‹ Le système continental et la Suisse 1803-1813Chapitre 13 sur 23 · E. LES MOUSSELINES ET LES BRODERIES · texte numérisé non relu

E. LES MOUSSELINES ET LES BRODERIES

Au delà des monts qui isolaient le Toggenbourg à l'Est, ^e tissage

dans les districts appenzellois et saint-gallois, le tissagre du ^«^ mousselines

. ^ et la broderie

coton remportaient avec la fabrication des mousselines son au dix-huitième plus beau triomphe. Combinée avec la broderie, cette délicate siècle. industrie d'où provenaient tant d'oeuvres légères et charmantes avait principalement contribué à créer la réputation de la Suisse à l'étranger. Elle était aussi destinée plus qu'aucune autre à être victime du système continental.

Sous les formes les plus variées, depuis les jaconas servant à l'impression jusqu'aux tissus les plus diaphanes, revêtant les apparences les plus diverses, rayées, brochées, quadrillées, marquetées, les mousselines, les gazes et les batistes avaient atteint un incomparable degré de perfection. Au dix-huitième siècle, elles occupaient incontestablement la première place en Europe et éclipsaient sans peine les grossières imitations de l'industrie anglaise.

Leur centre de fabrication le plus important se trouvait

la spécialité des mouchoirs en couleurs connus sous le nom de « madrasetti. »

Hungerbûhler, p. 83.

* Bronner, p. 485.

- Atlas, 1820.

dans les Rhodes-Extérieures d'Appenzell. Mais c'est à Zurich que rindustrieuse activité des réfugiés français avait introduit au dix-septième siècle, pour la première fois en Suisse, l'art de travailler les tissus légers. Dans ce canton, cette spécialité se répandit bientôt sur les deux rives du lac et dans la vallée de la Glatt; elle s'installa aussi avec succès dans les districts compris entre les petits lacs de Greifensee et de Pfâffikon dont les habitants confectionnèrent avec une égale habileté les mousselines de coton et les gazes de soie*. A Appenzell par contre, le tissage léger, d'introduction récente, ne remontait guère plus haut que 1750. Grâce à l'activité des tisseurs et des fabricants indigènes, grâce à l'intelligence des commerçants saint-gallois qui soutinrent de leurs capitaux la jeune industrie, il fit, en peu de temps des progrès extraordinaires dans le canton. Il engloba en outre plusieurs villages situés à la frontière appenzelloise dans l'ancien pays saint-gallois, le Toggenbourg et la vallée du Rhin*.

De toutes les parties de l'Europe, même de la France qui fabriquait pourtant à Lyon la mousseline, les demandes affluèrent bientôt. Elles prirent à certaines époques une telle extension que les Appenzellois se virent dans l'impossibilité de suffire aux besoins et firent appel à la mousseline zuricoise, bien que celle-ci fût inférieure en qualité à leurs propres produits 3.

1 Eq 1787, la fabricatioD de la mousseline occupait 4392 personnes dans le canton de Zurich. Elle combinait fréquemment dans cette région le coton et la soie. Les filés de coton formaient alors la trame, les filés de soie la chaîne des tissus.

Meyer de Knonau, p. 259; — Atlas, p. 1770.

^ Dans le Toggenbourg par exemple, la fabrication de la mousseline s'installa dans une petite vallée latérale, voisine dp canton d' Appenzell. Elle occupait entre autres les habitants des villages de Hemberg, Moselsberg et Degersheim et sV trouvait en 1790 dans une situation prospère. Christian Nsf, le filateur établi plus tard à Rapperswyl, s'occupa activement à l'introduire à Hemberg, son village natal.

Hungerbûhler, p. 43, 69; — Wartmann, p. 158.

3 On expliquait cette différence de qualité par le fait que la mousseline zuricoise nVtait pas comme celle d'Appenzell préparée dans les caves dont

Sur le marché de Saint-Gall où se concentrait en Suisse orientale tout le mouvement commercial des tissus légers, on vit annuellement dans les temps les plus prospères, 1787 à 1790, environ 100 000 pièces de mousseline (longues de 20 m., larges de 3-4 m.); il s'en débitait en outre des quantités considérables à Hérisau, Teufen et autres places de moindre importance. Tous ces tissus unis ou façonnés servaient à la fabrication des vêtements 'de"femiïïé, des fichus légers, des cravates et des manchettes à la mode ; ils passaient aussi par milliers à la broderie*.

La broderie avait eu un développement encore plus rapide que l'industrie des mousselines dont elle était le complément naturel. Partie de l'ancien pays saint-galloîs où l'introduisit vers 1753 la maison Gonzenbach, elle passa le Rhin et s'étendit avec une rapidité surprenante sur tout le Vorarlberg et la Souabe, formant bientôt un réseau immense dont les fils, par une organisation intelligente, venaient se concentrer entre les mains des industriels saint-gallois.

De nombreux agents apportaient aux brodeurs des campagnes le matériel nécessaire à leur travail, les filés de coton et la mousseline sur laquelle on avait préalablement tracé le dessin à la mode ; quelque temps après, ils venaient chercher dans les chaumières le tissu brodé qu'on faisait blanchir à Saint-Gall et qu'on lançait ensuite dans le commerce.

Soucieux de développer sans cesse leur champ d'activité^ les industriels des cantons envoyaient encore dans la Forêt- Noire des brodeuses du pays pour enseigner leur art aux femmes et aux jeunes filles. D'autres Commerçants à Bâle et

rhumidîté donnait au tissu une plus grande souplesse. Cependant, si Appenzell et Saint-Gall gardaient d'une façon générale sous la Médiation une suprématie évidente dans le tissage léger, Zurich paraît avoir eu, d'après un témoignage de l'époque, la priorité dans la spécialité des mousselines brochées.

Helo. Alm., 1814, p. 217.

* Wartmann évalue à 50 000 le nombre des pièces de mousseline qui,, dans ces mêmes années 1787-1790, passèrent annuellement à la broderie.

Wartmann, p. 158.

à Schaffhouse, inspirés par Texemple des Saint-Gallois, ne tardèrent pas, eux aussi, à faire travailler à leur compte en Souabe et dans le Vorarlberg ^

C'est ainsi que les fabricants suisses avaient englobé dans leur sphère d'activité, en Allemagne et en Autriche, des territoires infiniment plus vastes que tous les districts appenzellois, saint-gallois et zuricois réunis. Mais si les brodeurs de ces cantons ne pouvaient prétendre au record de la quantité, au moins détenaient-ils sans conteste celui de la qualité. On confiait aux ouvrières d'Appenzell l'exécution des travaux les plus délicats, des compositions les plus artistiques, des motifs ornés de fils d'or et d'argent.

Les dessins à ramages, pois, mosaïques, grandes et petites fleurs, variaient suivant le pays et les caprices de la mode -, Ces tissus brodés s'écoulaient dans tout le continent. A partir de 1780, la production gagnait encore en intensité et vers 1790, elle occupait dans la seule Suisse 30 à 40 000 personnes. Les deux industries de la mousseline et de la broderie offraient ainsi à la fin du dix-huitième siècle un spectacle unique; elles détenaient en Europe un monopole incontesté auquel étaient intéressés non seulement les cantons, mais aussi plusieurs Etats voisins 3.

La crise ai- Or, c'est précisément avec le nouveau siècle et la période ^iie de ces deux ^^ système Continental que succombe ce monopole. Grâce à

branches indus- . i , • • i- ■ . ,

trieiies dans les '^ ^^^^^ "^ 1 Helvétique, les mousselmes anglaises et écoscantoDs d'Ap- saiscs prirent pied sur le continent. En 1803, peu de temps peazeii, Saint- g^yant la promulgation des décrets de brumaire, on vit les tissus légers de Glascow envahir en grandes quantités les mar-

* La broderie était plus particulièrement développée en Souabe dans la réi^ion de Bonndorf, Villingen et Sigmaring-en et dans le Vorarlberg^ dans la vallée du Bregenzer Ach. Ces deux régions travaillaient activement pour l'industrie suisse.

2 En 1780, par exemple, la France et TAllemagne réclamaient uniquement les mousselines brodées à petites fleurs tandis que la Russie et la Polos^ne préféraient les motifs à grandes fleurs.

Wartmann, p. 163.

3 Wartmann, p. 161 ss. ; — Aflas, 1770 ; — Gothein, p. 173.

chés allemands ^ A ce même moment, TEmpereur commençait sa campagne acharnée en faveur des articles de soie.

Néanmoins, l'influence du système continental ne fut pas aussi immédiate qu'on pourrait le croire. Tandis que la crise portait dès le début sur les toiles de coton, elle ne frappait les tissus légers qu'à partir de 1810, mais alors avec une grande violence. La chose s'explique aisément. Tout d'abord, la politique impériale échoua dans sa campagne contre les mousselines. Puis, quels que fussent les progrès réalisés par les Anglais dans cette spécialité, la qualité et la finesse de leurs produits restaient notablement inférieures à celle des articles suisses â; les mousselines des cantons, encore perfectionnées 3 et soutenues par leur ancienne réputation, reprirent donc leur place sur le marché européen après une courte éclipse. A elle seule, la consommation considérable de l'Allemagne suffit à entretenir l'activité dans les districts appenzellois pendant les premières années de la Médiation *.

Deux autres circonstances contribuèrent encore à soutenir jusqu'en 1810 la fabrication de la mousseline, les prix avantageux des filés et l'excellente organisation du crédit dans cette branche de l'industrie.

En 1786, on avait fondé à Saint-Gall un établissement

* Allff, Ztg., 15 février 1803.

« Helv, Alm,, 1803, p. 73.

3 En 1804, on était arrivé en Suisse, — perfectionnement extraordinaire, — à tisser des gazes avec des filés No 200 et 230. Gem. Schw, Nachr,, 2 janvier 1805.

* Sturzenegger indique comme Tépoque la plus florissante de la fabrication de la mousseline à Appenzell les années 1798 à 1804, ce qui n'a rien que de très vraisemblable. En revanche, nous avouons ne pas comprendre le passage suivant de son article, qui repose évidemment sur des notions confuses : «En 1806, écrit Sturzenegger, les décrets prohibitifs de Napoléon donnèrent à la fabrication (des mousselines) le premier coup, dont l'effet ne fut pourtant que passager. Son blocus continental en 1808, qui fit monter à des prix inouïs les filés anglais, eut des conséquences plus importantes. » D'une façon générale, il convient d'utiliser avec prudence les chiffres donnés par cet auteur.

Sturzenegger, p. 9.

appelé la « Mousselinen-Kasse » qui faisait à des conditions favorables des prêts sur hypothèques*. Il fut peu fréquenté d'abord, mais dix ans après, lorsqu'une crise momentanée en 1795 et 1796 fit baisser tous les prix des articles de luxe, il se révéla comme une ressource précieuse; pendant la Médiation, il permit aux fabricants de faire face aux éventualités. Il paraît certain que jusqu'en 1810, la situation financière de cette institution resta ferme, ce qui prouve que la production des tissus fins se maintenait active ^.

Les deux années 1811 et 1812 réalisèrent en une fois ce que tous les efforts de l'Empereur n'avait pas réussi à provoquer. L'épuisement complet de l'Europe et le contre-coup des événements politiques sur la vente des articles de luxe déterminèrent à ce moment une crise foudroyante, dont on peut suivre les progrès dans les différentes mesures prises par la « Mousselinen-Kasse». Ainsi, en février 1811, par crainte des séquestrations, le directeur de la maison exigeait des garanties plus rigoureuses pour le remboursement des prêts. Dans l'automne de cette même année, bon nombre de fabricants se déclaraient incapables de satisfaire à leurs engagements et abandonnaient leurs marchandises. Enfin, en août 1812, la « Mousselinen-Kasse » réduisait de 50000 gulden son capital.

A ce moment, la situation paraissait sans espoir. Impuissant, le gouvernement d'Appenzell adressait un suprême appel aux riches, les conjurant de subvenir à la misère de leurs concitoyens. Partout le travail était suspendu ; partout le flot de l'émigration emportait les fileurs et les tisseurs eU

^ La « Mousselinen-Kasse » avait été créée sur le modèle d'un établissement de crédit sur les toiles de lin, la « Leinwand-Kasse. » Elle débuta avec un fonds de 150 000 gulden. Les dépôts de mousselines qui servaient d'hypothèques devaient avoir une valeur minimale de 500 gulden. Le taux fut au début fixé à 4 %.

Wartmann, p. 153.

» En 1809, le marché de Hérisau était encore très actif et la ville comptait, d'après Sturzenegger, 191 petits fabricants et marchands de filés.

Sturzenegger, p. 9.

avec eux, tout qui avait fait jusqu'alors la richesse du pays ^

La région zuricoise n'était pas la moins éprouvée. De tous les rapports sur la misère et le chômage parvenus au Directoire commercial, ceux de Greifensee et de Pfâffikon étaient les plus douloureux*.

Cependant, pour atténuer les effets de cette crise terrible, les tisseurs de ce canton possédaient d'autres ressources et leur situation ne fut jamais aussi désespérée que celle des Appenzellois. Ceux des bords du lac paraissent avoir pris assez rapidement leur parti. Renonçant à leur occupation première, ils passaient en grande majorité au tissage en couleurs et à celui de la soie. En 1820, le travail de la mousseline avait complètement disparu de cette région^. Dans le chef-lieu, quelques maisons qui s'étaient consacrées au commerce des tissus légers réussirent à se tirer d'affaire en leur substituant les soieries. D'autres, et dans le nombre plusieurs établissements connus, ne purent agir à temps et firent faillite*.

La fabrication de la mousseline se maintint par contre dans les districts de la Glatt qui, une fois la crise passée, conservèrent seuls cette spécialité.

La broderie se trouvait dans une situation encore plus lamentable. De tout temps d'ailleurs, les tissus brodés avaient occupé sur le marché une position moins solide ; ils étaient infiniment plus sensibles aux caprices de la mode que les tissus unis et façonnés et leurs prix subissaient déjà au dix-huitième siècle de fortes fluctuations ^. Au début de la Médiation, ils avaient eu l'avantage de n'être pas frappés par les décrets

* Tillier, I, p. 476 ; — Wartmann, p. 296.

' Rapport du pasteur Escher^ de Pfàffikon ; — Arch. Zurich, Prot. deg Kaufm. Direkt., 21 mars 1809.

3 Atlas, 1770, 1820.

* Bûrkli, Seîdenindustrie, p. 185.

^ Pour cette raison, la « Mousselinen-Kasse » avait au début de son existence limité à la moitié du crédit accordé à chaque maison les avances faites sur les broderies.

de brumaire ; peut-être cette circonstance avait-elle contribué à pousser les fileurs du côté de la broderie comme ce fut le cas dans les Rhodes-Intérieures d'Appenzell et la vallée du Rhin. Cette exception cessa avec les décrets de février 1806. En raison de leurs prix plus élevés, les tissus brodés subirent aussi plus rapidement que les mousselines unies le contre-coup du renchérissement g'énéral de la vie. Leur dépréciation, qui se fit sentir de bonne heure sur tous les marchés européens, fut encore accentuée par l'accroissement du nombre des brodeurs et brodeuses. La crise qui vint mettre définitivement hors de cours les broderies se produisit vers 1809. A ce moment, la chute des salaires, déjà très sensible à l'entrée du siècle, s'affirma brusquement*. Quelques maisons saint-galloises et appenzelloises pour le compte desquelles on travaillait encore dans la Forêt-Noire, arrêtèrent leurs commandes à l'étranger et se limitèrent désormais à leur pays 2.

Dans les dernières années de la Médiation, les broderies avaient perdu toute valeur. L'établissement de la < Mousselinen Kasse » à Saint-Gall, qui avait de ce chef subi des pertes considérables, suspendit en 1812 tous les prêts sur cette catégorie de tissus 3. En 1809, un certain nombre de brodeurs avaient essayé de revenir au tissage de la mousseline qui n'avait pas encore reçu d'atteinte sérieuse. L'année suivante, cette ressource leur fit défaut. A partir de ce moment, la crise suivit son cours impitoyable, ravageant les cantons orientaux et plus encore les districts allemands et autrichiens qui dépendaient de l'industrie suisse. Dans la Forêt-

* Un correspondant de VAllg. Ztg, déclare qu'en 1809 la chute des salaires fut de 90%.

Allg. Ztg, y 13 mars 1809, « Blick auf den Handelstand.... »

' Il restait par exemple à cette époque une seule maison bâioise qui Ht encore broder dans la Forêt-Noire. Elle suspendit toute activité du côté de l'Allema^e, déclarant qu'il fallait que ce fussent au moins des Suisses qui profitassent des faibles salaires qu'elle pouvait encore fournir.

Gotbein, p. 767.

3 Wartmann, p. 316.

nière pendant cette période permet de formuler maintenant générales les conclusions suivantes :

Noire, la broderie reçut le coup de mort ; alors qu'en 1809, on trouvait encore dans cette région 1600 brodeurs et brodeuses, à la fin de la période napoléonienne, elle avait disparu des pays badois ^ .

En Suisse et dans le Vorarlberg, elle gardait encore par miracle un léger souffle de vie qui lui permit, quelques années après, de renaître et de retrouver quelque chose de son activité antérieure.

Cette étude sur les diverses branches de l'industrie coto- Conclusions

sur

du

coton pendant

Le système continental a anéanti la filature à la main. la Médiation.

Dans quelques centres industriels, il a complètement paralysé la fabrication des indiennes et Ta sérieusement entravée ailleurs.

Dans le tissage des toiles de coton, il a provoqué une crise générale.

Enfin, il a mis à deux doigts de leur perte la fabrication des mousselines et la broderie.

Les quelques services qu'il a rendus n'ont jamais été qu'une compensation dérisoire aux effroyables ravages exercés par dix ans de politique napoléonienne.

Il a eu pour principal mérite de préserver de la ruine la filature mécanique naissante et d'enrichir la Suisse d'une nouvelle branche industrielle.

Puis, il a préparé l'avènement du tissage en couleurs.

En dernier lieu, il a forcé les Suisses à rompre sur bien des points avec la routine du siècle précédent. Il a provoqué l'introduction dans les cantons de perfectionnements industriels qui devaient augmenter la production dans de fortes proportions, notamment dans le tissage des loiles et la fabrication des indiennes.

* Gothein, p. 767.

F. LES PROGRÈS REALISES DANS l'iPTOUSTRIE SOUS LA PRESSION DU SYSTÈME CONTINENTAL

Avant de passer à Tindustrie de la soie, il importe de signaler les quelques innovations qui, dans certaines régions, atténuèrent un peu les conséquences de la crise. La navette C'est tout d'abord à Tépoque de la Médiation qu'il faut voante. — e f^^^ remonter l'apparition en Suisse de la navette volante

blanchiment *^*

chimique. — Le ^^ « Schnell-Schûtze ». Ce perfectionnement important du cylindre à im- tissage consistait daus un mécanisme qui s'adaptait au métier pression. ^^ permettait de lancer avec plus de rapidité et de force

la navette, mue jusqu'alors par la seule main du tisserand. Cette invention d'un mécanicien anglais fut appliquée dès 1730 au tissage de la laine, mais ne servit qu'à partir de 1760 à celui du coton.

En Suisse, elle prit pied pendant la Médiation tout d'abord à Saint-Gall, où elle s'acclimata grâce aux efforts du fabricant J.-Conrad Eggli, de Flawyl. Elle parut de bonne heure aussi à Glaris et dans le canton de Zurich^. Les conséquences de l'introduction de la navette volante ne peuvent être comparées à la révolution qu'opéra vingt ans après le tissage mécanique; mais cette simple adjonction au métier n'en constituait pas moins un progrès considérable, grâce auquel le tisseur put fournir dans le même laps de temps une somme de travail double et triple.

Un facteur infiniment plus important pour l'augmentation de la production des toiles de coton fut l'introduction du blanchiment chimique. Le blanchiment au naturel pratiqué au dix-huitième siècle avait le grand inconvénient de limiter les opérations à quelques mois d'été, d'immobiliser la marchandise et de l'exposer aux dangers inévitables d'un étalage en plein air*. Les cantons de Saint-Gall, d'Appenzell et de

* Wartmann, p. 314 ; — Jenny, II, p. 264.

* On se plaignait particulièrement à Saint-Gall des chiens qui, dans

Thurgovie comptaient de nombreuses blanchisseries. La ville de Saint-Gall en possédait huit qu'elle louait aux fabricants et qui étaient avantageusement connues; les autres étaient propriété privée.

On tenta en 1801 les premiers essais de blanchiment au chlore, sur Tinitiative d'un sieur Degen de Krienz. Les débuts furent difficiles; ils étaient entravés, comme cela se comprend, par ceux qui avaient intérêt au maintien des anciennes installations.

Celles-ci fonctionnèrent quelque temps encore, mais en 1803 déjà, on fermait une des blanchisseries naturelles de Saint-Gall, indice du progrès de la nouvelle méthode. Malgré une vive opposition, celle-ci gagnait bientôt les localités appenzelloises voisines de Saint-Gall notamment Teufen, puis le Toggenbourg* et ne tarda pas à supplanter, un peu partout en Suisse, l'ancienne routine^. A la fin de la Médiation, elle avait obtenu gain de cause et, après en avoir limité l'application aux toiles de coton, on commençait à l'utiliser pour le blanchiment des mousselines. En 1817, le terrain des blanchisseries naturelles fut réparti entre les citoyens à titre de biens communaux '.

L'adoption des procédés chimiques ne s'opéra pas sans provoquer une crise commerciale à Saint-Gall et Appenzell. Les marchands habitués à faire en hiver d'importants achats de toiles de coton pour les faire blanchir en été, se trouvèrent pris au dépourvu par les grandes quantités de marchandises jetées sur le marché. Plusieurs commerçants se ruinèrent à continuer d'après l'ancien système *.

leurs ébats^ venaient gambader au milieu des tissus étendus sur Therbe. Wartmann, p. 167.

* Hungerbûhler, p. 78.

* A Neuchâtel, par exemple^ le blanchiment au chlore était pratiqué en 4811 à la fabrique des frères Verdan^ aux Isles.

Petitpicrre, p. 243.

^ Wartmann, p. 317 ss.

* Appenz. Monatsblatty 1835, p. 169.

En augmentant à l'infini la production des indiennes, les cylindres à impression jouèrent dans la fabrication des toiles peintes le même rôle que le blanchiment chimique pour celle des toiles blanches. Us remplaçaient les vieilles méthodes de l'impression à la main ou à la planche. Le nouvel appareil avait l'avantage de réunir les diverses opérations de l'impression qui s'exécutaient alternativement avec l'ancien procédé, et de rendre la production continue. Il permettait de réduire le personnel dans des proportions considérable» et réalisait un énorme gain de temps; les dessins étaient aussi plus réguliers et plus variés.

Inventés en Ecosse en 1785, les cylindres à impression ne pénétrèrent que lentement sur le continent à cause des diffi* cultes que présentait leur installation et des frais exigés par la gravure des rouleaux, aussi l'Angleterre garda toujours dans ce domaine une certaine avance.

Le procédé fut d'abord adopté en 1806 à Jouy, puis dès 1810, par les grandes maisons d'Alsace. Il pénétra presque au même moment à Genève, où le fabricant Labarthe se distingua par la perfection de ses machines*. Un peu plus tard, l'invention gagnait la principauté de Neuchâtel. Vaucher-Dupasquier, à Cortaillod et Bovet, à Boudry furent les premiers à l'introduire dans leurs manufactures de toiles peintes. Daniel Verdan fils, à Grandchamp, créa même un atelier dans lequel les mécaniciens du pays fabriquèrent toutes les pièces des cylindres et montèrent des machines complètes ; on y renouvelait aussi la gravure des rouleaux dont les dessins étaient usés ou passés de mode^. Ces innovations pénétrèrent enfin en Suisse orientale et principalement à Zurich. Chose curieuse, le grand fabricant d'indiennes Esslinger poursuivit longtemps le travail à la main tandis

' Labarthe fit entre autres installer un cylindre à impression d'une valeur de 40 000 francs.

Arch. Genève, Industrie 499, i, 1806.

2 Petitpierre, p. 244.

qu'Hoffmeister se procura de bonne heure une machine à plusieurs rouleaux et imprima en quatre couleurs^ fait remarquable pour cette époque. En Argovie, les cylindres furent introduits avant 1810 et installés entre autres chez les frères Herosee à Aarau *.

Dans la fabrication des toiles de coton et des indiennes, la période du système continental ne marqua pas seulement un progrès dans le sens d'une augmentation de la production, mais aussi d'une amélioration notable de la qualité.

L'apprêt des tissus subit aussi à cette époque d'importantes modifications; on perfectionna le foulage, le lustrage, le polissage, en un mot toutes les opérations complémentaires qui donnaient à l'étoffe son éclat, son égalité et sa solidité. Les Anglais furent d'abord seuls à connaître et à appliquer ces nouveaux procédés et s'en servirent parfois pour dissimuler sous les dehors brillants de l'apprêt la mauvaise qualité de certains tissus expédiés au continent. Sous la pression de la concurrence, ces innovations pénétrèrent graduellement en Suisse pendant la Médiation 2. Elles y produisirent les plus heureux résultats que confirment les épithéles louangeuses prodiguées annuellement aux étoffes suisses dans les rapports des foires allemandes. De l'opinion unanime, à la fin de la période impériale, celles-ci n'avaient plus rien à envier aux produits manufacturés britanniques.

§ 11. La soie.

Si l'industrie du coton offrait à la fin de la période impé- Etat stationriale un spectacle lamentable, celle de la soie se présentait ^^^^^ ^^ <^**« à la même époque sous un aspect relativement favorable.

* D'après Bronner, les machines de Hérosee auraient été les premières en Suisse.

Bronner^ p. 501.

* L'introduction de l'apprêt moiré ou cambric remonte entre autres à cette époque.

Voir sur les perfectionnements de l'apprêt^ Hungerbûhler, p. 80-81.

industrie.

des soieries à Zurich.

Comme on Ta vu, elle devait sa situation privilégiée à révolution plus régulière quoique moins brillante qu^elle avait suivie, au dix-huitième siècle, à la proximité de sa matière première et à la persistance des rapports commerciaux avec l'Allemagne, son débouché principal. Tandis que les secousses du blocus continental amenaient dans la situation respective des diverses branches du coton des déplacements violents, les spécialités de la soie ne subirent que peu de modifications. A la fin de la Médiation, on les retrouvera à peu d^exceptions près dans les régions qu'elles occupaient avant la crise. Le tissaj^e Le tissage des soieries avait son siège principal à Zurich ; il y recouvrait le bassin inférieur du lac sur les deux rives et s'étendait au nord du chef-lieu dans la direction de Greifensee et de la Glatt. Industrie domestique dans les districts campagnards, il occupait dans la ville vingt manufactures, sans compter les fabriques de crêpe.

Un inventaire de la maison Martin Usteri pour 1786 montre l'infinie variété des tissus qui sortaient des maisons zuricoises. On y trouve des étoffes de soies unies (florence, taffetas, serge), des étoffes brochées et façonnées de toute manière, des foulards, des tissus mi-soie à trame de coton, des droguets, des tissus lamés d'or et d'argent, enfin quelques échantillons pour l'impression. Toute cette fabrication était en pleine activité à la fin du dix-huitième siècle ^ . Elle employait, dans les établissements de la ville seuls 3000 ouvriers dont 1770 tisseurs, et sa production totale représentait pour le canton une somme de 1 250 000 à 1 375 000 gulden (2 750000 à 3 250000 francs de valeur actuelle).

Cet élan fut ralenti pendant les années de la Révolution et du système continental, mais si la fabrication des soieries ne progressait plus, au moins ne déclinait-elle pas. Les faits le démontrent : en premier lieu, un grand nombre de tisseurs de mousseline passent au travail de la soie, ce qui a été rap-

* Atlas, p. 1770; — Bûrkli, Seidenindustrie, p. 177.

— Si51 —

pelé plus haut ; puis on ne rencontre dans les actes du Directoire commercial aucune disposition semblable à celle que prit cette autorité pour parer à la crise du coton ; enfin, les principales manufactures zuricoises conservent une activité soutenue. En effet, de vingt noms cités par Bûrkli pour Tannée 1786, treize se retrouvent en 1824 ; dans ce nombre figurent ceux des industriels les plus importants et les plus considérés : Martin Usteri, les frères Escher, Salomon Escher, J.-J. Finsler, J. Caspar-Werdmuller, J. Conrad WerdmuUer, Melchîor Meyer, etc.

Par contre, sept fabriques d'importance secondaire qui ont disparu pendant la période du système continental sont remplacées par quatre établissements nouveaux, parmi lesquels on peut citer plus spécialement la fabrique Zeller à Balgrist, fondée en 1805, qui se voua à la fabrication des fichus et mouchoirs de soie et atteignit rapidement un haut degré de prospérité*.

Il importe enfin de mentionner les données du D' Bowring, l'économiste anglais envoyé en mission vers 1830 par son gouvernement pour étudier l'industrie suisse et qui évaluait comme suit le mouvement des métiers à tisser la soie :

en 1787 . .

. . 1800 métiers

en 1800 . .

en 1814 . .

Ces chiffres ne sont qu'approximatifs et Bûrkli les estime plutôt exagérés. Il est néanmoins permis d'en conclure que le nombre des ouvriers a légèrement augmenté pendant cette période.

Dans ces conditions, il n'est point surprenant que le système continental n'ait pas exercé sur la fabrication des soieries la même action stimulante que sur la production des tissus de coton. Tandis qu'au dix-huitième siècle on peut

^ Comparer dans Bûrkli, Seidenindustrie, les deux tableaux pour 1786 et 1824^ aux pages 177 et 194.

reconnaître un effort constant des industriels en vue d'améliorer leurs produits et de créer de nouveaux articles, la période de la Médiation ne trahit dans la qualité des étoffes aucun progrès sensible ^ Le tissage gj j^ tiggage des lourdes étoffes restait stationnaire à Zu-

^, rich, celui des rubans se ressentait visiblement des effets de

Bâle. ' , ,

la politique napoléonienne. C'est à Bâle que s'était concentré cette spécialité. Tandis qu'on y travaillait la soie sur toute l'étendue du canton, la production des rubans de âloselle s'était concentrée dans les districts méridionaux. Environ 3000 métiers, connus sous le nom de moulins à rubans (Bandmûhlen), tissaient pour le compte des fabricants de la ville. Ceux-ci occupaient en outre hors du territoire bâlois un certain nombre de personnes, ainsi en Argovie. Ils fournissaient à l'ouvrier son instrument de travail et la matière première, les fils de soie qui provenaient en général des petits cantons*. Dans la première moitié du dix-huitième siècle, le tissage des rubans avait doublé dlntensité ^ ; il fut a'u nombre des industries qui retirèrent de la ruine des manufactures françaises le plus grand bénéfice. Les années 1794 à 1796 marquèrent pour les Bâlois une période fructueuse pendant laquelle l'Allemagne, se détournant des ateliers ruinés de Lyon et de Saint-Etienne, leur apporta l'appui de sa nombreuse clientèle.

 cette époque, on comptait à Bâle 23 fabriques de ruban» dont les produits s'écoulaient principalement sur les marchés de Leipzig et de Francfort et pour une faible part seulement à Zurzach. Le roulement annuel représentait un chiffre de 3 200000 gulden*.

^ Voir à ce sujet rénumération des articles soie et mi-soie produits à Zurich au dix-huitième siècle et Tinventaîre de 1812 de la maison Usterî.

Bûrkli, Seidenindustrie, p. 166, 186.

« Atlas, p. 17Z0 ; — Basler Jahrb., 1885, p. 91.

3 En 1754, Bàle comptait 1225 métiers à tisser la soie. En 1786, ce nombre s'éUit élevé à 2246.

Basler Jahrb., 1885, p. 93.

* Basler Jahrb,, 1885, p. 103.

On sait que peu de villes avaient eu à souffrir autant que Bâle de la politique impériale ; malgré le défaut de renseignements détaillés, on peut affirmer que le blocus continental causa aux maisons de rubans un tort énorme. Dès le début, il fallut abandonner le débouché de Strasbourg; celui de l'Allemagne fut compromis de bonne heure par la reprise du travail dans les fabriques des pays rhénans et de la Saxe*. En 1810, les rubans suisses furent les premiers frappés sur le marché de Leipzig^. Les conséquences de cet état de choses se manifestèrent dès 1806 par une forte émigration. Les années suivantes, plusieurs industriels jugeant la situation intenable, transportaient leurs établissements en Alsace, notamment à Wesserlingen et à Sulz ^.

C'est probablement de Bâle qu'avaient essaimé les fabriques de rubans de l'Argovie à Lenzbourg vers 1725 et à Aarau vers 1785. Elles n'étaient pas sans importance ; prospères au début de la Médiation, elles avaient atteint vers 1820 un développement assez considérable dans ces deux centres. La période napoléonienne ne paraît donc pas avoir été mauvaise pour elles*.

Quant à la fabrication des gazes de soie, intimement liée

* Les manufactures allemandes augmentèrent leurs débouchés au détriment des fabriques de rubans bàloises, notamment dans l'Allemagne du Sud et en Italie.

Allg. Ztg,, 15 mai 1804, Leipziger Jubilatemesse.

' Gem, Schw, Nachr., 3 novembre 1810.

3 Basler Jahrb., 1885, p. 97.

^ Il parait assez certain que l'industrie de la soie s'était aussi établie au dix-huitième siècle dans les districts bernois de l'ancienne république, mais dans quelles proportions? il est difficile de le dire. D'après les Gem. Schw, Nachr. de 1806, on aurait filé la soie dans l'Oberland et le Guggisberg. D'après YAlmanach helvétiqae, il existait à Berthoud une manufacture et à Berne trois maisons de soieries et une fabrique de filoselle, qui fonctionnaient encore sous la Restauration. Nous n'avons pu contrôler ailleurs ces indications, qui ne nous fournissent du reste aucun renseignement sur le sort de cette industrie dans cette région pendant la Médiation.

Le correspondant des Gem. Schw. Nachr. parle de 2000 personnes occupées au travail de la soie dans le canton de Berne. Il y a là erreur mani-

à celle de la mousseline, elle partagea son sort et disparut du territoire zuricois*.

Le crêpe de l\ en fut de même pour le crêpe de Bologne, article intro- Boiogne. j^j^ ^ Zurich vers 1730 par l'industriel Escher. Plusieurs

maisons s'étaient vouées exclusivement à cette spécialité. La plus considérable était la fabrique Escher qui était munie d'installations perfectionnées pour le tordage de la soie ei qui passait pour un établissement modèle. La fabrication du crêpe progressa continuellement au cours du dix-huitième siècle; les guerres de la Révolution, multipliant les commandes de crêpe et ruinant les manufactures de Bologne, favorisèrent encore cette prospérité 2. Mais au début du siècle, la fabrication du crêpe apparut en France avec la renaissance des soies lyonnaises, redoutable concurrence pour la Suisse. En même temps, l'Empereur s'efforçait de ranimer l'industrie de Bologne en lui accordant diverses faveurs et réductions de droits ^. A cette intervention vint s'ajouter encore le caprice de la mode qui mit momentanément le crêpe hors de cours. Cet article ne tarda pas à dépérir complètement à Zurich ; en 1824, il n'occupait plus dans le canton qu'une place insignifiante et comptait au plus une centaine de métiers répartis entre trois petites fabriques *. La filature. En général, la filature de la soie a suivi les destinées du tissage. Elle eut sur la filature du coton l'avantage de ne pas rencontrer la concurrence écrasante des machines. Sur terri-

feste. Tout au plus ce chiffre pourrait-il comprendre les fileurs et tisseurs des districts bernois et ar^oviens réunis.

Gem. Schw. Nachr., 29 avril 1809; — Ilelo. Alm., 1821, p. 182.

Voir encore pour la fabrication des rubans de soie: Ifelo, Alm., 1802, p. 111 ; — Wartmann-Seippel, p. 84 ; — Bronner, I, p. 503 ; — Atlas y p. 1770.

* Une manufacture de gazes de soie, celle de Neuwiler et Fehr, avait été fondée au dix-huitième siècle à Frauenfeld. En 1820, elle avait disparu.

Pupikofer, p. 835; — Atlas, p. 1820.

^ Bûrkli, Seidenindustrie p. 162 ss.

3 Corresp. Napoléon à Eugène Beauharnais, 15 mars 1806.

^ Bûrkli, Seidenindustrie p. 194.

toire zuricois, dans la vallée de la Glatt, elle ne livrait que des filés de soie, mais elle voisinait avec le travail de la filoselle dans toute la région avoisinante du haut lac (Utznach, Gaster, Marche schwyzoise) où, comme dans certains districts de Zoug, Schwyz et Unterwald, elle occupait un grand nombre de personnes*. Les petits cantons qui entraient surtout en ligne de compte comme fournisseurs des fabriques bâloises, devaient tout naturellement recevoir le contre-coup de la crise qui frappait ces maisons. 11 en résulta un chômage et une gène qui se fit sentir sérieusement dans les dernières années de la période et que nous avons constatés plus haut, à propos de la filature du coton. A Zurich par contre, la filature de la soie ne chôma guère, grâce à la persistance du travail dans les manufactures de tissus. Elle trouvait encore un élément d'activité dans la marche régulière du commerce en trame et organsin que la plupart des maisons du cheflieu menaient de front avec la fabrication des soieries et qui avait atteint son apogée à la fin du dix-huitième siècle ^.

Les industries zuricoises tiraient d^Italie Torgansin qu'on lc commerce y travaillait en quantités considérables ; quant' à la trame, de trame, d'orelle se préparait sur place et sa fabrication avait pris une s^^^^ ^^ ^^

^ ^ ^ ^ '^ soie brute.

grande extension. Les deux articles s'écoulaient à Zurzach

^ Dans son message à Talleyrand du 27 avril 1812, le landamman Bourcart parle des avantages à accorder à l'introduction en Suisse « de cette bourre grossière de soie que Ton n'emploie pas en France et qui, sans cela, serait perdue pour le commerce. » Faudrait-il conclure de ces paroles que les petits cantons fussent en Europe la seule région où on travaillât les déchets de la soie ou « schappe ?» — La filature était particulièrement active dans la petite république de Gersau et dans la contrée d'Engelberg. Elle avait été introduite dans cette dernière localité au dix-huitième siècle par Tabbé Léodegar qui installa des ateliers et des machines dans le couvent.

Ilelv. Alm., 1885, p. 75 ; 1807, p. 58.

^ La fabrication de la trame occupait déjà au dix-septième siècle plus de vingt maisons. La fabrique Escher au Sihlhof, par exemple, employait journellement vingt ballots de soie brute pour la trame et occupait six cents ouvriers au tordage des filés de crêpe.

Bûrkli, Seidenindustrie, p. 108, 162.

pour les besoins des maisons bâloises^ mais leur principal marché se trouvait à Francfort où s'approvisionnaient les fabriques allemandes de soieries de Barmen et d'Elberfeld, devenues les meilleures clientes de Zurich pour la trame et Torgansin.

Ce genre de commerce continua pendant toute la période napoléonienne avec une grande intensité et fut entretenu par la reprise active du travail dans les manufactures rhénanes. Il n'avait jusqu'alors joué qu'un rôle secondaire en accompagnant d'autres spécialités, la fabrication du crêpe par exemple ou celle des mouchoirs; maintenant, il se constituait en branche indépendante et ce fait caractérise son développement pendant la première décade du dix-neuvième siècle.

A la vérité, le commerce de trame subit aussi de 1810 à 1813 le contre-coup de la crise : les prix baissèrent sensiblement ; mais grâce à l'énergie des marchands zuricois, le trafic ne fut jamais interrompu en Allemagne, même dans les années de guerre. A ce moment, Daniel Bodmer, membre du Directoire commercial, fit de brillantes affaires et acquit une véritable -célébrité dans son canton ^.

Le tableau suivant permet d'observer les fluctuations suivies par les prix de la trame et de l'organsin de 1801 à 1815 3.

^ Le trafic direct de trame entre Bâle et Zurich ne commença g'uère que vers 1830.

' On disait de Bodmer qu'il avait visité cent fois la foire de Francfort. En 1804, il payait à FEtat pour ses manufactures une somme de 640 francs. En 1816, il occupait dans le registre des impôts la première place avec une taxe de 900 francs (1300 fr. de valeur actuelle).

Bûrkli, Seidenindustrie, p. 191.

3 Les prix sont donnés en ^ulden de Zurich (le gulden à 2 fr. 29 de valeur -actuelle) pour 470 grammes de trame et d'organsin. Les variations coïncident avec celles que subissait à la même époque le marché de Milan.

Bûrkii, Seidenindustrie, p. 242.

ORG^ 1» qualité.

LNSIN 2* qualité.

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