‹ Le système de Descartes;Chapitre 100 sur 171 · LA PREUVE ONTOLOGIQUE · texte numérisé non relu

LA PREUVE ONTOLOGIQUE

Descartes, il n’y a que les préjugés qui puissent la rendre obscure, de sorte que, quand on s’en est délivré, la preuve apparaît tout de suite (cf. 5° Aféd. C. 317 sq. 169%] [G. $ 6]). La voici.

Je trouve en moi, tussent-elles sans existence en dehors de ma pensée, une infinité d'idées ou de nature qui ne sont pas feintes, qui ne sont pas dérivées des sens : soit, avant tout, les essences mathématiques. Ces essences ne sont pas un pur néant, elles sont quelque chose au contraire, car elles sont vraies; etce qui est vrai est, « * la vérité étant une même chose avec l’être* » (C. 312 [65*]{[G. $ 21). Mais si, pour établir des vérités, pour établir quelque chose qui est, il suffit que je trouve en moi, que je tire de ma pensée l’idée de quelque chose et que, ensuite, j en affirme tout ce que je conçois clairement et distinctement en elle, j'ai en moi tout ce qu'il faut pour établir une existence réelle hors de moi, ou pour prouver l'existence de Dieu. En effet, j'ai l'idée d’un étre souverainement parfait. Or, dans l'essence de la perfection souveraine ou de la réalité complète, l'existenge est contenue. Donc il est vrai de dire de Dieu qu'il existe, ou, en deux mots, Dieu existe.

Mais, dira-t-on, n'est-ce pas un sophisme? Je puis concevoir toutes les autres choses sans une existence actuelle : n'en est-il pas de même de Dieu et ne puis-je concevoir Dieu comme non-existant? — Non. Ce quia lieu pour les autres choses ne saurait avoir lieu pour Dieu. Une chose finie quelconque se laisse concevoir sans existence actuelle. Mais c’est dénaturer le concept de Dieu, c’est lui refuser ce qui en constitue précisément le caractère distinctif et propre, que de vouloir en retrancher l'existence.

Soit, continuera-t-on, en concevant Dieu nous le concevons comme existant. Mais concevoir Dieu comme existant, cela ne fait pas qu'il existe. — Non, assuré ment. Mais c'est ici qu'il y a un sophisme, un sophisme

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. de la part des adversaires de la preuve. Car ce sont eux

qui renversent l’ordre des choses en parlant de notre pensée comme de quelque chose de primordial, comme de quelque chose de radicalement différent de l'être. Certes, ma pensée ne saurait faire que l'existence appartienne à Dieu. Seulement ma pensée se fonde sur la nécessité des choses. Si elle attribue l'existence à Dieu, c'est quil ne dépend pas d'elle de faire autrement, c'est que je ne suis pas libre de penser Dieu sans l’existence.

Objectera-t-on enfin que sans doute, si Dieu est parfait, il est, car l'existence est une perfection ; mais qu'il est aussi arbitraire, pour ne pas dire plus, de supposer que Dieu est parfait que de supposer que tous les quadrilatères sont inscriptibles dans le cercle ; de sorte que ces deux conclusions : Dieu existe, et : le losange est inscripüible dans le cercle, sont d’égale valeur ? Mais que Dieu soit parfait, ce n’est pas là une supposition, c’est

la position d’une idée qui est nécessairement ce qu’elle est,

car l'idée de Dieu « est l'image d’une vraie et immuable nature » (C. 316 [684] [G. $ 5]). Je ne puis rien changer à l’idée de Dieu, cette idée n'étant pas factice. Ainsi Dieu est, dès que je conçois clairement et distinctement que l'existence appartient à sa nature.

Tel est, dans la 5° Médilation, l'exposé de la preuve ontologique et des objections que Descartes prévoit. On verra que ces objections idéales, comme les objections effectives que recevra plus tard l’auteur, se ramènent en somme aux trois difficultés que nous indiquerons tout à l'heure comme soulevées par la preuve ontologique. Mais, pour le moment, il y a une difficulté en quelque sorte préjudicielle qui résulte de la position spéciale que Descartes a prise, et c'est cette difficulté qu'il nous faut commencer par signaler. Aussi bien les réponses de Descartes aux deux Draises des objections qu'il prévoit nous conduisent-elles nécessairement à

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