DIFFICULTÉ PRÉJUDICIELLE
cette manifestation irréfragable de l'individualité. Descartes déclare qu'individualité et erreur ont leur raison dans la liberté, et par là il rend excellemment compte de ces deux choses. En revanche, le rattachement de l'individu à l'absolu devient singulièrement laborieux. Si ma conscience est un système clos et indépendant, j'ai beau m'apparaître à moi-même comme dépendant, ce dont je dépens n’est toujours que dans ma conscience, sinon proprement en moi; l'absolu nest pour moi qu’une illusion nécessaire. Il n'y a pas moyen de fonder ma pensée sur une pensée absolue. Si cela est, la preuve ontologique est évidemment arrêtée dès le premier pas. La vraie et immuable nature de Dieu ne dépasse pas ma pensée, et, par conséquent, je ne puis me fonder sur cette essence pour atteindre l'existence qui parait posée par elle.
Descartes avait-il dans les profondeurs de son système quelque moyen de sortir de cel embarras? C'est ce qu'il n'est pas commode de décider. Peut-être aurait-il pu réussir à montrer que le déterminisme ne se rompt que partiellement entre l'individu et l'absolu, de sorte qu'il serait possible de conserver ce qu'il y a d'avantageux dans les doctrines panthéistisques relativement à la question qui nous occupe. Quoi qu'il en soit, nous supposerons maintenant que Descartes est parvenu à atteindre la pensée absolue sous la pensée de l'individu, et c’est de ce nouveau point de vue que nous envisagerons la preuve ontologique.
Cette preuve consiste alors à faire voir, — soit que l'existence est le complément de l'essence, ou, en d’autres termes, que la volonté et la conscience sont postulées nécessairement par les autres éléments de l'être; mais c'est là une procédure progressive et synthétique qui est étrangère à Descartes ; — soit que l'essence, prise comme tout, inclut comme une de ses parties l'existence. Et il y a {rois points principaux dans cette preuve, et aussi,
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