DES CAPILLAIRES SUIVANT LES PARTIES DE L’ORGANISME
L’examen des différents réseaux capillaires appartient surtout à l’étude de la structure dans les différents organes; si je l’introduis dans ma thèse, c’est dans le but d’y trouver de nombreux documents relatifs à la constitution même des capillaires et à leur physiologie , et non pour en traiter à la manière de Berres , dont l’ouvrage incomparable demeurera toujours classique sur un grand nombre de points.
Kôlliker pose en principe que les réseaux vasculaires dépendent dans leur répartition , de la disposition des éléments anatomiques et de l’énergie des fonctions. Cette loi n’a que l’inconvénient d’être à la fois anatomique et physiologique. Nous en prendrons la première partie , en la complétant par une remarque intéressante de M. Robin, d’après laquelle là où l’énergie des fonctions est en rapport avec une grande proportion de capillaires , ceux-ci ne dépendent plus, dans leur disposition, de l’arrangement des éléments du tissu qui leur sert de support.
On peut donc établir, en restant au point de vue anatomique, que là, où la proportion des capillaires est inférieure aux éléments du tissu , le capillaire se subordonne , dans sa disposition , à la forme et à l’arrangement des éléments du tissu. Là, au contraire, où les capillaires sont très-abondants tandis que le tissu qui les supporte joue le rôle de simple canevas, les réseaux sont indépendants dans leur forme et affectent des dispositions spéciales suivant les parties.
On sent, d’après cela, que toute étude directe des capillaires, faite dans le but d’éclairer les questions de texture , ne saurait avoir de l’intérêt que pour
les tissus où le capillaire se subordonne à la disposition des éléments, et encore dans ces cas, vaut-il mieux connaître préalablement les éléments du tissu et le mode de texture, au moyen de ces éléments.
Sœmmering', comme Berres, avait considéré les réseaux d’une manière générale ; on trouve également dans les traités modernes des appréciations de ce genre, mais dans beaucoup de cas, elles n’ont pas un degré suffisant de généralité; je leur préférerai un examen spécial des capillaires suivant un certain nombre de tissus.
Parmi les tissus essentiellement formés de cellules et d’une matière amorphe plus ou moins abondante, il en est un grand nombre sans vaisseaux; la grande catégorie des tissus épithéliaux, l’épiderme, les divers épithéliums des muqueuses, des séreuses, des surfaces glandulaires, ne présentent pas de capillaires; il en est de même du blastoderme résultant de la segmentation du vitellus. On peut également ranger ici le tissu de la chorde dorsale, qui est définitif chez quelques poissons et batraciens. Le tissu corné , dentaire , celui du cristallin, ne présentent pas non plus de capillaires.
La non-vascularité des cartilages d’encroûtement est certaine, elle est, du reste, assez généralement acceptée; il n’en est pas de même pour les cartilages périchondriques. Toutefois, la notion des vaisseaux y résulte jusqu’à présent de pures hypothèses; l’injection de capillaires dans l’axe des cartilages costaux, faite par Lauth paraît se rapporter plutôt à une espèce de conduit médullaire qu’à la substance même du cartilage. Il faut néanmoins noter que Muller croit en avoir observé sur les cartilages des enfants injectés avec soin, et d’après Valentin, il existe à Utrecht, dans le cabinet de Bleuland, des cartilages injectés; mais ce n’est que lorsque ces cartilages sont malades qu’ils deviennent vasculaires, et les injections de M. Robin ainsi que ses études sur l’ossification, lui ont montré que dans les cartilages d’ossification qui sont vasculaires , les capillaires respectent toujours la couche cartilagineuse superficielle qui doit devenir cartilage articulaire, et qui variant d’épaisseur depuis 2/10 de millimètre jusqu’à 1 millimètre suivant l’âge, diffère aussi par ses cellules de la portion vasculaire ou ossifiable.
Dans les cartilages d’ossification , les vaisseaux n’apparaissent qu’après le commencement du dépôt des phosphates et carbonates calcaires; parmi les fibro-cartilages, les synchondroses du bassin sont considérées comme vasculaires surtout pendant la grossesse.
Dans les os,, la disposition des canalicules est bien connue; quant aux capillaires des trabécules du tissu spongieux assez épaisses pour en contenir .
ils sont subordonnés à la disposition réticulée de ce tissu. Une particularité se rattache à leur dimension, c’est que, dans les os, ils n’ont jamais moins de 0,010 de millimètre.
Une disposition spéciale se rapporte à la distribution des capillaires dans le placenta. On sait que le tissu de cet organe (1) est formé parles ramifications très-fréquemment subdivisées et entre-croisées des villosités du chorion. Ces villosités sont formées d’une substance homogène , finement granuleuse , cà et là fibroïde sans être fibreuse, parsemée de noyaux ovales , plus petits et plus rapprochés que ceux de la substance homogène des capillaires. Cette substance est la même que celle du chorion. Chaque villosité constitue un cotylédon placentaire à circulation indépendante. Le pédicule de cette villosité a environ le volume d’une plume de corbeau, et se subdivise en rameaux nombreux, dès sa base. Chacune de ses subdivisions, dont les plus fines ne sont pas visibles à l’œil nu, se termine par une extrémité mousse arrondie ou conique, quelquefois un peu renflée. Chacune est creusée d’un double canal, l’un portant le sang du fœtus vers la mère, l’autre le ramenant en sens inverse. Ils s’inoculent simplement vers le bout de chaque subdivision, et ne sont séparés l’un de l’autre que par une cloison épaisse de 1 centième de millimètre, un peu inégale cà et là; cette épaisseur est également celle de la paroi périphérique des plus petites ramifications, paroi qui nulle part n’offre le moindre orifice , ni fissure ni éraillure pouvant permettre communication directe, autrement que par endosmose, entre le sang de la mère et celui du fœtus. Dans le conduit artériel du pédicule de la villosité, s’enfonce un rameau provenant de l’une des deux artères ombilicales ou placentaires ; de l’autre conduit sort un rameau veineux qui , avec les autres , va former la veine ombilicale ou placentaire ; pour faciliter la description suivante, disons qu’elle s’enfonce dans ce conduit. On observe, en effet, qu’à partir de la base du pédicule , à mesure qu’on avance vers les branches , les parois de l’artère et de la veine disparaissent complètement dès les deuxième ou troisième subdivisions de la villosité ; c’est-à-dire dès les branches qui ont 1 millimètre de diamètre. Dès ce moment , le conduit sanguin est représenté par la substance propre de la villosité bicanaliculée ; le sang est au contact de cette substance, et nulle
(1) Voyez Ch. Robin. Mémoire pour servir à l’histoire anatomique de la muqueuse utérine , Archiv. génér. de méd., 1848, t. XVII, p. 258. — Du microscope etc., 1849, in-8°, p. 30 , et dans Cayla, Sur les môles hydatiformes de l'utérus. Thèse . Paris, in-4®, 1849, et dans Cazeau, Traité de l'art des accouchements. Paris, in-8°, 1850, p. 213, 3' édition.
tunique propre des capillaires ne peut être vue , ni à la face interne du canal portant le sang qui va du fœtus vers les sinus utérins , ni à celle du conduit juxtaposé dans la même branche, qui ramène le sang, à partir des sinus, vers le cœur du fœtus. Ainsi, dans le placenta, il n’y a pas de réseau, mais des villosités ramifiées non anastomosées et simplement enchevêtrées. La disposition réciproque des ramifications, une fois connue, celle de la distribution des capiliaires l’est également. Il faut seulement savoir que les conduits sanguins des villosités ne sont pas réguliers et que leur diamètre, qui est de 15 à 20 millièmes de millimètre dans les dernières ramifications peut être quelquefois çà et là plus large de moitié, ce qui tient surtout à ce que les parois, limitant le conduit, sont d’épaisseur inégale.
On observe de plus que, çà et là, les dernières ramifications portent des petits prolongements ou nouvelles ramifications, longues au plus de 1 à 2 dixièmes de millimètre, presque aussi épaisses que la ramification qui les porte; le conduit correspondant, afférent ou efférent, ne fait que s’enfoncer dans leur épaisseur et se contourne au sommet pour revenir sur lui-même et se continuer au delà, dans le reste de la ramification, en conservant le caractère de conduit afférent ou efférent. Enfin il y a dans le placenta, sur le pédicule des villosités et de leurs grosses ramifications, des capillaires fournis par les vaisseaux qui rampent à la face fœtale du placenta, capillaires nourriciers de ces villosités, qui se distribuent à leur surface en formant des mailles analogues à celles du tissu cellulaire. On les trouve encore un peu au delà du point où les vaisseaux placentaires perdent leurs parois. Ils rampent dans une petite quantité de tissu cellulaire, qui est appliquée sur le pédicule des villosités et leurs principales branches (M. Robin).
Je citerai encore deux exemples de distribution de capillaires dans les tissus dont les éléments ont la forme de vésicule ou de cellule.
En premier lieu, c’est le tissu adipeux dont les vésicules ovoïdes, devenues polyédriques par pression réciproque , sont entourées souvent par une maille capillaire qui en reproduit la forme ; quelquefois, deux ou trois vésicules sont circonscrites par une seule maille ; le diamètre de celles-ci est donc mesuré comme leur forme , à peu près par celui de la coupe des vésicules. Le tissu adipeux est donc assez riche en capillaires à disposition élégante , ce qu’on voit quelquefois très-bien sur le cadavre , dans le tissu adipeux de l’arrièrefond de la cavité cotyloïde.
Dans le tissu médullaire des os , les mailles sont d’égal diamètre en tous
sens , polygonales , à angles aigus , et ayant six à huit fois au moins le diamètre des capillaires qui les forment. Elles sont plus étroites de moitié environ, à la surface des lamelles osseuses ou du canal médullaire. Dans les cas où la moelle renferme des vésicules adipeuses d’une manière notable, celles-ci sont entourées à peu près comme dans les lobules du tissu adipeux sous-cutané.
En passant aux capillaires des tissus formés de fibres , nous allons mieux voir la subordination des vaisseaux à la trame des éléments du tissu, et nous pourrons poser quelques principes généraux sur leur distribution.
Dans le tissu lamineux, dans l’épaisseur du derme et du chorion des muqueuses, dans l'épaisseur des séreuses et des synoviales, dans le périoste, la dure-mère , la pie-mère , dans la tunique externe des artères et dans les diverses tuniques des veines, les ramifications capillaires suivent assez communément la direction et le mode d’entre-croisement des faisceaux de fibres. Les mailles sont polygonales, à angles généralement aigus, d’égal diamètre à peu près en tout sens. La largeur de ces mailles est de trois à six fois celle des capillaires ; on en trouve peu de plus étroites, peu de plus larges. Ces dimensions relatives peuvent se rencontrer sur une même maille allongée en comparant la largeur à la longueur. Les mailles étroites l’emportent sur les plus larges dans le périoste, dans la tunique externe des artères et à la surface des séreuses. Le contraire s’observe dans la dure-mère rachidienne , où elles ont leur grand diamètre longitudinal.
Dans le tissu jaune élastique de divers ligaments, les vaisseaux ne se rencontrent que dans les lames de tissu cellulaire, interposées aux fibres jaunes; ils offrent la disposition propre à ce tissu. Ce que je viens de dire du tissu jaune élastique s’applique, d’après M. Robin , aux tendons ; c’est-à-dire que les faisceaux de ces fibres tendineuses ne sont pas vasculaires. Ces faisceaux varient en épaisseur , depuis quelques dixièmes de millimètre jusqu’à un ou deux millimètres, suivant le volume des tendons de différents animaux. Dans le tendon d’Achille ils sont séparés par de minces cloisons de tissu cellulaire. Là, les fibres , au lieu d’être toutes parallèles comme dans le tendon , sont entre-croisées en tous sens et offrent le mode de vascularité du tissu cellulaire. Quant aux gaines synoviales tapissant les coulisses et les tendons, elles sont vasculaires comme les séreuses, et deux capillaires parallèles se voient dans les plus petites brides allant de la coulisse au tendon ; il y en a plusieurs dans les grandes brides , celles des tendons fléchisseurs
de la main, par exemple (1). Dans les aponévroses d’insertions, dont les faisceaux nacrés sont séparés par du tissu cellulaire plus abondant que dans les cordons tendineux , la distribution se fait comme dans les cloisons celluleuses de ees derniers. Les ligaments et les aponévroses d’enveloppe ont des mailles trois ou quatre fois plus longues que larges dans le sens des fibres et faisceaux de fibres; leur largeur est de cinq à six fois celle des conduits.
Les muscles de la vie organique ou à fibres- lisses, offrent des mailles allongées , à angles aigus. Dans l’intestin , le grand diamètre des mailles est perpendiculaire à l’axe du tube digestif. La richesse en capillaires y est assez grande, car les espaces circonscrits n’ont généralement que trois ou quatre fois le diamètre des vaisseaux. Dans le cœur le plus riche en vaisseaux des organes vasculaires, les mailles sont polygonales, serrées, à angles aigus , et leur plus grand diamètre est mesuré par l’épaisseur des faisceaux musculaires du cœur.
Les muscles de la vie animale sont remarquables par la disposition allongée des mailles de leurs capillaires. Une artériole arrivant sur une portion de muscle, s’y subdivise successivement en capillaires qui décrivent une légère courbe, à l’instant où ils se détachent de l’artère, contournent un ou deux faisceaux striés, pour ramper ensuite entre eux, et prendre alors tout à fait le caractère capillaire. Même disposition quant à la réunion successive de ceux-ci pour former des veinules qui viennent se placer à côté des artérioles visibles à l’œil nu. Il en résulte que, le long des faisceaux striés, on voit des capillaires qui en prennent la direction parallèle, et s’envoient çà et là des branches transverses, disposées à angle droit ou à peu près, par rapport aux précédents. Ils forment ainsi des mailles ayant quatre ou cinq fois en longueur leur propre largeur, laquelle est mesurée par l’épaisseur d’un faisceau strié ou à peu près. On voit cependant souvent trois ou quatre faisceauxstriés réunis entre lesquels ne pénètrent pas de capillaires et qui n’en présentent qu’à leur surface. Aucune ramification ne pénètre au travers du sarcolenane dan" l’épaisseur du faisceau strié ou primitif.
On voit très-bien, d’après une figure de Kolliker (2), le réseau des plus fins capillaires, formé de mailles rectangulaires dont le côté long est parallèle à la direction des faisceaux primitifs, et le petit côté est formé par des anastomoses transversales qui embrassent les faisceaux.
(1) Michon. Thèse de concours. 1851.
(2) Mikroskopische anatomie , t. U, p. 23/j. Leipsic, 1850.
C’est sur la limite entre les fibres musculaires et les fibres tendineuses, qu’on peut juger de la grande différence vasculaire de ces deux tissus. Dœllinger avait très-bien vu les capillaires du muscle revenir sur eux-mêmes à partir du tendon , tandis qu’un très-petit nombre pénétrait dans celui-ci.
Prochaska avait fait une observation analogue entre la partie libre des membranes synoviales et celle qui revêt le cartilage articulaire.
Dans les nerfs de la vie animale, c’est dans le tissu cellulaire né vrilemmatique que rampent les capillaires, mais toujours les mailles sont longitudinales. Les artérioles et les veines suivent souvent un long trajet longitudinal, avant de se subdiviser en capillaires qui se comportent par rapport aux tubes nombreux, ou mieux par rapport aux petits faisceaux visibles à l’œil nu de 10 à 20 tubes nerveux et plus , comme ceux des muscles, par rapport aux faisceaux striés. Toutefois , le tissu cellulaire, plus abondant sur les nerfs que dans les muscles, fait que la disposition allongée des mailles est ici moins régulière que dans les muscles.
Dans le tissu érectile dont la charpente appartient au tissu fibreux élastique, le système vasculaire, par suite de sa prépondérance, affecte des dispositions spéciales ; dans ce tissu dont le corps caverneux de la verge peut être considéré comme le type, le sang passe des capillaires artériels dans les capillaires veineux, par l’intermédiaire de sinus qui établissent entre les deux ordres de vaisseaux, de larges communications; un tel sujet ne se rapporte pas essentiellement à l’étude des capillaires proprement dits. Je me contenterai de dire, relativement aux artères hélicines de Muller, qu’elles paraissent n’être qu’un accident de préparation , résultant de la rupture des fibres élastiques qui embrassent les nombreuses flexuosités artérielles, et qui se roulent sur elles-mêmes, après avoir été déchirées. Je pense donc qu’il faut à cet égard se ranger, avec M. J. Béélard, à l’opinion de M. Valentin.
Dans la choroïde, ces capillaires sont formés de réseaux admirables dont les mailles n’ont souvent pas un diamètre supérieur au calibre des vaisseaux qui les forment. A la face interne de la couche moyenne de la choroïde, on trouve chez l’homme la membrane capillaire interne ; c’est particulièrement à la face concave du tapis , qu’on voit les capillaires se répandre en étoiles, stellulæ vasculosæ W inslowii . Ce réseau . chez les animaux à grands yeux, représente une membrane délicate qu’on peut détacher.
Un réseau vasculaire ténu pénètre dans les flocons veloutés delà face interne de la choroïde.
Les capillaires veineux procédant de ces réseaux se rapprochent de la face
externe de la membrane, et forment entre les nerfs et les artères les vasaverticosa de Stenon.
A l’iris , les ramifications parties du grand cercle artériel se dirigent en rayonnant vers le bord pupillaire ; en se divisant et s’anastomosant sous des angles aigus ; au voisinage du bord, elles se réunissent en arcade pour former le circulas iridis minor.
Dans le réseau capillaire de la rétine, les mailles sont plus grandes que dans la choroïde, immédiatement devant Yora chez l’homme et derrière chez beaucoup de mammifères. Les capillaires artériels et veineux forment un double cercle qui représente, dans ces régions entre la choroïde et la rétine, l’analogue des cercles de l’iris entre la choroïde et la sclérotique.
Quant aux ramifications de l’artère capsulaire , on sait qu’elles sont purement transitoires.
Avant de passer à l’étude des capillaires dans les membranes tégumentaires, j’indiquerai encore une disposition spéciale des capillaires bien étudiée par M. Ch. Kobin dans les tissus électriques. En considérant une pile de disques dans l’appareil de la raie , on voit les capillaires se détacher au niveau de l’intervalle des disques, et les réseaux se répandre à la face postérieure du disque dans le tissu connectif et envoyer des anses vasculaires contournées sur elles-mêmes dans de petites excavations de la substance propre du disque, sans la traverser, ni se ramifier dans cette substance.
Membranes tégumentaires. — Les belles figures de Berres ont montré que l’on peut faire rentrer les réseaux vasculaires de la trame des membranes tégumentaires dans une même catégorie ; c’est avec les différentes formes de ces réseaux, qu’il a formé le type rete vasculosum maculo-ansatum (1). Les dessins qu’il donne des réseaux de la peau, des muqueuses et de quelques séreuses, permettent de saisir la physionomie générale de ces réseaux. Lorsque les surfaces présentent des papilles, des villosités ou des orifices glandulaii 3s , les capillaires affectent des dispositions spéciales suivant les cas.
A la peau , les capillaires forment sur la face profonde un premier réseau à mailles serrées, la couche vasculaire interne d’Eichhorn ; de ce réseau partent des divisions qui traversent le derme et viennent à la surface s’épanouir en vortex ou en tourbillon. Cette couche vasculaire externe repose dans cette partie superficielle du derme où une assez grande proportion de matière amorphe se mêle aux fibres. Les vaisseaux n’y sont séparés du corps
(1) Anatomie (1er mikroskopischen gebildc , p. 69. Vienne, 1837.
muqueux (épithélium récemment formé) que par un mince vernis de cette matière amorphe qui forme en grande partie la substance des papilles. Au niveau de ces dernières ou des saillies papillaires des papilles composées, quand elles ne sont pas munies d’un corpuscule du tact, une ou deux anses vasculaires contournent la papille de la base au sommet; ces anses capillaires , vides de sang, ont été souvent confondues avec des tubes nerveux.
Sur les muqueuses et d’abord sur celle de l’intestin grêle , on voit dans le centre des villosités coniques ou un peu renflées au sommet, un capillaire artériel de la troisième variété , rarement deux, et un nombre égal ou double de veines , un peu plus larges, comme plissées en travers ; ce qui leur donne un aspect tout particulier. Dans leur trajet , mais surtout près du sommet de la villosité, elles fournissent des capillaires proprement dits qui viennent à la surface même du petit organe se subdiviser et s’anastomoser en réseaux si serrés que beaucoup de branches se touchent, et que les mailles les plus larges n’ont guère plus du diamètre des capillaires qui les forment.
Dans les villosités aplaties ou foliacées du duodénum , la disposition reste au fond la même ; seulement les vaisseaux du centre sont plus gros, et il y a en général un nombre double d’artérioles et de veinules. Partout le réseau est tellement superficiel qu’à part un peu de substance homogène interposée aux capillaires, ceux-ci ne sont séparés de la cavité intestinale que par l’épithélium cylindrique. Cette disposition est la même pour tout le tube digestif à partir du cardia.
Dans le réseau des villosités, la multitude des vaisseaux de communication rend l’injection très-facile. La forme des réseaux à la surface des villosités varie en ce que tantôt ils représentent des mailles arrondies, tantôt ils 6e composent d’anses concentriques de la base vers le sommet de la villosité ; d’autres fois ce sont des vaisseaux parallèles flexueux s’anastomosant rarement ensemble.
Autour 'des orifices des glandes de Lieberkühn , les réseaux, d’autant plus serrés qu’on les examine plus près de l’orifice , se terminent à une couronne vasculaire entourant l’orifice.
Entre la base des villosités ou de la base d’une villosité au réseau serré qui avoisine les orifices glandulaires , les mailles arrondies ou irrégulièrement polygonales sont plus larges. Des cercles vasculaires peuvent également se montrer indépendamment des orifices glandulaires , sur l’extrémité des villosités. Le petit enfoncement médian a pu faire croire à l’existence d’une bouche absorbante.
Au gros intestin, la disposition régulière des glandules n’étant pas gênée par la présence des villosités, les capillaires s’y disposent en formant des réseaux autour de chaque orifice et dessinent très-bien cette image particulière de la muqueuse comparée à un nid de guêpes. Les planches de Berres (XX, XXI, XXII) donnent, de ces différentes dispositions des capillaires dans l’intestin, des exemples très-précis. Une particularité analogue s’observe également dans l’estomac autour des orifices glandulaires. M. Ch. Robin a remarqué que dans le cæcum et son appendice, non-seulement les réseaux sont serrés et forment des mailles circonscrivant les orifices glandulaires, mais encore les capillaires sont là assez régulièrement onduleux autour de chaque orifice ; ceux-ci n’étant guère séparés les uns des autres que par l’épaisseur des parois glandulaires accolées , il en résulte une grande richesse vasculaire.
Si nous passons à la muqueuse de la trachée et des bronches, nous verrons que d’après les injections de M. Robin elle offre un réseau serré à mailles polygonales n’ayant que trois ou quatre fois le diamètre du capillaire ; des anneaux vasculaires s’observent autour de chaque orifice glandulaire de la trachée, orifices éloignés les uns des autres de 1/2 à 1 millimètre. A mesure qu’on arrive aux petites bronches où se distribuent les vaisseaux pulmonaires , le réseau devient plus serré et prend un cachet spécial. Bien qu’assez fins, les capillaires forment un réseau tellement serré que les capillaires se touchent ou laissent entre eux un espace égal au plus à leur largeur. Il semble qu’on a sous les yeux une nappe sanguine glissant entre deux membranes, soudées l’une à l’autre par des points isolés et allongés; disposition comparée par M. Robin à celle d’un double tissu ouaté et à points rapprochés. Cette disposition donne un aspect spécial au réseau pulmonaire, et on comprend en le voyant que quelques auteurs aient dit que les canalicules bronchiques avaient des parois purement vasculaires. « Il faut noter que ces vaisseaux sont tout à fait superficiels, séparés de la cavité même de la bronche seulement par l’épithélium plutôt pavimenteux que cylindrique et que celuilà même n’est pas continu ; il n’y a pas dans ces dernières ramifications de muqueuse proprement dite, séparable et distincte du parenchyme de tissu élastique et cellulaire du poumon, comme il y en a une dans les bronches pourvues de cartilages (1). » Les mailles des capillaires qui sont dans le parenchyme élastique même, sont polygonales ou ovales , limitées par des ca-
(1) Cii. Robin et Verdeil. Chimie anatomique . Paris, 1852, in-8°, t. III, p. 522-523.
pillaires dont les plus petits ont de 8 à 12 millièmes de millimètre ; leur largeur est deux ou trois fois celle du capillaire.
Le fond des culs-de-sacs pulmonaires est entouré d’un cercle artériel s’anastomosant de tous les côtés avec les cercles artériels voisins, d’où résulte dans chaque lobe le réseau interlobulaire ; de cette ceinture partent d’autres capillaires plus déliés qui forment sur les parois des vésicules un réseau trèsserré dont les mailles ont généralement un diamètre plus petit que celui des
capillaires eux-mêmes et se réduisent quelquefois à de petites fentes trèsétroites ; de telle sorte qu’au niveau des vésicules le sang s’étale en une nappe sanguine très-divisée pour y subir l’action de l’air.
D’après Kôlliker, les plus fins capillaires forment, sur les parois des vésicules ou culs-de-sacs, des réseaux à mailles rondes ou ovales dans lesquels les capillaires sont à 0n>m,003 de l’épithélium. Le réseau des plus fins capillaires ne se sépare pas seulement sur toutes les vésicules composant un lobule , mais communique avec celui des lobules voisins.
Si nous étions privés du témoignage de Bleuland etSchrœder Yan der Kolk sur l’existence des capillaires dans les séreuses, nous renverrions aux injections de M. L. Hirschfeld qui mettent le fait hors de toute contestation. Les capillaires dans les séreuses, dit M. Ch. Robin , ne sont pas moins abondants que dans les muqueuses; seulement il n’y a pas là de réseau superficiel spécial à mailles plus étroites que le diamètre des capillaires comme on en voit dans les muqueuses. Les mailles , ainsi que je l’ai dit à propos du tissu cellulaire, ont de trois à six fois le diamètre des capillaires, et à partir des arborisations décrites par les anatomo-pathologistes dans les pleurésies et péritonites, elles offrent des angles généralement aigus, c’est-à-dire non arrondis.
Dans la membrane des vaisseaux , les vasa vasorum sont évidents pour les artères et les veines. On ne les observe pas pour les capillaires ; le peu d’épaisseur des parois, même dans ceux de la troisième variété, explique suffisamment leur mode de nutrition au moyen du sang qui les baigne.
Les vasa vasorum, dans les artères, se répandent surtout dans la tunique adventice, et les capillaires y forment des arborisations assez serrées. On ne les voit pas pénétrer dans le centre de la tunique moyenne (1), qui doit être considérée comme non vasculaire ainsi que la membrane commune.
Il n’en est pas de même pour les veines. Dans la deuxième tunique , cellequi double la membrane commune de Bichat et qui est composée de
(1) Ch. Robin, Mémoire de la Société de Biologie , p. 33. — IVoita, Thèse de Paris, 1851.
fibres hyalines et défibrés jaunes dartoïqueslongitudinales,les capillaires dessinent des mailles allongées dans le sens de l’axe du vaisseau. Pour la troisième tunique à fibres annulaires, les mailles sont transverses, entre les fibres hyalines et les fibres musculaires fusiformes qui composent cette tunique.
Dans les glandes , un fait général, très-digne de fixer l’attention, résulte de ce que l’on ne rencontre pas de réseau capillaire entourant immédiatement la membrane des surfaces sécrétantes. Ainsi, par exemple, dans une glande en grappe simple ou composée, tandis que des réseaux de capillaires lymphatiques viennent s’appliquer à la périphérie de P acinus, au contraire le réseau capillaire sanguin chemine plus en dehors. Dans une glande en grappe composée, la mamelle par exemple, la disposition générale des vaisseaux est bien connue; les principaux rameaux destinés à la glande pénètrent entre les lobes, leurs divisions entre les lobules, puis les capillaires viennent constituer des réseaux à mailles serrées autour des acini.
Pour préciser cet ordre de recherches , je vais , parmi les parenchymes glandulaires, envisager des cas plus spéciaux.
Au testicule , on voit du réseau grossier formé à la surface interne de l’ai— buginée par les artères spermatiques internes et l’artère déférentielle, partir des ramifications qui se rendent aux lobules , pour former dans les interstices des canalicules, le réseau capillaire sécréteur du sperme qui se répand dans le testicule entier.
Dans le rein , une disposition particulière des capillaires se présente dans les corpuscules de Malpighi qui ne sont que des capillaires glomérulés. En effet, un capillaire artériel y aboutit, s’enroule en se transformant en capillaire de la deuxième et de la première variété, et en sort capillaire veineux. Ce s glomérulés ne sont pas simplement situés dans un refoulement, mais bien au milieu même du renflement terminal des tubes du rein. Je n’envisagerai pas ici les formes spéciales indiquées par Carus et Gerlach ; elles rentrent toujours dans le cas fondamental. Les capillaires veineux sortant des glomérulés se réunissent dans les interstices des pyramides de Ferrem pour constituer autour de leur base les étoiles de Yerheyen. Les capillaires qui vont jusqu’à la capsule s’y épanouissent en vertex très-faciles à observer dans les cas d’inflammation.
Foie. — Les capillaires sont répandus ou dans l’intérieur même du lobule ou entre les lobules. La substancia vasculosa intralobularis est composée de capillaires dérivant de l’artère hépatique et de la veine porte ; elle se présente
sous forme de petites îles anguleuses au centre de chaque lobule. La substantiel vasculosa interlobularis est formée surtout par les capillaires qui vont constituer la veine hépatique.
Kôlliker décrit les capillaires du foie comme se répandant sur l’ensemble des plus minces cloisons celluleuses de la capsule de Glisson, allant d’un îlot hépatique à l’autre et offrant des interruptions au niveau des conduits biliaires. Les mailles du réseau capillaire correspondent à celles du réseau cellulaire.
Le diamètre des capillaires est en général moindre que pour les mailles du réseau limité par les cellules du foie, mais il est pourtant assez considérable chez l’homme (de 0”m,009 à 0mm,035) ; les vaisseaux plus larges sont situés près de l’entrée et de la sortie des veines des îlots hépatiques ; les plus étroits sont au milieu. Les mailles du réseau capillaire correspondent assez à la forme du réseau des conduits hépatiques, et sont, par conséquent, plus allongées dans les parties internes des îlots et plus arrondies dans les parties externes, tandis que la largeur des mailles égale celle des cellules hépatiques (0mm,016 à 0mm,020).
Pour les glandes vasculaires , je dois rappeler que dans toutes les glandes sans conduits excréteurs dites glandes vasculaires , la rate , la thyroïde , le thymus, les capsules surrénales , les ganglions lymphatiques, l’observation démontre l’existence de vésicules closes caractéristiques, qui ont jusqu’à 0mm,3 , variant un peu par les dimensions et par l’aspect du contenu, d’une glande à une autre, mais offrant une constitution générale semblable : une tunique propre homogène plus ou moins granuleuse, entourée d’une mince couche de tissu lamineux et tapissée à l’intérieur d’un épithélium nucléaire. Si l’on examine la disposition des capillaires relativement à ces vésicules, on les voit se répandre jusque dans la couche celluleuse qui entoure la membrane propre sans jamais pénétrer cette dernière. D’après Giesker les capillaires s’y répandent sous forme de pinceau. Huschke a vérifié le fait sur les grandes vésicules de la rate du veau.
Quant au réseau général qui se répand sur les dernières cloisons celluleuses de ces glandes , il est en général très-serré ; Berres l’avait noté pour la thyroïde; Kôlliker l’a également trouvé très-cohérent dans la rate, où il a parfaitement déterminé la nature des plus fins capillaires formant un réseau sur les corpuscules de Malpighi, sans pénétrer dans la tunique de ces corpuscules. Ce réseau n’est interrompu que par les corpuscules eux-mêmes et par les plus petites lamèlles de la charpente celluleuse de la glande.
Dans la thyroïde, MM. Legendre et Robin ont observé (1) que les artérioles arrivées, sur une vésicule close glandulaire, s’y épanouissent brusquement en quatre ou cinq branches disposées en étoiles. Celles-ci donnent naissance immédiatement à un réseau à mailles polygonales ou ovales, limitées par des capillaires aplatis, larges de 10 à 30 millièmes de millimètre. Les interstices des mailles n’ont guère que la moitié de ce diamètre. De ce réseau naissent brusquement, pour chaque vésicule, de une à quatre veines qui, dès leur naissance, ont déjà un volume considérable et sont comme plissées transversalement. Ces veines, comme on sait, sont bien plus nombreuses et plus grosses que les artères, et cela dans des proportions dont on retrouve peu d’analogues dans l’économie.
Cerveau. — En considérant ici d’une manière spéciale les capillaires du cerveau, nous allons les trouver avec des caractères très-intéressants à noter.
Les artères, après s’être ramifiées considéralement dans la pie-mère, entrent, à peu d’exceptions près, à l’état de capillaires artériels dans la substance nerveuse où ils se changent en réseaux capillaires à grandes mailles ; ceux-ci, en se réunissant, donnent naissance aux veines. La substance grise a plus de vaisseaux que la substance blanche, les mailles y sont environ deux fois plus étroites.
Les interstices des capillaires dans la substance médullaire ont de 4 à 8 centièmes de millimètre de long. Ces mailles sont assez ordinairement allongées et parallèles dans la moelle épinière.
On voit, d’après ces documents empruntés à Kolliker et vérifiés par M. Ch. Robin , que dans la substance cérébrale on ne trouve en général que des capillaires. Ces vaisseaux se ramifient dans la pie-mère, y atteignent la dimension des capillaires de la troisième variété, et pénètrent la substance cérébrale à l’état de capillaires de la deuxième variété en y formant des réseaux à larges mailles. La longueur des mailles, d’après E. Weber, dépasse huit à dix fois, et la largeur quatre à six fois le diamètre du capillaire.
Quand on observe la pénétration des capillaires dans la moelle , on les voit se détacher de la pie-mère par rangées régulières. Pour terminer enfin cette étude de la distribution spéciale des capillaires, je dirai quelques mois des réseaux admirables, ce qui me permettra d’embrasser ici quelques observations comparatives.
J. Müller divise les réseaux admirables en unipolaires ou diffus, et en bipo-
(1) Legendre. De la Thyroïde. Thèse. Paris, 1852, in-i”, p. 18 et pl. II, fig. 7 et 8.
laires ou amphicentriques ; dan s cette dernière espèce, les capillaires provenant du brusque épanouissement d’un tronc se reforment de la même manière en un tronc nouveau , qui se comporte ensuite à la façon ordinaire. Le mode d’épanouissement des vaisseaux dans la choroïde rentre dans les réseaux admirables unipolaires.
Les réseaux admirables bipolaires peuvent s’agglomérer en organes compactes qui ont été décrits comme des glandes sans conduit excréteur, la glande carotidienne des grenouilles, celle des poissons. Les branchies accessoires des poissons ne sont que des réseaux admirables, d’une structure penniforme ou branchiforme. D’après les recherches de Müller, on rencontre des dispositions semblables à la carotide des ruminants , du cochon et des grenouilles , à l’artère ophthalmique des ruminants et des chats. Les réseaux admirables de la choroïde sont communs à tous les vertébrés; on les rencontre aussiàla vessie natatoire des poissons , à l’artère cœliaque des tynnus et alopias , à l’artère brachiale et à l’iliaque externe chez les paresseux et les makis , aux artères axillaire et crurale chez les phoques et à l’artère tibiale de quelques gallinacés. (1) Je ne multiplierai pas davantage ces exemples, ils suffiront pour caractériser ce genre de documents.
Au terme de cette étude spéciale de la disposition des capillaires , il ne me reste plus, pour terminer la partie anatomique de ma thèse, qu’à indiquer les connexions des capillaires avec les vaisseaux de distribution , les lymphatiques et les nerfs , que je ferai suivre de quelques prescriptions pratiques sur la préparation des réseaux capillaires , de même que j’en ai donné pour l’étude des capillaires considérés en eux-mêmes.