‹ Le système de Descartes;Chapitre 105 sur 171 · PER · texte numérisé non relu

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ment à soutenir que l'existence n’est pas une perfection.

Il commence par indiquer, conformément à la doctrine sensualiste, que les essences sont postérieures aux choses existantes, l’idée du triangle dérivant du triangle perçu; puis il dit assez fortement ce que Kant dira plus tard avec une force incomparable, que l'existence est d’un ordre à part. Et il ajoute que mettre l'existence au nombre des perfections de Dieu, c'est supposer ce qui est en question (1). |

Descartes répond d’abord quil y a des essences, et non pas seulement des images dérivées des perceptions sensibles. Il se défend excellemment du reproche de pétition de principe : «...je ne commets pas plutôt en ceci la faute que les logiciens nomment une pétition de principe, lorsque je mets l’existenceentre les choses qui appartiennent à l'essence de Dieu, que lorsqu’entre les propriétés du triangle je mets l'égalité de la grandeur de ses trois angles avec deux droits. » (GC. II, 291 [383°] [G. IL $ 56]) (2). Il peut être en effet question de savoir si l'existence peut entrer dans l'essence de Dieu ; mais, si elle y est comprise, on fait un raisonnement légitime en déduisant de l’essence de Dieu son existence. Sur le point

(1) « A vrai dire, soit que vous considériez l’existence en Dieu, soit que vous la considériez en quelque autre sujet, elle n’est point une perfection, mais seulement * une forme ou un acte * sans lequel il n’y en peut avoir, Et de fait ce qui n’existe point n’a ni perfection ni imperfection ; mais ce qui existe, et qui, * outre l’existence *, a plusieurs perfections, n’a pas l’existence comme une perfection singulière et l’une d’entre elles, mais seulement comme * une forme ou un acte * par lequel la chose même et ses perfections sont existantes, et sans lequel ni la chose ni ses perfections ne seraient point. De là vient, ni qu’on ne dit pas que l’existence soit dans une chose comme une perfection, ni, si une chose manque d’existence, on ne dit pas tant qu’elle est imparfaite ou qu’elle est privée de quelque perfection, que l’on dit qu’elle est nulle * ou qu’elle n’est point du tout *, C’est pourquoi, comme en nombrant les perfections du triangle, vous n’y comprenez pas l’existence et ne concluez pas aussi que le triangle existe, de même en faisant le dénombrement des perfections de Dieu, vous n'avez pas dû y comprendre lexistence, pour conclure de là que Dieu existe, si vous ne vouliez * prendre pour une chose prouvée ce qui est en dispute, et * faire de la question un principe, » (CG. 11, 201 sq. [323%] [G. Il, $ 88).

(2) Cf. lettre à Mersenne, du 16 juin 16-41, III, 3831,

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capital la réponse de Descartes est brève, mais de haute portée : « Je ne vois pas ici de quel genre de chose vous voulez que l'existence soit, ni pourquoi elle ne peut pas aussi bien être dite une propriété comme la toute-puissance, prenant le nom de propriété pour toute sorte d’attribut ou pour tout ce qui peut être attribué à une chose, selon qu'en effetil doit iciêtre pris. Mais, bien davantage, l'existence nécessaire est vraiment en Dieu une propriété prise dans le sens le moins étendu, parce qu'elle convient à lui seul, et qu'il n’y a qu’en lui qu'elle fasse partie de l'essence. » (CG. II, 291 [382% sq.] [G. II & 56})). Ce qui est ici en question, comme le comprend très bien Descartes, c’est la théorie générale de l'existence. Il s'agit de savoir si l'existence est du genre des choses sensibles, si exister c’est être perçu, ou si, au contraire, l'existence est affaire de raison.

Réserve faite de la difficulté préjudicielle de savoir si Descartes a pu passer de la pensée individuelle à Ja pensée absolue, il semble avoir apporté aux objections de ses adversaires des réponses victorieuses, ou au moins considérables. — Mais il resterait encore à se demander comment Descartes a concilié la preuve ontologique avec son volontarisme. Car comment Dieu peutil être, d’une part en vertu d’une nécessité rationnelle, de l’autre par un acte entièrement contingent de la volonté ? Il n’est pas douteux que, interrogé sur ce point, Descartes se serait réfugié dans le mystère de la nature divine. Mais il y à un fait certain, fait qui est loin de constituer une réponse à la question que nous venons de poser, car il ne nous conduit pas le moins du monde hors de la nécessité rationnelle. fait qui n’est pas cependant sans rapport avec la question dont il s’agit. Ce fait, c’est que Descartes ne comprend pas la preuye ontologique comme l'avaient sans doute comprise ceux des Scolastiques qui l'admettaient, et comme, dans tous les cas, la comprend Arnauld. Tandis que, pour ces philo-

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