PRÉPARATION DES RÉSEAUX CAPILLAIRES
Les indications pratiques qui vont suivre doivent naturellement se borner ici à quelques principes généraux; dans une opération aussi délicate que celle de la préparation des réseaux vasculaires, chacun sent qu’il ne suffit pas d’avoir une bonne formule d’un excipient à injection, et que ce n’est qu’après de nombreux essais qu’on arrive à se familiariser avec l’emploi des instruments.
Tandis que pour la préparation des capillaires on procède par dilacération comme je Fai indiqué , pour celle des réseaux on procède par injection.
Dans cette pratique, comme dans celle des opérations chirurgicales, il faut employer le moins d’instruments possible et les instruments les plus simples.
Les petites seringues à main de M. Charrière , particulièrement celles des numéros 4, 2, sont les plus utiles; on en trouvera la description dans le Traité de M. Robin (1).
Les matières à injection sont, ou bien des substances liquides à la température ordinaire et susceptibles de se solidifier au bout d’un certain temps , ou bien des corps gras colorés qu’on injecte chauds et qui se solidifient par le refroidissement.
Quand on injecte ces derniers , il faut que l’organe ou l’animal à injecter
(1) Du Microscope et des Injections , p. 7. Paris, 18A9.
soit plongé préalablement dans de l’eau froide dont la température est graduellement élevée de 30 à 50 degrés centigrades , de manière que toutes les parties soient à une température uniforme ; on s’environne d’ailleurs de toutes les précautions indiquées dans l’excellente thèse de M. Ludovic Hirschfeld (1), dans laquelle on trouvera plusieurs bonnes formules de masses à injections.
Sur les organes frais, les injections réussissent moins bien que sur un animal mort depuis un certain temps. D’un autre côté, une altération trop grande des tissus devient une cause de perturbation; le choix du sujet est donc une affaire d’habitude dans laquelle le praticien tient compte de la nature de l’organe et des conditions extérieures de température et d’humidité.
C’est particulièrement dans les tissus altérés que l’on injecte avec une grande facilité les lymphatiques en poussant l’injection par les artères ou les veines.
La poussée de l’injection doit être très-modérée, mais soutenue. Si lorsque les artères , les capillaires et les veines d’un organe sont remplis , on continue à pousser , on ne tarde pas à produire des ruptures et une infiltration entre les fibres , ce qui constitue les capillicules de Bourgery, et en même temps on injecte aussi les lymphatiques, ce qui a surtout lieu quand on pousse du côté des veines comme l’a observé M. Hirschfeld. Les capillicules comme l’injection des lymphatiques sont considérés, à juste titre, comme un accident de préparation (2).
La méthode à injection par double décomposition , qui consiste à injecter d’abord de l’acétate de plomb , puis du cfiromate de potasse , ce qui donne un précipité jaune de chromate de plomb, peut, d’après M. Robin (3) donner lieu à quelques erreurs. «Sachant que l’eau, la gélatine , le suif même, poussés dans les vaisseaux, transsudent au travers des parois sans les rompre, comme le sérum du sang lui-même transsude continuellement au travers des mêmes parois pendant la vie ; sachant que ces substances infiltrent les tissus , en écartent les fibres, comme sur un sujet légèrement œdématié ; il ne faut pas être étonné de voir les solutions plombiques et cbromiques transsuder de la même manière, et précipiter aussi bien au dehors que dans le capillaires.
(1) Des Injections capillaires. Paris, 1848.
(2) Doyèreet Quatrefages, Bulletin de la Société pliilom., 1345, p. 33.
(3) Du Microscope et des Injections, p. 34. Paris, 1849.
Je terminerai ces indications pratiques par la citation suivante empruntée au traité de M. Robin, dans lequel un tel sujet a subi tout le développement qu’il mérite.
« Je me suis assuré , en effet , qu’avec l’une et l’autre de ces solutions on produit un œdème artificiel aussi facilement qu’en injectant avec de l’eau ; ce liquide surabondant se trouvant nécessairement entre les fibres qu’il maintient écartées, le précipité qui résulte de l’addition d’une autre dissolution ne peut pas occuper une autre place , les fibres des tissus n’étant pas creuses. C’est aussi ce que montre le microscope , car on obtient ainsi les mêmes formes de réseaux que par la rupture des capillaires dont il a été question à propos de l’injection des matières colorantes, et il est impossible qu’il en soit autrement, puisqu’elles dépendent de la texture du tissu. Il se forme aussi un précipité tout le long des capillaires, et les traînées interfibrillaires de chromate de plomb , qui sont en communication avec lui , font croire , souvent à s’y méprendre , qu’elles communiquent avec les capillaires eux-mêmes. Les tissus très-serrés et vasculaires , comme le périoste , ou trèsserrés et peu vasculaires , comme les tendons , ligaments , aponévroses , ne présentent, du reste, jamais cet accident; ce sont seulement les tissus fibrilleux à texture peu serrée.
» Cet inconvénient, qui est des plus graves quoique pouvant être évité, doit faire rejeter cette méthode d’injection; elle ne peut être employée que pour faire une étude préliminaire des vaisseaux , et il ne faut pas pousser longtemps, ni fort, afin d’éviter la transsudation. Elle a fait croire, dans beaucoup de cas, à des lacunes là où il n’y en a pas, d’autant plus facilement que le précipité hors des vaisseaux a lieu sans rupture de ceux-ci et en conservant toutes les apparences de l’état normal à la préparation, vu la régularité de l’arrangement des fibres des tissus. En outre, le précipité floconneux de jaune de chrome obtenu ainsi diminue beaucoup de volume quand la pièce se dessèche, ou seulement quand elle perd son eau dans l’alcool ou autre liquide conservateur. Les parois des capillaires reviennent en même temps sur elles-mêmes, s’appliquent plus ou moins exactement sur ce précipité; en sorte que les dimensions des vaisseaux prises sur ces pièces sont nécessairement inférieures au diamètre réel des capillaires, tel qu’on l’obtient sur les préparations injectées autrement, et sur les capillaires qu’on a isolés sans injection et porté sous le microscope.
» On sait que lorsque l’estomac contient des aliments, le suc gastrique sécrété pour les digérer attaque après la mort les parois de l’estomac aussi
bien que son contenu. Cette action est générale; mais chez les poissons, elle est tellement énergique (chez les cartilagineux en particulier), que les parois de l’estomac , dans toute leur épaisseur et une partie de celle des parois abdominales, sont altérés en quarante-huit heures, au point de faire manquer toute injection. Le même fait a lieu , mais moins énergiquement dans le cæcum ou dans la partie correspondante de l’intestin chez les animaux qui n’en ont pas ; telle est l’extrémité inférieure de l’intestin à valvule spirale des plagiostomes.
» Comme immédiatement au-dessous de l’épithélium, les muqueuses sont couvertes d’un réseau très-serré , il est le premier attaqué et on a une fuite à toute la surface interne du viscère.
» Cet inconvénient se produit dans l’intestin grêle et le gros intestin lorsqu’il renferme des matières alimentaires, mais d’une manière moins prononcée ; de sorte qu’on a plus de chance d’y voir réussir l’injection. Du reste, dans tous les cas , pour bien injecter d’assez grandes surfaces , il est rare qu’on ne soit pas obligé de pousser au point de déterminer quelque rupture des capillaires, sans que pour cela l’injection soit toujours manquée. »
» C’est cette pluie d’injection qui a lieu par une infinité de petits orifices quand la muqueuse est digérée ou déjà trop altérée qui a fait croire et fait croire encore à quelques anatomistes , que les capillaires ont des orifices à la surface des villosités ou ailleurs ; mais lorsqu’elle a lieu , l’étude de la muqueuse , faite au microscope , montre des orifices ou ruptures par lesquels on voit toujours une petite gouttelette faire saillie. Lorsqu’au contraire il n’y a pas de fuite ou qu’elle ne se produit que par places , on n’observe rien de semblable , et on peut constater l’intégrité des parois et la netteté des contours des capillaires. Alors seulement l’injection est bien réussie, les réseaux bien remplis , ce qui n’est pas dans l’autre cas , aussi bien dans l’intestin grêle où il y a des villosités, que dans l’estomac et le gros intestin qui en manquent. »