L’IDÉE DE LA NATURE DE DIEU
sur notre entendement, qui en cela n’est point consi-
déré comme agent, mais seulement comme recevant les rayons de la divinité. Or toutes les connaissances que nous pouvons avoir de Dieu sans miracle en cette vie descendent du raisonnement et du progrès de notre discours, qui les déduit des principes de la Foi qui est obscure, ou viennent des idées et des notions naturelles qui sont en nous, qui, pour claires qu’elles soient, ne sont que grossières et confuses sur un si haut sujet. De sorte que ce que nous avons ou acquérons de connaissance par le chemin que tient notre raison a, premièrement, les ténèbres des principes dont il est tiré, et, de plus, l'incertitude que nous éprouvons en tous nos rai-
sonnements. — Comparez maintenant ces deux connais-
sances, et voyez s'il y a quelque chose de pareil en cette perception trouble et douteuse qui nous coûte beaucoup de travail et dont encore ne jouissons-nous que par moments après que nous l'avons acquise, à une lumière pure, constante, claire, certaine, sans peine et toujours présente » (1). Dans d’autres passages encore (2), Descartes insiste sur l'imperfection de notre idée de Dieu. Et peut-être cette attitude prudente n'est-elle pas au fond en désaccord avec la doctrine des idées innées, telle du moins que cette doctrine nous apparaitra à la fin de la présente leçon. Quoi qu'il en soit, l'idée de Dieu sur laquelle tous s'accordent est la notion consacrée par la Scolastique de l'être souverainement réel : « On ne saurait nier d’avoir quelque idée de Dieu, si ce n’est qu'on dise qu'on n’entend pas ce que signifient ces mots : /a chose
(1) [Au Mis de Newcastle ?] [mars ou avril ?] 1648, V, 1361,
(2) Rép. aux 17e obj. (C. 387 [1144][G. I], $ 11 mil.]) : « Pour moi, toutes les fois que j’ai dit que Dieu pouvait être connu clairement et distinctement, je n’ai jamais entendu parler que de cette connaissance finie, et accommodée à la petite capacité de nos esprits. » — Rép. aux 2es obj. (C. 426 [1402] [G. II, $ 21]) : « Enfin, lorsque Dieu est dit être inconcevable, cela s'entend d’une pleine et entière conception, qui comprenne et embrasse parfaitement tout ce qui est en lui, et non pas de
cette médiocre et imparfaite qui est en nous, laquelle néanmoins suffit pour connaître qu’il existe, »
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