‹ Le système de Descartes;Chapitre 103 sur 171 · NS D, FM 208 DESCARTES · texte numérisé non relu

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visant chacun de ces trois points, trois difficultés. D'abord le concept d'un être souverainement réel est-il possible ? Ensuite les nécessités de la pensée font-elles loi pour les choses, de sorte que ce qui est conçu comme existant existe? Enfin l'existence est-elle homogène à l'essence, on, en d'autres termes, l'existence est-elle une détermina-

tion relevant de la pensée comme les attributs et qualités,

. c'est-à-dire encore, dans la langue de Descartes, le vrai

et l'être ou le réel ne font-ils qu'un ? Ces trois points et les difficultés corrélatives sont si bien l’essentiel dans la preuve ontologique qu’on les retrouve dans la discussion de Kant, de même que nous allons les voir au fond des objections adressées à Descartes par ses contemporains.

Arrivons à ces objections. Les 1" Objections, celles de Caterus, demandent si ce qui est dans la pensée est du même coup dans les choses, et par suite si, pour prouver l'existence par l'essence, il ne faut pas déjà faire de celle-ci une réalité; de sorte que Dieu serait posé avant et afin d'être démontré, ce qui constituerait une pétition de principe. Les 2* Objections portent sur la

possibilité du concept de l'être souverainement réel.

Enfin les 5° et les 6% Objections ont trait à la question de savoir si l'existence est homogène à l'essence. Telle est bien, au moins en gros, la classification que comportent les objections des contemporains de Descartes. Bien entendu il y a des détails qui y échappent, car il y a des adversaires qui font à Descartes des objections sur plusieurs points à la fois. Néanmoins il ÿ a un point qui préoccupe principalement chacun d'eux, et c'est ce point que nous croyons avoir exactement exprimé.

Les 2e* Objections, disons-nous, portent sur la possibilité du concept de l'être souverainement réel. — Descartes dans ses réponses aux 7" Übjeclions avait ramené sa preuve au syllogisme suivant (qu'il a ensuite reproduit, sauf différence insignifiante, dans son exposé

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ue des Méiilations) : « Ce que nous concevons clairement et distinctement appartenir à la nature ou à l'essence ou à la forme immuable et vraie de quelque chose, cela peut être dit ou affirmé avec vérité de cette chose ; mais, après que nous avons assez soigneusement recherché ce que c'est que Dieu, nous concevons clairement et distinctement qu'il appartient à sa vraie ef immuable nature qu'il existe; donc alors nous pouvons

affirmer avec vérité qu’il existe : ou du moins la conclusion

est légitime. »-(Rép. aux 1° OB7.C. 389 [115* sq.][G. I $12)). Les auteurs des 2% Obections blâment la conclusion de Descartes : il aurait dù conclure, prétendent-ils, « donc

nous pouvons affirmer qu'il appartient à la nature de Dieu

qu'il existe ». On s'attend à les voir objecter à Descartes l'impossibilité de passer de l'essence à l'existence. Au pyx d'un manque de logique et de quelque confusion, mais peu importe, ce n'est pas là ce qu'ils font. Après qu'on aurait corrigé comme ils le veulent la conclusion de Descartes, il resterait encore, disent-ils, à savoir si Dieu existe, car 1l existera seulement « si son essence est», c'est-à-dire si l'essence de Dieu est exempte de contra. diction. Et ils rapportent un argument conçu dans cet esprit : « S'il n'implique point que Dieu soit, il est certain qu'il existe : or, il n'implique point qu’il existe, donc, etc.» (GC. 407 [127], [G. IH 7]), argument dans lequel, disentils, la mineure fait question. Ainsi ce qui serait douteux selon les auteurs des 2° Obzeclions, ce serait non pas si le concept de l'être souverainement réel assemble en général des perfections compatibles, mais seulement si cette perfection particulière, l'existence, est compatible avec les autres éléments du concept de Dieu. On voit que ces adversaires de Descartes sont loin de poser avec netteté la question qui occupera Leibniz : le concept de Dieu estil possible? Mais il n'importe, car Descartes touchera malgré tout à la question. En effet, après avoir établi le bon droit de sa conclusion et maintenu que ce qui est dans

l'essence d’une chose est aussi dans la chose, il montre: que ses adversaires auraient dû, pour présenter comme il faut leur objection, attaquer sa majeure et la corriger ainsi : ce qui est clairement et distinctement dans l’essence d'une chose ne peut être affirmé de Ja chose que si l'essence est possible. Et alors, bien que brièvement, il répond à la question que se posera Leïbniz, et par la réponse même de Leibniz. Si vous entendez par possible ce qui est possible pour la pensée (il dit même : « pour la pensée humaine », mais peu importe), c’est-à-dire ce qui n'implique pour elle aucune contradiction, alors le concept de Dieu est possible par définition, car une contradiction n’a jamais lieu que dans et par des notions. obscures et confuses, et le concept de Dieu ne comprend. que des notions claires et distinctes. Leibniz dira qu'il ne contient que des notions positives et que des réalités comme telles ne se contredisent jamais l’une l'autre. La réponse de Descartes va donc à la vraie difficulté, et elle est pour l’histoire des idées d’une haute importance. Ce qu'il ajoute ensuite n’a plus trait au même point ; mais nous devons le signaler néanmoins, parce que c'est plein d'intérêt relativement à une autre question, celle de savoir si l'on peut admettre une réalité qui ait des exigences propres faisant échec à celles de la pensée, de sorte qu'il soit illégitime de conclure de la pensée à l'être. Si, en demandant que l'essence de Dieu soit possible, dit-il, on entend parler d'une possibilité non plus pour la pensée, mais « de la part de l’objet même », alors on soulève une objection qu'on pourra reprendre à propos de tout, mais qui au fond ne signifie rien, parce que ce qui serait sans commune mesure avec la pensée ne serait rien pour la pensée (1).

(1) « Ou bien vous feignez quelque autre possibilité de la part de l’objet même, laquelle, si elle ne convient avec la précédente, ne peut jamais être connue par l’entendement humain, et partant elle n’a pas plus de

force pour nous obliger à nier la nature de Dieu ou son existence que pour détruire toutes les autres choses qui tombent sous la connaissance

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OBJECTIONS ET RÉPONSES. : A j

Les objections de Caterus visent, avons-nous dit, le "000 passage de la pensée (nous ne disons plus d'une pensée 4 individuelle) à la réalité. Caterus estime que l’argument ‘ de Descartes est identique à un argument rapporté par à saint Thomas et réfuté par lui. Cet argument est le sui- 1 vant : le nom de Dieu signifie un être tel qu'on n’en peut sn concevoir de plus grand ; or un tel être est à la fois dans "14 l'entendement et dans la réalité; donc Dieu est, etc. # : Saint Thomas répond que la conclusion légitime serait fr seulement : donc on a l'idée que Dieu est, etc. Pour qu'on pt conclure que Dieu est, il faudrait, ajoute-t-il, admettre qu'il y a dans la nature un être tel qu’on n’en puisse concevoir de plus grand, et ce serait commettre une pétition de principe. Caterus reprend la même réponse j

et la présente encore plus clairement (1).

Descartes répond qu'il ne s’est pas placé au même + point de vue que saint Thomas. Saint Thomas avait à | examiner un argument fondé sur la signification du mot

des hommes ; car, par la même raison que l’on nie que la nature de Dieu est possible, encore qu'il ne se rencontre aucune impossibilité de la : part du concept ou de la pensée, mais qu’au contraire toutes les choses ‘ qui sont contenues dans ce concept de la nature divine soient tellement connexes entre elles qu’il nous semble y avoir de Ja contradiction à dire qu’il y en ait quelqu’une qui n’appartienne pas à la nature de Dieu, on pourra aussi nier qu’il soit possible que les trois angles d’un triangle soient égaux à deux droits, ou que celui qui pense actuellement existe : et à bien plus forte raison pourra-t-on nier qu’il n’y ait rien de vrai de toutes les choses que nous apercevons par les sens ; et ainsi toute la 4} connaissance humaine sera renversée sans aucune raison ni fondement. » | (C. 441 sq. [150% sq.] [G. II, $ 41 in fine]). — Ne disons rien de la critique que fait Descartes de l'argument : « S’il n'implique point que Dieu soit », etc. (voy. C. 442 [1514 sq.][G. II, $ 42])), car il semble qu’elle dénature laborieusement et gratuitement le sens de ce syllogisme, sans va rien contenir d’ailleurs d’intéressant. 4 (1) « Encore que l’on demeure d’accord que l’être souverainement par- F4 fait par son propre nom emporte l'existence, néanmoins il ne s’ensuit pas que cette même existence soit dans la nature actuellement quelque chose, mais seulement qu'avec le concept ou la notion de l’être souverainement parfait, celle de l’existence est inséparablement conjointe D'où vous ne pouvez pas inférer que l’existence de Dieu soit actuellement quelque chose, si vous ne supposez que cet être souverainement parfait existe actuellement ; car pour lors il contiendra actuellement toutes les perfections, et celle aussi d'une existence réelle, » (C. 366 998] [ G. II, $ 16 in fine]. 4

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