs dites érectiles de la peau et des muqueuses , sans parler de la dilatation générale des capillaires, et de leurs flexuosités ordinaires dans ces productions morbides. Ces déformations peuvent, comme on le voit, offrir une assez grande variété.
Elles peuvent dépendre, comme dans les artérielles, de l’altération athéromateuse préalable de la paroi du capillaire. Au niveau de la dilatation la
(1) Ch. Robin et Verdeil , Traité de chimie anatomique ou des principes immédiats du corps de l'homme , etc. Paris 1852 , in-8°, t. III , p. 20 et suivantes.
membrane amorphe du capillaire est plus fine, plus transparente et les noyaux y sont peu nombreux ; cette dilatation des tuniques avec dépôt de granulations graisseuses , présente les mêmes caractères dans les tissus normaux et dans le tissu des tumeurs cancéreuses et fibro-plastiques rapidement développées.
Les observations particulières de M. Galliet ont contribué, à cet égard, à généraliser l’étude de ces altérations. M. Robin a noté aussi, dans le travail de M. Galliet, des ectasies simples dans diverses tumeurs et entre autres les tumeurs épithéliales simples ou d’origine glandulaire, soit avec dépôt de granules graisseux , soit lorsque le capillaire a conservé son aspect normal. J’ai fait reproduire un dessin de M. Robin représentant l’ectasie simple, fusiforme, observée dans un capillaire d’une tumeur épithéliale de la muqueuse des fosses nasales (pl. I, fig. 2, e, e ), figure qui peut servir de type et qui permet de se faire une idée de ces lésions. On peut voir que, dans ce cas, les parois du capillaire qui est de la première variété, ont conservé leur aspect normal. Je me bornerai, pour la partie anatomique, à ces courtes indications anatomo-pathologiques , me réservant d’y revenir dans la seconde partie de ma thèse, à propos des phénomènes physiologiques qui s’y rattachent.
Je termine donc cette étude générale des capillaires, par une courte indication pratique sur la manière de les préparer ; je passerai ensuite à leur étude spéciale dans les différentes parties de l’organisme.
Préparation des capillaires. La substance cérébrale et celle de la moelle épinière sont, de toutes les parties du corps, celles qui laissent le plus facilement isoler leurs capillaires. 11 suffit de saisir avec des pinces un des petits vaisseaux visibles à l’œil nu à la surface d’une coupe du cerveau. Lorsqu’on est parvenu à en arracher une longueur de 1 centimètre, ne vît-on à l’œil nu aucune ramification, on est sûr d’apercevoir au microscope des subdivisions de toutes les variétés. Ce capillaire obtenu, il suffit de l’étaler dans une goutte d’eau sur la lame porte-objet, de le débarrasser (en le frottant légèrement avec l’aiguille à dissection) de la substance cérébrale qui peut l’accompagner, puis de déposer légèrement sur lui la lamelle mince de verre, en se préservant des bulles d’air et en prenant les précautions d’usage. Dans la piemère, dans le testicule , les muscles, le rein, la rétine , il est également facile d’isoler les capillaires, en dilacérant le tissu un peu plus qu’on ne le fait pour isoler les éléments fondamentaux de ces tissus. Il en est de même pour la plupajrt des tumeurs friables ou molles , comme les hypertrophies glandu-
laires , les tumeurs épithéliales , les tumeurs colloïdes non cancéreuses , les tumeurs cancéreuses encéphaloïdes , etc. Le foie , le pancréas , le thymus ,
sont encore dans le même cas. Le tissu musculaire de la vie organique, les
muqueuses, le tissu cellulaire , le périoste , les nerfs, etc. , laissent plus difficilement séparer leurs capillaires. Cependant une dilacération minutieuse permet de voir çà et là des fragments de capillaires d’une longueur suffisante pour en constater les caractères. C’est dans ces tissus, ainsi que dans les brides de nouvelles formations des séreuses, qu’il est souvent nécessaire d’employer l’acide acétique, qui rend homogène et transparent le tissu cellulaire, et permet alors de voir les capillaires intacts, bien reconnaissables à la disposition de leurs noyaux.