ORDRE A SUIVRE DANS L'ÉTUDE DE LA PHILOSOPHIE DE DESCARTES
Nous no nous interdirons pas de rechercher sur des points particuliers, si oela nous paraît utile, les antécédents de la doctrine cartésienno, ni de demander çà et là à la biographie de l’auteur les lumières qu'elle pourra nous fournir, Mais nous croyons avoir indiqué, relativemont à la question des antécédents et à la biographie, presque toutes les généralités indispensables. Dès maintonant donc nous sommes en présence de l'œuvra de Doscartes, el, pour commencer, nous avons à nous demander dans quel ordre il convient de l'étudier.
IL y a évidemment deux sortes d'ordres pour l'étude d'une doctrine : l'ordre chronologique suivant lequel elle s'est produite, l'ordre systématique qu'elle présente une fois constituée, Personne ne niera que l'historien doit faire connaitre l'un et l'autre. Mais ce n'est pas la question, I s'agit de savoir s'il y a lieu de choisir entre les deux, et lequel des deux il faut choisir lorsqu'on vout faire comprendre et, autant que possible, expliquer la pensée de l'auteur que l'on expose, Bien qu'il soit
diflicile d'apporter une réponse générale, car il est vrai
dans une large mesure que la réponse doit, en pareille malière, varier avec les espèces, voici pourtant ce qu'on peut dire, Au premier abord, l'ordre chronologique appa-
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En A
\à ‘raitra probablement comme seul acceptable, On pensera en effet que, d'une part, il est synonyme d'ordre histo-
rique, et que, par conséquent, il est le guide obligé de ue l'historien dans l'exposition des faits. Ensuite, si l'on Ca accorde à l'historien de la philosophie (soit à titre d'his- |
torien, soit à titre de penseur réfléchissant sur l'histoire, peu importe ici) le droit de compléter l'exposé des faits »: par un essai d'interprétation et d'explication, l'ordre chronologique semblera se confondre avec l'ordre géné- a tique et, à ce titre, passera pour le plus explicatif, a Bientôt cependant on soupçonnera que l'ordre chrono- | logique, purement et rigoureusement chronologique, est difficile à atteindre, et d'autre part que, fût-il atteint, il serait loin de satisfaire dans tous les sens au besoin d'expliquer. IL est malaisé de dire quel est exactement le premier terme d'un développement quelque peu complexe, et, par conséquent, l’ordre chronologique pèche dès le point de départ. Quant à la valeur explicative des antécèdents chronologiques, la supposer absolue c'est s'engager à comprendre l'histoire en pur matérialiste. Or, Sil y à un terrain où cette attitude soit peu commode à tenir, c'est sans doute l'histoire des idées. Car, sur ce terrain plus que partout ailleurs, on a de la peine à se rendre compte des objets qu'on étudie lorsqu'on laisse de côté toute espèce de considération de forme et d'unité. Bien donc qu'assurément l'ordre chronologique soit instruetif pour une part, en tant que, selon la vieille distinction platonicienne, il nous révèle, à défaut des raisons d'être d'une doctrine, ses conditions préalables et ses éléments, il paraît impossible de s'en tenir à lui. En fait de doctrines comme en fait d'êtres vivants, ce qui est premier au sens rationnel du mot c'est la chose parfaite et non pas le germe, ou plutôt, afin de rester dans le temps, ce qui est premier c'est bien le germe, mais un germe n'est pas une pure et simple condition élémentaire. Il porte en lui déjà l’idée créatrice, la notion du tout. Par conséquent,