‹ Le système de Descartes;Chapitre 106 sur 171 · ZA PREUVE ONTOLOGIQUE ET LE VOLONTARISME · texte numérisé non relu

ZA PREUVE ONTOLOGIQUE ET LE VOLONTARISME

sophes, la nécessité de l'existence de Dieu est purement statique, qu'elle ne signifie aucun mouvement, aucun passage d'un aspect de Dieu à un autre, pour Descartes dire que Dieu existe nécessairement, c'est dire qu'il est cause de soi. Cette expression, qu'il avait rencontrée à propos de la preuve de l'existence de Dieu par l'existence d'un être imparfait ayant l’idée de la perfection, fut vivement relevée par Caterus et ensuite par Arnauld. Et, au lieu de l’abandonner, il la maintint en l'expliquant. Pour Caterus, être par soi ne peut avoir qu'un sens, c'est, non pas être sa cause, mais n’avoir point de cause (C. I, 359 [95°] [G. IT & 9]). Arnauld répète, sous toutes les formes, qu'ilest de la nature de la cause efficiente d’être différente de son effet, et, que, par conséquent, une même chose ne peut pas être cause d'elle-même ; d'où il suit que Dieu est par son essence, c'est-à-dire simplement parce que son essence est d’être, sans qu'il y ait rien là qui ressemble à une causalité (C. Il, 21-28 [208-213] [G. II, $ 33 et sq.]). Descartes rappelle qu'il n’a jamais voulu prendre l'expression cause efliciente de soi-même au pied de la lettre. Mais il maintient énergiquement, et contre Caterus(C. 1, 381 sq. [110° sq.][G. If, $6}) et contre Arnauld (C. IT, 60-74[235%-245] [G. IL, 43 sq.]) que, quand nous disons que Dieu est par soi c’est d’une façon très positive. L'immensité d'essence, en vertu de laquelle nous disons que Dieu est, est quelque chose de positif. Et, lorsqu'on emploie celte immensité d'essence à rendre raison de l'existence, bien qu'il s'agisse de l’existence de Dieu, cette cause formelle a avec la cause efficiente un étroit rapport. La cause formelle, l'essence en tant que cause de l'existence, est comme la limite à laquelle tend la cause efliciente. On se sert de la notion de cause efficiente quand on commence à expliquer par la cause : un moment arrive où la cause efficiente cesse de pouvoir être invoquée, mais elle ne disparaît pas pour céder la place à un néant de causalité. Elle est remplacée dans son rôle, ou du moins

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dans le prolongement de ce qui a été son rôle, par une ; cause positive qui explique à ce degré suprême ce que la cause efficiente expliquait aux degrés inférieurs. La régression de cause en cause ne s’arrêterail jamais, si On n'aboutissait à une chose qui peut être en quelque façon à l'égard de soi-même ce que la cause efficiente est à l'égard de son effet (1).

On s’est demandé quelquefois si Descartes a vraiment inventé la preuve ontologique ou s'il s’en était simplement souvenu. On voit, dans tous les cas, qu'elle n'a pu entrer dans sa pensée sans se modifier profondément. Et c'est à juste titre qu'elle s’est désormais appelée la preuve cartésienne. Rappelons-nous pourtant qu'il faut refuser d'en faire la seule preuve cartésienne et que c’est aussi légitimement que Descartes avait auparavant tenté une autre voie pour sortir de soi.

(1) Rep. aux 423 obj. : « Mais, pour y répondre pertinemment, j’estime qu’il est nécessaire de montrer qu'entre la cause efficiente proprement dite, et point de cause il y a quelque chose qui tient comme le mi-, ieu, à savoir l’essence positive d’une chose, à laquelle l’idée ou le concept de la cause efficiente se peut étendre en la même façon que nous avons coutume d’étendre en géométrie le concept d’une ligne circulaire, la plus grande qu’on puisse imaginer au concept d’une ligne droite, ou le concept d’un polygone rectiligne qui a un nombre indéfini de côtés au concept du cercle. » (G. II, 65 sq. 23915 [G. II, $ 51]). « Mais pour concilier ensemble ces deux choses, on doit dire qu’à celui qui demande pourquoi Dieu existe, il ne faut pas à la vérité répondre par la cause efficiente proprement dite, mais seulement par l’essence même de la chose ou bien par la cause formelle, laquelle, pour cela même qu’en Dieu l’existence n’est point distinguée de l’essence, a un très grand rapport avec la cause efficiente, et partant peut être appelée quasi cause efficiente.…. » (C. II, 71 [2432] [G. II, $ 59). « Si je pensais qu'aucune chose ne peut en quelque façon être à l’égard de soi-même ce que la cause efficiente est à l’égard de son effet, jamais en cherchant les causes des choses, je ne viendrais à une première ». (C. 11, 72 [244$] [G. II, $ 60]), passage des Rép. aux 1r°8 obj., C. I, 379 [108%] [G. II, $ 5], rappelé par Arnauld dans ses objections (C. 11, 29 [21317] [G. I, $ 52).

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