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L’IDÉALISME CARTÉSIEN. 239 être soumis à la critique par une comparaison des sensations entre elles et avec les faits consignés dans la mémoire. Or Descartes saute immédiatement de la première à la seconde : « et pouvant presque toujours me servir de plusieurs d'entre eux pour examiner une même chose, et, outre cela, pouvant user de ma mémoire pour lier et joindre les connaissances présentes au passées, et de mon entendement qui a déjà découvert toutes les causes
de mes erreurs, je ne dois plus craindre désormais qu'il
se rencontre de la fausseté dans les choses qui me sont le plus ordinairement représentées par mes sens. » (C. 349 [89] [GS 23])). C'estque, en réalité, la fin de la 6° Méditation traite une question tout à fait différente de celle dont ilétait parlé auparavant. Cette question n’est plus celle de l’existence des choses matérielles, c’est celle de la réalité empirique des phénomènes saisis par les sens. Descartes montre que certains d'entre eux sont, comme dira Leibniz, phænomena bene fundata(à Des Boss:s 11, Erdm. 436 b,”) ou, comme dira encore Leibniz, qu'il y a un modus distinquendi phænomenarealia ab imaginariis (Erdm. LXIE, 442 sqq.). Et la fin de la 6° Méditation, parfaitement pensée en elle-même, contient en somme tous les arguments de Leibniz (1). Il n’y a donc pas à s’ytromper : Descartess’est
(1) « Et je dois rejeter tous les doutes de ces jours passés comme hyperboliques et ridicules, particulièrement cette incertitude si générale touchant le sommeil que je ne pouvais distinguer de la veille ; car, à présent, j'y rencontre une très notable différence, en ce que notre mémoire ne peut jamais lier et joindre nos songes * les uns avec les autres, et * avec toute la suite de notre vie, ainsi qu’elle a de coutume de joindre les choses qui nous arrivent étant éveillés. Et en effet, si quelqu'un, lorsque je veille, m’apparaissait tout soudain et disparaissait de même, comme font les images que je vois en dormant, en sorte que je ne pusse remarquer ni d’où il viendrait, ni où il irait, ce ne serait pas sans raison que je l’estimerais un spectre ou un fantôme formé dans mon cerveau * et semblable à ceux qui s’y forment quand je dors *, plutôt qu’un vrai homme. Mais lorsque j’apefçois des choses dont je connais distinctement et le lieu d’où elles viennent et celui où elles sont, et le temps auquel elles m’apparaissent, et que, sans aucune interruption, je puis lier le sentiment que j’en ai avec la suite du reste de ma vie, je suis entièrement assuré que je les aperçois en veillant et non point dans le sommeil. Et je ne dois en aucune façon douter de la vérité de ces choses-