‹ Le système de Descartes;Chapitre 112 sur 171 · EN QUEL SENS DIEU EST INFINI · texte numérisé non relu

EN QUEL SENS DIEU EST INFINI

quelques lignes qui, à elles seules, seraient suffisamment caractéristiques et que Kant ne désavouerait pas : « … Deum... non esse considerandum nisi qualem omnes boni esse cuperent, si deesset,... » (V, 402%). Mais pour Descartes un être moral est un être libre. Or, nous savons déjà, et nous verrons de nouveau tout à l'heure, quelle notion absolue il s'est fait de la liberté.

Descartes, comme nous l’avons constaté en exposant sa théorie de la pensée, a été vraiment le révélateur du

rôle du sujet dans la pensée. Il n'eut qu'à porter sa tendance subjectiviste dans l'étude de la pensée divine pour se trouver entrainé, n'ayant plus ici de contrepoids inévitable, à sacrifier complètement la part de l'objet.

Telles sont sans doute les principales raisons, dues les unes à son éducation et à son milieu, les autres à ses tendances et à ses réflexions propres, qui ont conduit Descartes à une notion de Dieu très différente de celle que nous avons trouvée chez lui jusqu'à présentet à laquelle d’ailleurs il ne renonce pas. Jusqu'ici nous avons dit du Dieu de Descartes qu'il était parfait. Il en dit de même qu'il est infini. Or il se rend mieux compte que qui que ce soit de ses devanciers de la force de ce terme au sens où il l’applique à Dieu, car la théologie chrétienne et scolastique l’'employait sans doute, mais non dans un sens aussi fort. Dès lors, on a le droit d’éprouver quelque surprise, quand on voit Descartes employer constamment les deux mots de parfait et d'infini comme synonymes. Le parfait, c'est évidemment le déterminé et l'acte (4). L'infini, de son côté, est non moins évidemment indétermination et puissance. Comment donc les deux choses peuvent-elles se concilier ? Selon Descartes, Dieu est infini parce qu'il est parfait, et parfait

(1) Descartes ne se fait pas faute de dire souvent que Dieu est tout en acte, p. ex. 3° Médit. : « l’idée que j’ai de la divinité, dans laquelle rien ne se rencontre seulement en puissance, * mais tout y est actuellement et en effet *, » (CG. 283 [4a72][G. $ 19).

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M: (Ur , r te Se DESCARTES. :

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| | FE UNET parce qu’il est immense et infini. Mais peut-être a-til

plutôt aflirmé qu'établi la mutelle subordination des deux termes. Eu

Quoi qu'il en soit, voyons en quel sens il a dit que Dieu est infini. Descartes, lorsqu'il s’agit de la quantité, est très volontiers infinitiste. Il l’est sans reculer devant la contradiction du nombre infini et sans dire, comme Leibniz, qu'il peut y avoir des multitudes, mais non des totalités infinies. A la vérité il parait ne pas se prononcer sur la possibilité du nombre infini dans les Réponses aux 2° Objections (1). Mais dans sa lettre sur l’Achille de Zénon, il suppose sans façon qu'on peut sommer l'infini (2). Ailleurs (3), il dit qu’il est possible à Dieu de terminer une division infinie, et, dans les Principes (LI, 34), qu'une telle division existe actuellement dans la matière. Pourtant ce n’est pas cette infinité numérique qu'il tient à attribuer à Dieu. Même si des raisons de prudence lui ontinspiré la distinction de l'indélini et de l'infini, cette distinction est justifiée par des considérations sérieuses. L'indéfini est ce qu'on n'a pas de raisons pour renfermer dans des bornes, mais que Dieu peutêtre connait comme borné ; l'infini, au contraire, est ce qui a une raison positive d’être sans bornes (4). L’indé-

(1) « Par exemple, de cela seul que j’aperçois que je ne puis jamais, en nombrant, arriver au plus grand de tous les nombres, et que de là je connais qu’il y a quelque chose en matière de nombrer qui surpasse mes forces, je puis conclure nécessairement, non pas à la vérité qu’un nombre infini existe, ni aussi que son existence implique contradiction, comme vous dites, mais. » (C. 425 [1398][G. II, $ 19)).

(2) À Clerselier, juin ou juill. 1646, IV, 4454 sqq.

(3) À Morus, 5 fév. 1649 : « …etsi.. non possim numerare omnes partes, in quas [materies] est divisibilis earumque idcirco numerum dicam esse indefinitum, non tamen possum affirmare illarum divisionem a Deo nunquam absolvi, quia scio Deum plura posse facere, quam ego cogitatione mea complecti.. » Et il renvoie à l’art. des Prine. mentionné ci-après (V, 273?7 sq.).

(4) « En premier lieu, je me souviens que le cardinal de Cusa et plusieurs autres Docteurs ont supposé le monde infini, sans qu'ils aient jamais été repris de l’Église pour ce sujet ; au contraire, on croit que c’est honorer Dieu que de faire concevoir ses œuvres fort grands. Et mon opinion est moins difficile à recevoir que la leur, pour ce que je ne dis

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