L'IDÉALISME CARTÉSIEN
Ainsiilest-bien vrai que Descartes s’est posé, implicitement au moins, un problème voisin de celui de Kant,
ou identique à lui. Mais d’abord ce problème se présente
dès maintenant comme accessoire chez Descartes, et en
outre, quoi qu'en pense Kant, Descartes a résolu le pro-
blème dans le même sens que Kant, ainsi que nous venons de le voir, et, sil s’est interrogé sur la réalité empirique des phénomènes étendus, ç'a été pour répondre
par le réalisme et non par l’idéalisme empirique. Il semble
donc que Kant a été doublement malheureux en définissant la doctrine de Descartes un idéalisme empirique. N'allons pas trop vite cependant et songeons à la raison sur laquelle Kant appuie sa définition. Cette raison, c'est que Descartes accorderait aux phénomènes internes ou psychiques un privilège de réalité. Et n'est-ce pas ce qui résulte de la fameuse thèse que l'âme est plus aisée à connaître que le corps ? Qu'on se reporte notamment au commencement de la 4 Médiation (1) et au passage de la 2° Méditation que le début de la 4° résume (2). Nous croyons que ces passages n'ont pas le sens que leur prête Kant et qu'ils ne signifient pas que les phénomènes psychiques sont, comme phénomènes, plus réels ou, ce qui constituerait en leur faveur un préjugé de réalité plus grande, qu'ils sont plus connaissables
ici ma physique avec les pures mathématiques, auxquelles je souhaite surtout qu’elle ressemble. » (C. II, 312 sqq. [IX 1, 212? sq.][G. II, $ 16 )).
(1) « Je me suis tellement accoutumé ces jours passés à détacher mon esprit des sens et j’ai si exactement remarqué qu’il y a fort peu de choses que l’on connaisse avec certitude touchant les choses corporelles, qu’il y en a beaucoup plus qui nous sont connues touchant l'esprit humain, et beaucoup plus encore de Dieu même... » etc.
(2) C. 260 sqq. [331-#][G. $ 12]: « Mais enfin que dirai-je de cet esprit, c’est-à-dire de moi-même ? Car jusqu'ici je n’admets en moi rien autre chose que l’esprit. Quoi donc ? moi qui semble concevoir avec tant * de netteté et * de distinction ce morceau de cire, ne me connais-je pas moi-même, non seulement avee bien plus de vérité et de certitude, mais encore avec beaucoup plus de distinction et de * netteté * ? Car, si je juge que la cire est ou existe de ce que je la vois, certes il suit bien plus évidemment que je suis ou que j’existe moi-même de ce que je la wois ; Car il se peut faire... » etc. jusqu’à la fin de l’alinéa,