‹ Le Système d'AristoteChapitre 4 sur 99 · VIE D ARISTOTE · texte numérisé non relu

VIE D ARISTOTE

que, de savoir que Nicomaque était médecin d'Amyntas, sans doute le neveu de Philippe et que celui-ci supplanta : on s'expliquerait ainsi en partie le crédit dont Aristote a joui auprès des princes macédoniens.

Voilà en somme tout ce que nous savons d'Aristote avant son entrée dans l'école de Platon. Revenons au témoignage d'Apollodore, dans Denys etDiogène. Aristote avait dix-sept ans, autrement dit-il, était dans sa dix-huitième année, lorsqu'il se fit inscrire à l'Académie. Quand Eumèlos (D. L. 6) place cet événement dans la trentième année de notre philosophe, ce sont là des fantaisies, dont il faut rapprocher les assertions de Timée et d'Epicure que nous rapporterons tout à l'heure (1). Aristote demeura dans l'École jusqu'à la mort du Maître, c'est-à-dire pendant vingt ans. — Au lieu de renseignements sur les études d'Aristote. nous n'avons guère que des racontars sans valeur. « 11 serait de la plus haute importance, dit excellemment Zeller (p. 8), de savoir quelque chose d'exact sur cette période de la vie du philosophe, sur ces longues années d'études, pendant lesquelles il a posé les fondements de son prodigieux savoir et de son système propre. Malheureusement nos informateurs gardent un profond silence sur l'essentiel, sur la marche et les circonstances particulières de son développement scientifique, pour nous entretenir, à la place, de toute sorte de racontars malveillants sur sa vie et sur son caractère». C'est ainsi que, d'après Anstoclès de Messène, qui d'ailleurs n'en croit rien, Timée racontait èvtoùç wnropîaiç qu'il avait assez longtemps gagné sa vie à taire métier d'apothicaire, ou même de charlatan, et que, au «lire d'Epicure, h tq 7cepl tûv èictr^SeufiiàTtov btcwtÔ/o^, Aristote. après avoir dissipé son patrimoine, aurait dû s'engager connue soldat, puis, y ayant mal réussi, se serait mis à vendre des drogués et n'aurait entin trouvé son salut qu'auprès de Platon \'2). .Mai., les ten-

(i) Grote (Ariatotle, 1874, p 3 sq.) fail aces fantaisies trop d'honneur de les prendre • ; : cf. Zeller, p. 6, n. '■'•■

Voir les textes dans Zeller, |> 8, n .' el 3; pour la critique,

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dances calomnieuses de Timée, celles d'Epicure qui a violemment dénigré tous ses prédécesseurs et ses contemporains, sont trop connues et il y a dans ces témoignages trop peu de vraisemblance interne, pour qu'on puisse leur accorder la moindre créance.

Au sujet des rapports d'Aristote avec Platon, nous rencontrons d'autres assertions plus intéressantes, mais qui ne sont encore sans doute que des médisances. Ici le texte le plus autorisé provient d'Eubulide, le successeur d'Euclide dans l'école de Mégare. Mais l'acharnement calomnieux d'Eubulide contre son contemporain Aristote était bien connu (D. L. II, 109), et d'ailleurs ce texte, bien compris, ne renferme aucune articulation grave (1). En outre, selon Diogène (2) et selon r^lien ("F. H. IV, 9 et III, 19), Aristote aurait, du vivant de Platon, élevé école contre école et même un jour, en l'absence de Xénocrate et de Speusippe, poursuivi de ses critiques le Maître, alors octogénaire, jusqu'à le forcer de quitter l'Académie (2). Ces allégations n'auraient par elles-mêmes aucun poids si elles ne trouvaient, ou ne paraissaient trouver, un appui dans une assertion d'Aristoxène dans sa Vie de Platon. Mais Aristoclès, qui la rapporte, ne manque pas d'indiquer qu'il n'est pas du tout certain qu'il y soit question d'Aristote (3). Il y a d'ail-

(1) Cette assertion d'Eubulide est rapportée aussi par Aristoclès ; voir le texte dans Zeller p. 10, n. 1. 1° Aristote, disait-il, n'était pas présent à la mort de Platon. C'est possible, mais il n'y aurait là rien de surprenant : Platon en effet est mort inopinément, seribens est mortuus, comme dit Cicéron. De Senect. 5, 13 (cf. Zeller, II, l'\ 427, 2). 2o D'autre part les mots : t« ~i r'j&'i.iv. aJroy itaf^siaxt ne signifient pas sans doute, au sens littéral, qu'il ait détruit les livres de son maître, mais, au figuré, qu'il les a déchirés, ce qui ferait allusion à l'âpre critique dirigée par Aristote contre son maître. — Sur I'animosité d'Eubulide à l'égard d'Aristote, cf. Zeller, ibid. 246, 7 (tr. fr. III, 230. 4) et infra, p. 28, n. 2 et p. 69.

(2) Zeller, p. 10, n. 3 et p. 11, n 2.

(3) Dans ce texte en effet (cf. Zeller, 11. 2) Aristote n'est pas nommé; mais, au dire d'Aristoclès, quelques-uns voulaient que, dans la phrase : xai twTatxoêotLéîv aurai [se. tm II^aTuve] tivk: tczoI.tzxzo-j Çévouç ffvTaç, le mot resoîjraTo; se rapportât à Aristote. Or ce terme,

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