A. LA FILATURE MECANIQUE
Nous avons, plus haut, cherché à analyser les conséquences du système continental sur le mouvement commercial des cantons suisses.
Voyons maintenant à établir de quelle manière le contrecoup de ces variations s'est exercé sur les diverses spécialités des trois grandes industries textiles du coton, de la soie et du Ii«.
On se trouve ici en présence de nombreux phénomènes d'action et de réaction, particulièrement frappants dans l'industrie du coton, la plus ramifiée et dont toutes les branches ont subi, d'une manière ou d'une autre, les atteintes de la politique impériale; les unes ont été anéanties, les autres simplement affaiblies ; une seule a été pendant la période de la Médiation non seulement épargnée, mais encore fortifiée. A ce titre, elle mérite doublement notre attention et c'est elle que nous étudierons tout d'abord.
L'introduction de la filature mécanique, à une époque où Les débuts il semblait que les événements dussent empêcher tout épa- de la filature nouissement et tout progrès, est un fait capital de l'histoire ™^^*^*^'^® ^"
* ^ *^ Suisse.
économique suisse.
A la fin du dix-huitième siècle déjà, quelques citoyens
s'étaient inquiétés de l'énorme importation de filés anglais et •de la dépendance dans laquelle les cantons se trouvaient visà-vis de la Grande-Bretagne. Ces préoccupations s'étaient traduites par quelques essais de filature mécanique *.
En octobre 1798, en pleine crise politique, l'initiative intelligente du Vaudois Marc-Anloine Pellis, consul helvétique à Bordeaux, donna la première impulsion au mouvement qui devait prendre en Suisse de si grandes dimensions.
D'après le projet de Pellis, tel qu'il fut présenté à Finsler, le ministre des finances de l'Helvétique, la Suisse entière <ievait être pourvue de machines à filer. On prévoyait l'achat de 40 « MuU Jenny » à 240 broches, du prix de 4800 livres chacune et qui devraient être réparties dans le pays en huit groupes de cinq machines. Chaque groupe recevrait en outre un certain nombre d'engins pour les opérations préliminaires •de la filature (cardage, peignage, etc.). La somme totale des frais se montait à 253 200 livres.
Survinrent les événements de 1798 à 1799. L'impossibilité <ie se procurer des filés anglais vint à point pour démontrer i'opportunité des propositions de Pellis et la nécessité de se pourvoir par soi-même de produits mécaniques. A Saint-Gall, un jeune homme, Jacob Ehrenzeller, reprit avec ardeur en août 1799 les idées de son confédéré vaudois. Il fit venir Pellis qui présenta de nouveau son projet au Directoire commercial. On s'entendit pour donner la moitié des machines au canton du Sentis, comme au principal représentant de l'industrie cotonnière; une souscription destinée à payer l'achat des vingt premiers métiers à filer fut favorablement accueilh'e et rapidement couverte.
Après des négociations dans le détail desquelles nous n'entrerons pas, la « General Societât der englischen Baum-
* Dans le canton d'Ap[)enzell entre autres, un nommé Hans-Ulrich Sonder- «gger, de Hérisau, avait confectionné huit machines à filer le coton pour un industriel de la réo^-ion. Les renseignements précis sur cette invention manquent.
Sturzeneg-g-er, p. 7 et 8.
wollspinnerei » fut fondée à Saint-Gall le 11 février 1801*. La filature, installée dans les murs du couvent abandonné et munie de 26 machines à 204 fuseaux ainsi que des appareils accessoires, fonctionna la même année 2. Les commencements furent difficiles. Certains industriels manifestèrent tout d'abord de la défiance contre le nouvel établissement 3. De plus, la filature installée sur une trop grande échelle avait promptement épuisé ses capitaux et se débattait dans les embarras financiers, — elle comptait en 1803 39 machines avec un total de 7800 broches. — Les entrepreneurs de l'affaire se flattaient, grâce à une production plus intense, de payer les intérêts de leurs dettes ; ils espéraient en même temps bénéficier des hostilités qui venaient de renaître entre la France et l'Angleterre. Contre leur attente, une baisse continue jusqu'en 1806 provoquée par les importations toujours plus forles de filés britanniques s'établit sur tous les marchés européens. A ce moment, le prix de la marchandise égalait à peine les frais de fabrication ; la perspective d'une hausse paraissait s'éloigner et, en septembre 1805, la liquidation était chose décidée. La confiance n'était même pas reparue après les décrets de 1806. Un dernier coup de collier des actionnaires et la location de l'entreprise à un industriel de la ville, sauvèrent la situation *. L'établissement saint-gallois survécut et resta le noyau de toute la filature mécanique en Suisse.
* Wartmann, p. 210 ss.
' Les premières machines de la filature saint-galloise étaient probablement de fabrication française. Elles avaient 40 pieds de longueur sur 20 de largeur et 5 de hauteur. La production journalière de chaque métier avec un travail de 12 heures, était de 2 livres de filés (No 60); la production iinnuelle du fuseau était de 3 livres.
Bûrkli, Mech. Baumwollspinnerei, p. 20
3 La filature mécanique fut, au début, considérée un peu partout d'un mauvais œil, particulièrement par ceux dont elle compromettait le gagnepain, c'est-à-dire les fileurs à la main. Voir entre autres pour TArgovie :
Bronner, p. 499.
* Wartmann, p. 239.
Les progrès A partir de 1806 le système continental a réduit la conréalises par cet- c^J.rgIlcg anglaise et, dans les dernières années de la Média*
te branche in- . . ... , • » ni
dustrieiie ffrâce ^^^^f " ^ donné une vigoureuse impulsion aux métiers a nier;
au système con- il a donc joué un rôle essentiel dans Téclosion de la nou-
tinentai. ygj|g jjranche industrielle.
Jusqu'en 1810, malgré toutes les entraves, les Anglais restaient les maîtres du marché européen pour les filés de coton. Néanmoins, les filatures qui avaient pris naissance en Suisse à côté de la filature de Saint-Gall réussissaient à se maintenir. On peut l'attribuer à deux raisons. Tout d'abord, les nouvelles venues avaient profité des expériences de leur aînée et l'installation faite à moins de frais leur avait épargné bon nombre de difficultés. En second lieu, de 1808 à 1810, elles bénéficiaient de la reprise générale du travail dans les manufactures de coton. Ces quelques mois de prospérité leur permirent de prendre pied et de se développer. A partir de 1810, la prohibition officielle des filés anglais en Suisse leur donna l'impulsion décisive en forçant les fabricants à recourir aux produits indigènes. La filature mécanique, comparée à l'état précaire des autres industries, se trouvait maintenant dans une situation presque brillante. Limitée d'abord aux territoires zuricois et saint-gallois, elle s'étendait rapidement dans d'autres cantons.
Lorsque, avec la chute de l'Empire, le retour des filés anglais vint surprendre les jeunes filatures, elles étaient assez fortes pour lutter; après 1815, elles devaient se maintenir avec succès. C'est un des rares bienfaits de la politique napoléonienne que de leur avoir sauvé la vie.
Le déveio Examinons successivement et de plus près leur développe-
pement de la ment dans les cantons. La floraison la plus extraordinaire
filature méca- ^q j^ nouvelle branche industrielle se produisit à Zurich.
nique ans a Qf ^^ ^^ Hard près de Wûlflinffen, sur la Tôss, que furent
Suisse onen- ^ ^ . . .
taie. — J.-c. tentés les premiers essais de travail à la machine, mais cette Escher. entreprise, due à quelques commerçants de Winterthour,
disposait de moyens assez primitifs et travailla sans grand succès *.
Le mouvement ne s'affirma qu'à l'entrée en scène d'une personnalité remarquable qui sut admirablement tirer parti de la situation créée par la politique française, Jean-Conrad Escher.
Ce jeune homme, architecte de son métier, s'était de tout temps intéressé aux problèmes de mécanique; la question des métiers à filer notamment l'avait passionné*. En 1803, il fit avec son ami Rodolphe Hess un voyage en Saxe pour visiter les filatures de ce pays 3. Aussitôt après, il confectionnait ses premières machines qui soutinrent victorieusement l'épreuve. En 1804, il gagnait la confiance de quelques hommes d'affaires zuricois et l'année suivante, avec huit collaborateurs, il fondait une société par actions au capital de 80000 gulden. Puis, parcourant l'Europe, il se mit en quête de nouveaux modèles qu'il ne trouva qu'au prix de grandes difficultés et qu'il reconstitua souvent de mémoire.
Entre temps, la société achetait à Zurich un terrain situé sur la rive droite de la Limmat et appelé «la Neumûhle ».
* Les machines du Hard dont on avait fait venir d'Alsace les différentes pièces, furent construites sur place par des mécaniciens du pays, avec l'aide d'un Anglais nommé Travies. Elles comptaient environ 3000 broches.
Bûrkli, Mech. BaumwoUspinnerei, p. 22 ; — Meyer, I, p. 300.
* Vu l'importance du rôle joué par Escher, nous ajoutons ici sur son compte une courte note biographique. Né le 10 août 1775, le jeune Zuricois ne manifesta que tardivement ses dispositions pour l'étude. Après un apprentissage de commerce, il se décida à faire de l'architecture. Il séjourna quelques années en Italie pour rentrer au pays à la veille de la crise de 1798 ; mais les troubles politiques n'étaient guère favorables à sa profession. Envoyé en 1799 en mission militaire sur les bords du lac de Constance, il eut l'occasion de voir à Saint-Gall les premiers métiers à filer amenés de France par Pellis. Celte circonstance décida de sa carrière.
Bûrkli, Mech. BaumwoUspinnerei p. 24; — Allg. d. Biogr., article « Escher. »
3 Ce voyage d'Escher en Saxe a été contesté, ce point paraît maintenant bien établi.
Voir Allg. d. Biogr., « Escher. »
A son retour, Escher dirigea l'installation des ateliers de construction et fit monter les métiers. En 1807, rétablissement commençait à travailler sous la raison sociale désormais fameuse, « Escher, Wyss & C** ».
Les produits dont Escher put montrer à ses associés les premiers échantillons le 27 février 1807, étaient d'excellente qualité ; mais on ne tarda pas à s'apercevoir que la demande des « Mull Jenny » livrées par les ateliers, dépassait de beaucoup celle des filés. L'année 1810 décida de la direction générale de l'affaire qui devint avant tout une entreprise de construction. La filature passait à l'arrière-plan et ne servit plus guère qu'à l'expérimentation de nouveaux procédés.
Développée avec une activité infatigable par son directeur, la maison de la « Neumûhle > restait un modèle dans son genre *. Elle ne tarda pas à fournir des « métiers » à toutes les filatures mécaniques qui se multiplièrent sur territoire zuricois et dont nous allons voir l'importance et le nombre.
Les grandes installations étaient rares. Nous y retrouvons tout d'abord l'établissement du Hard qui avait heureusement surmonté la crise du début. Il fut adroitement dirigé par deux industriels, Bolsterli et Bengger, qui remplacèrent les premiers modèles (« métiers continus > mus à la main) par des « Mull Jennies ^ ». Il atteignit rapidement le nombre de 10000 broches, et se distingua des autres filatures du canton par son assortiment très complet et perfectionné de machines accessoires. Venaient ensuite la filature Bebie sur la Limmat,
^ Après la chute de l'Empire, la fabrication des machines continua'à la Neumûhle avec un redoublement d'activité. De nouvelles spécialités apparurent peu à peu (métiers à filer le lin, machines à vapeur, appareils de chauffage, turbines, et enfin les locomotives). Vers 1840, rétablissement occupait la première place en Europe, Escher mourut le 29 avril 1859.
Allg. d. Biogr., article « Escher. »
* Bolsterli fonda en 1819 une filature à Wûlflingen, Bengger s'établit dans là suite dans le Vorarlberg.
Bûrkli, Mech. BaumwoUspinnerei, p. 23.
et celle de J.-J. Rieler & 0« sur le Wildbach, à Winterthour. Cette dernière comptait, à la fin de la Médiation, 18 machines (à 216 broches) avec un total de 3900 broches.
Mentionnons enfin un établissement de fondation plus tardive, encore modeste sous la Médiation, mais qui fut le germe d'une entreprise gigantesque. Son souvenir est intimement lié au nom d'un homme dont il importe de citer le nom à côté de celui d'Escher, Henri Kunz. Pendant son apprentissage de fileur en Alsace, celui-ci, tout jeune, avait été frappé par l'expansion du travail mécanique dans ce pays. De l'étranger, il décida son père, un paysan du village d'Œtwyl, à abandonner l'agriculture. Quelques métiers, représentant environ 1400 broches furent installés à la fin de l'année 1811 dans le grenier d'une grande maison achetée à cette fin. Peu de temps après, Kunz, rentré en Suisse, prenait l'affaire en mains propres. Procédant avec une étonnante sûreté, il s'assurait dans le pays une clientèle solide; puis il transformait en filature la scierie de Wetzikon et lançait enfin une entreprise à Schafîhouse. A la fin de la Médiation, Kunz voyait s'ouvrir devant lui la brillante carrière qui devait, peu de temps après, aboutir à la fondation de la célèbre maison d'Uster et lui assurer le nom de « roi des filateurs » (Spinnerkônig)*.
A côté de ces quelques installations importantes, d'autres filatures d'importance minime avaient fait leur apparition en grand nombre dans la région zuricoise. Elles dataient la plupart des années 1811 à 1814. Au total on comptait dans le canton une cinquantaine de filatures qui, à elles seules,
^ En 1816, KuDz retirait de ses premiers établissements des bénéfices suffisants pour lui permettre de fonder à Oberuster une nouvelle filature de dimensions extraordinaires pour Tépoque. Elle fut exploitée en commun par le père et le fils. Le premier mourut en 1825, laissant une fortune de 250 000 gulden. Devenu directeur unique, Henri Kunz voyagea en France et en Amérique et installa dans le canton plusieurs succursales. Il mourut le 21 août 1859, après avoir gagné vingt-cinq millions.
Allg. d. Biogr., article « Kunz. »
possédaient environ la moitié des métiers à filer existant en Suisse. Elles occupaient au bas mot 3000 personnes, sans compter les ouvriers employés à la fabrication et à la réparation des machines ^ Jusqu'à quel point ont-elles survécu dans leur forme primitive aux circonstances éphémères qui les virent naître, il serait difficile de le dire. La suppression du système continental leur fut très sensible; mais à partir de 1820, elles retrouvèrent leur prospérité et travaillèrent plus que jamais 2.
A côté de la production un peu fiévreuse des filatures zuricoises, les maisons saint-galloises suivaient une marche plus régulière. En tête se trouvait naturellement la filature par actions de la capitale. Heureusement sortie de sa crise, elle se ressentait toujours un peu des conditions défavorables dans lesquelles elle avait été fondée et de sa première installation dispendieuse. Elle se vit de bonne heure, en 1805, adjoindre une compagne à Rapperswyl ; ce fut l'établissement de Christian Naf, qui, d'abord modeste, devint plus tard entre les mains de Jacob Brândlin une affaire puissante^. D'autres établissements apparaissaient sur plusieurs points du canton ; enfin, en 1811, la ville de Saint-Gall s'enrichissait
* La répartition approximative des maisons zuricoises était la suivante : trois se trouvaient dans la capitale, une vingtaine étaient échelonnées sur les deux rives du lac, Winlerthour et les autres districts possédaient le reste.
Helv. Alm., 1814, p. 220 et 221.
* D'après une statistique de Meyer de Knonau, le canton de Zurich comptait en 1830 800 métiers à filer à 250 fuseaux chacun, qui occupaient 6000 ouvriers. La production annuelle s'élevait à 300 000 livres de filés ; la consommation de coton brut était de 14 500 quintaux. La seule localité de Wetzikon possédait, d'après Oechsli, 10 filatures fondées dans les années 1820 à 1827.
3 Christian Naef se trouvait au nombre des premiers suisses qui s'intéressèrent à la filature mécanique. Commerçant aisé, établi d'abord à Wattwyl dans le Togs^enbourç, il acquit en 1801 la bourgeoisie de Saint-Gall. L'année précédente, il avait souscrit pour l'achat d'un métier à filer. Sa fondation de Rapperswyl passa à son gendre Jacob BrândUn et aux frères de celui-ci, qui donnèrent leur nom à la maison.
Warlmann, p. 309 ; — Bûrkli, Mech. BaumwoUspînnereî, p. 23 ; — Hungerbûhler, p. 68-69.
d'une nouvelle maison, celle des zuricois Graf et Rieter ^
Dans le canton voisin d'Appenzell, nous constatons dès 1804 Texistence de deux filatures mécaniques, celle de J.-C. Zellweger, à Trogen et celle des frères M ittelholzer, à Gais ; cette dernière possédait en 1805 une machine de 2000 broches 2.
L'année 1810 marque l'apparition en Argovie des premières machines, très probablement dans le district de Lenzbourg ^. Il faut attendre par contre jusqu'en 1813 pour trouver les premières traces de filature dans le canton de Glaris. Cette introduction tardive dans un pays aussi développé industriellement, s'explique par l'extension extraordinaire du tissage qui attira pendant cette période un grand nombre d'ouvriers *.
Au total, on peut assez exactement évaluer à 700 le nombre des métiers travaillant en Suisse à la fin de la Médiation, et à 700000 livres de filés leur production annuelle, le métier comptant en moyenne 216 broches 5.
D'après Wartmann, le travail des filatures indigènes suffisait en 1810 déjà, à faire face aux besoins de l'industrie pour un sixième et peu après pour un quart, lorsque la production des machines eut augmenté en même temps que diminuait l'activité des manufactures.
A cet accroissement de la quantité correspondirent aussi
1 WartmaDD cite entre autres une filature à Goldacb et une autre à Ebnat, dans le Haut-Toggenbourg. Chose curieuse, le Rbeînthal ne comptait aucune installation mécanique.
Wartmann, p. 309-310.
* Gem, Schiv. Nachr., i6 mai 1805.
' L'Aigovie comptait, yers 1840, 20 filatures situées toutes dans les districts de Lenzbourg et de Kulm.
Bronner, p. 479, 500.
* Jenny, II, p. 237.
^ D'après les indications de Bûrkli pour le canton de Zurich, un métier de 216 broches permettait à un bon ouvrier de fournir, avec U X heures de travail journaliers, 5 livres anglaises de filés No 40, c'est-à-dire annuellement 3X ^- pAP broche. En 1803, les machines de la filature de Saint- Gall donnaient chaque jour jusqu'à 2 )^ livres de filés No 60.
Bûrkli, Mech. BaumwoUspinnerei, p. 26 ; — Wartmann, p. 308.
les efforts tentés pour perfectionner les métiers et améliorer la qualité des filés. Au début, les machines ne pouvaient préparer que les matières américaines. La hausse des prix engagea les industriels de Saint-Gall à essayer les cotons du Levant, mais les produits levantins ne donnèrent jamais que des filés grossiers et les résultats furent peu encourageants. Avec les cotons < d'outre-mer » on arriva jusqu'au N* 50, et dans les dernières années, jusqu'aux N®» 60 et 70 ; quelques rares machines livrèrent le 90 * ; en moyenne, on produisit le 40. Il était néanmoins une catégorie de filés que les Anglais ne pouvaient pas encore produire, à savoir les numéros extrafins destinés aux mousselines et aux gazes légères et qui demeuraient réservés aux fuseaux et aux rouets. Mais cela ne suffisait pas à prévenir la ruine qui attendait les fileurs à la main. Déjà menacés par l'envahissement des articles britanniques, ils devaient recevoir avec l'apparition du système continental le coup de grâce.