CONNEXIONS DES CAPILLAIRES
Au point de vue de la structure, j’ai établi comment il fallait concevoir le passage d’un vaisseau de distribution à un capillaire de la 2e variété. A propos de la distribution spéciale, j’ai rapidement énoncé les principales dispositions des formes capillaires dans les différents réseaux ; mais jusqu’à présent je n’ai rien dit sur le mode général suivant lequel les artères se relient aux veines au moyen des capillaires. Ce nouveau sujet, d’une grande importance physiologique, ne sera ici l’objet que d’une courte remarque destinée à appeler l’attention sur ce qu’il y a de capital dans les connexions entre les trois ordres de vaisseaux, artères, veines et capillaires. Dans la 2e partie de ma thèse j’y
(1) Henle, Anatomie générale , t. II, p. 67, éd. Jourdan. Paris, 1843.
reviendrai , en distinguant le phénomène de la circulation générale des phénomènes collatéraux de circulations capillaires.
De très-bonne heure, dans les observations faites sur la circulation dans les capillaires , on s’est aperçu que la masse des globules apportés dans un réseau par les artères ne passe pas nécessairement par toutes les parties du réseau. On avait précisé cette vue par l’observation de capillaires de la 3e variété qui établissent directement une communication entre les dernières ramifications des artères et celles des veines. Le courant sanguin à travers ces capillaires était d’une observation facile. Pour le réseau des capillaires de la lre et de la 2e variété, dont l’étude était plus difficile, on se contentait de dire qu’à côté de ces commmunications précises il est une sphère où le sang est libre et dans laquelle il entre en fusion intime avec ces tissus.
Quand M. Dubois (d’Amiens) répéta les observations de la circulation dans la membrane natatoire des grenouilles, il vit, comme dans plusieurs expériences deFréd. Emmert, un capillaire artériel, partant d’un bord digital, arriver transversalement jusqu’à la partie médiane, sans avoir fourni aucune ramification; là, il se continuait directement avec un capillaire veineux. Mais pour généraliser un tel fait, je prendrai ici le cas dans lequel des capillaires de la 2e variété se détachent d’un capillaire de la 3% établissant comme ci-dessus des communications directes entre l’artère et la veine. On voit même alors, ainsi que Warton Jones (1) l’a très-bien figuré, des courants sanguins s’établir directement de l’artère à la veine au moyen de plus gros capillaires.
Ce mode de connexion entre les artères et les veines est d’un très-grand intérêt pour comprendre le double phénomène de la rapidité avec laquelle certaines substances parcourent le circuit sanguin, et en même temps de la stase de certaines substances dans certains réseaux capillaires.
Il est un second point relatif aux connexions vasculaires des capillaires, c’est la communication supposée entre les capillaires sanguins et les capillaires lymphatiques. Tandis qu’un grand nombre de phénomènes physiologiques et pathologiques sont expliqués dans le sens d’une telle communication, jusqu’à présent les démonstrations anatomiques n’ont pas donné raison à cette interprétation; et relativement à la possibilité d’injecter les capillaires veineux par les lymphatiques d’un ganglion, je me range à l’opinion de M. Cruveilhier, qui n’a jamais observé ce passage que dans le cas où l’injection est poussée
(1; On lhe State of the Blood and lhe Blood-vessels in inflammation , Guy’s Hospital reports, vol. VH, part. I, p. 5. Londres, 1850.
sur des ganglions lymphatiques altérés et particulièrement sur ceux qui ont subi le ramollissement rouge. M. Sappey observe avec raison que si la communication était réelle , on pourrait injecter les chylifères par les veines mésaraïques ; or malgré son habileté bien connue dans ce genre de recherches , il n’a jamais pu y réussir.
J’arrive, comme dernier point relatif aux connexions des capillaires , à l’étude de leurs nerfs.
L’expérimentation physiologique établit rigoureusement l’action du système nerveux sur les capillaires sanguins ; mais anatomiquement on ne saurait démontrer la présence des nerfs sur les parois des plus petits vaisseaux, ainsi que cela se démontre pour ceux qui ont un diamètre plus grand que les capillaires de la troisième variété. J’essayerai , dans la partie physiologique , de faire comprendre la relation indubitable établie par quelques vivisections entre les capillaires sanguins et les nerfs.