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al ns plus pa a que nous puissions concevoir ; car € Me
que tous les hommes appellent Dieu. » (Rép. aux Instances C. II, 310 [IX 1, 209" ][G. IE, 11]). Bien entendu, sans
que cela exclue d’ailleurs chez Descartes la signification
morale du mot perfection, ce mot et celui de réalité sont pour lui synonymes (1).
De la définition traditionnelle, Descartes, notons-le en
passant, déduit aisément l’unicité de Dieu : « Il ne m'est pas possible, dit-il (5° /éditation C, 316 [68%] [G. S5})), de concevoir deux ou plusieurs dieux tels que lui. » Et dans le Ms. de Gœttingen (V,A61 haut), il explique pourquoi : « Omnes omnino perfectiones.. solum in uno », et d’ailleurs il n’y aurait pas de summus, s il y! avait D lnsioure êtres tous parfaits.
* Mais en somme tout l'intérêt que peut présenter la théologie de Descartes, dans la partie où elle ne fait que tourner autour de la tradition, se concentre aux environs de deux points : l’ubiquité et l'éternité de Dieu.
Dieu est souverainement parfait, il possède donc toutes les réalités ou perfections, pour autant qu'elles sont bien telles, et ainsi il faut lui attribuer en ce sens toutes les perfeclions que nous connaissons. Telle
st, pourrait-on dire, ia méthode pour déterminer les attributs de Dieu (2). Mais attribuerai-je à Dieu l’étendue, pour cette raison que c'est une réalité et pour cette autre raison que Dieu doit être partout ? Il y a dans la
(1) Voy. p. ex. le résumé géométrique des Méditations qui termine les Rép. aux 2° obj., axiomes 1v et vi, C. I, 458 sq. [1651 ; pour l’ax. vi le texte latin porte seulement gradus realitatis, sive entitatis], [G. II,$ 47 sq].
(2)-Voy. Discours, 4° part. : « Car, suivant les raisonnements que je viens de faire, pour connaître la nature de Dieu, autant que la mienne en était capable, je n'avais qu’à considérer, de toutes les choses dont je trouvais en moi quelque idée, si c'était perfection ou non de les posséder ; et j'étais assuré qu'aucune de celles qui marquaient quelque imperfection n’était en lui, mais que toutes les autres y étaient : comme je voyais que le doute, l’inconstance, la tristesse, et choses semblables n’y pouvaient être, vu que j’eusse été moi-même bien aise d’en être exempt. » (VI, 377 [Q. $ 4]). Cf. aussi Prince. I, 22, et encore, sous les mêmes réserves que plus haut, le Ms. de Gaœttingen, V, 158, première moitié de la page.
DIEU ET L’ÉTENDUE. — L'UBIQUITÉ. 221 nature de l'étendue, ou du moins de l’étendue corporelle, si toutefois on peut distinguer les deux choses chez Descartes, une imperfection évidente. C’est celle
qui, sous différents aspects, a frappé de bonne heure les
philosophes et leur a fait prendre la quantité, et spécia-
lement l'étendue, pour le principe de l’individuation, ou, comme disent d'autres philosophes, pour la caractéristique de l’être sensible. Cette imperfection consiste en ce que l'étendue a des parties au sens le plus fort du mot, des parties mutuellement exclusives l’une de l’autre, de sorte que l’être étendu est divisé d’ave: luimême et sans cesse menacé de tomber en poussière : «.. la nature du corps enferme plusieurs imperfections ; par exemple que le corps soit divisible en parties, que chacune de ces parties ne soit pas l’autre, et autres semblables : car c'est une chose de soi manifeste que c’est une plus grande perfection de ne pouvoir être divisé que de le pouvoir être, etc. » (Réponses aux 2° Obj., C. 4241138 “|[GIIS 17]. En conséquence, Descartes proclame que Dieu est : « Et encore qu’en cette Méditation j'aie seulement traité de l'esprit humain, * elle n'est pas pour cela moins utile à faire connaître la différence qui est entre la nature divine et celle des choses matérielles *. Car je veux bien ici avouer franchement que l’idée que nous avons, par exemple, de l’entendement divin ne me semble point différer de celle que nous avons de notre propre entendement, sinon seulement comme l'idée d’un nombre infinidiffère de l’idée du nombre binaire ou du ternaire, et il en est de même de tous les alr'2xts de Dieu dont nous reconnaissons en nousquelque vestige. » (GC. 422 [137% [G. I Ç 44] ; cf. C. 421 [136*°, |[G $ 13}). Dans le Discours, Descartes avait déjà dit la même chose, en ajoutant une raison du mé:ae ordre pour exclure l'adjonction de l'étendue : «... pour ce que j'avais déjà connu en moi très clairement que la nature intelligente est distincte de la corporelie ; considérant
que toute composition témoigne de la dépendance et que la dépendance est manifestement un défaut, je jugeais de là que ce ne pouvait être une perfection en Dieu d'être composé de ces deux natures, et que par conséquent il ne l’étaitpas.…. » (4° partie, VI, 35 *)[G.Ç 4). Contre Morus qui croit que, sans faire Dieu corporel, il faut le faire étendu afin de fonder en lui l’attribut d’ubiquité, Descartes maintient ou entend maintenir au fond sa position, et il pense pouvoir accorder à Dieu une étendue de puissance qui n'enveloppe aucune étendue proprement dite (1).
Mais il y a une difficulté qui n’est pas résolue. Peutêtre l’ubiquité de Dieu est-elle moins aisément concevable que ne le pense Descartes, si l'étendue, au lieu de se ramener, par exemple, à être l’une des idées de Dieu, est absolument hétérogène à la nature divine. Laissons pourtant cette question de côté. Il y en a une autre beaucoup plus grave. L'étendue selon Descartes a une réalité propre. Comment donc cette réalité peut-elle manquer à l'être souverainement réel ? Sans doute il y a une réponse facile, que Descartes n’a pas manqué de faire en diverses rencontres : c'est que la nature spirituelle contient éminemment la perfection de l'étendue. Seulement cette réponse n'est pas au fond tres claire. Et c'est pourquoi ses disciples ont senti le besoin de l’expliquer ou de la remplacer. Malebranche a mis en Dieu l'étendue intelligible, et Spinoza, l'étendue sans parties, c'est-àdire sans doute l'étendue réellement indivisible. Il est curieux de voir que, poussé par Morus, Descartes approche un moment de la conception de Spinoza : « Quamwis autem in extensione habitudinem partium ad invicem facile comprehendamus, videor tamen extensionem optime percipere, quamvis de habitudine partium ad invicem plane non cogitem. Quod debes etiam potiori
(1) Lettre du 5 févr. 1649 (V, 269%5-270%) et projet de lettre d’août 1649 (ibid., 4032-17),