‹ Le système de Descartes;Chapitre 99 sur 171 · LA PREUVE ONTOLOGIQUE · texte numérisé non relu

LA PREUVE ONTOLOGIQUE

HA La théorie de l'erreur devait évidemment être rattachée à celle de la certitude, inséparable elle-même de celle du critérium de la certitude: voilà pourquoi, passant pardessus l'inconvénient d'anticiper et de supposer acquise = l'existence de Dieu et la connaissance rudimentaire de ses principaux attributs, nous avons exposé l’objet de la 4 Méditation avant d'avoir pénétré au cœur de la &, Maintenant que nous en avons fini avec la 3° Méditation, “4 nous pouvons passer à la 5° avec le sentiment que celle-ci | est la suite naturelle de celle-là. |

| La précédente leçon a fini sur cette remarque que la L preuve de Dieu par l’idée de parfait s’appuie, non sur le : prétendu principe qu'un idéat correspond à l’idée, mais sur le principe de causalité. Les deux principes conduisent forcément au même résultat quand il s’agit de E-. Dieu. Car l'idée de la perfection absolue ne peut pas { avoir pour cause une réalité qui en renfermerait émi- YA nemment le contenu, puisque cela reviendrait à mettre x une perfection au-dessus de celle qui est pourtant repré- | sentée dans son idée comme absolue. Par conséquent \ 0 l'idée de la perfection absolue a pour cause ce que con- | tient formellement l'absolu. Tout se passe ici comme s'il s'agissait de faire correspondre un idéat à une idée. n Mais le principe sur lequel on s'appuie n’en est pas 4 moins tout différent. Le point vaut qu'on y insiste,

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LA PREUVE ONTOLOGIQUE. 201 puisque, si Descartes avait commis la faute d’invoquer le soi-disant principe de l'idéat, il faudrait conclure que la preuve ontologique est la seule prenve cartésienne de l'existence de Dieu, et que, en l'absence de cette preuve, il n’y aurait plus de Cartésianisme. La vérité nous semble être au contraire que, quelle que soit l’importance de la preuve ontologique, la preuve par l'idée de parfait n’est pas moins importante, et, au besoin même, l'importance en serait prépondérante, ainsi que le déclare Descartes lui-même (1). Le Cartésianisme subsisterait presque tout entier avec la seule preuve par l’idée de parfait. — En fait et historiquement, il semble bien

que cetté manière de voir soit justifiée, car la preuve

ontologique paraît être survenue au cours des réflexions de Descartes, comme une rencontre inattendue el un heureux surcroît. Descartes, une fois acquise l'existence de Dieu par la preuve tirée de l'idée de parfait, continuait de dérouler son système, c’est-à-dire qu'il passait à la question de l’existence des choses matérielles, ce qui l'amenait tout d’abord à s'occuper de leur essence et, pour commencer, de la partie de leur essence qui est composée d'éléments clairs et distincts. Et c'est alors, au moment où il était ramené à l’objet de la mathématique, de la géométrie et de la physique, qu'il s’aperçut tout à coup qu’une nouvelle voie s'offrait à lui pour sortir de lui-même, ou, en d’autres termes, qu'une nouvelle preuve de l'existence de Dieu était possible. L'accord est parfait entre le texte du Discours et celui des Méditations (2) et le langage de Descartes laisse, croyons-nous,

(1) Rép. aux 4res Obj. (C. II, 64 [2384][G. II, $ 49] : « je pense qu'il est manifeste à tout le monde que la considération de la cause efficiente est le premier et principal moyen, pour ne pas dire le seul et l'unique, que nous ayons pour prouver l'existence de Dieu. » Cf. aussi Rép. aux 1res Obj. (C. 369 [10117] [G. II, $ 2]) et Abrégé des Méd. C. 231 sq. [1418].

(2) Discours, 4° part., VI, 364-% [G. $ 5] : « Je voulus chercher après cela ».… etc. 5° Médit. début, C. 309 [63415] [G. $ 2] et 312 (première phrase du 2° al. [65-1620] [G, & 3).

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l'impression qu'on se trouve en présence d’un récit et non d'unartifice d'exposition (1). La 5° Hédilation, c'est la 6° commencée et s'arrêtant pour faire place à un épisode, si important que cet épisode soit. Descartes avait déjà une voie pour sortir de soi ; il se fût au besoin passé d’en avoir une seconde. Ce qui n'empêche pas, cela va sans dire, que celle-ci est la bienvenue : car elle est entièrement indépendante de l’autre et constitue pour le système une ressource et en même temps une nouvelle confirmation. Il apparaît une fois de plus que le point de départ doit être pris dans la pensée (2).

Voyons donc comment Descartes énonce la preuve ontologique. Nous aurons ensuite à insister sur le point de départ qu'il lui donne, ou, ce qui revient au même, sur le service qu'il en attend. Après cela, considérant la preuve plutôt en elle-même que dans la fonction que lui assigne son auteur, nous verrons comment il la défend, et victorieusement peut-être, contre les objections, si lon se place à ce nouveau point de vue. Enfin nous dirons quelques mots des rapports de la preuve ontologique avec la notion de causa sui et avec le volontarisme de Descartes. Ê

L'exposition de la preuve de Dieu par ses effets a été parfois laborieuse, et chez l’auteur, et pour nous. Celle de la preuve ontologique, au moins au premier abord, est d'une extrême facilité. Et cela est naturel, car, selon

(1) Peut-être le Ms. de Güttingen tranche-t-il la question (AT, V, 153 en haut) : la preuve ontologique a été inventée après l’autre, et, si elle est présentée la première dans les Principes, c’est « quia alia est via et ordo inveniendi, alia docendi : in Principiis autem docet.» — On sait que le Ms. de Güttingen est la relation d’un entretien de Descartes avec Burman, 16 avril 1648, écrite par Burman, peut-être avec la collaboration de Clauberg. Il a été imprimé par AT avec la correspondance, V, 446-179. M. Adam l'avait publié pour la première fois dans la Rev. bourguignonne de l'Ens. sup., 1896, p. 1- -52].

(2) « encore que tout ce que j’ai conclu dans les Méditations Decele dentes r ne se trouvât point véritable, l’existence de Dieu devrait passer en mon esprit au moins pour aussi certaine que j'ai estimé jusqu’ici toutes les vérités des Mathématiques. » (C. 1, 313 [65#][G. $ 3).

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