L'IDÉALISME CARTÉSIEN
lorsqu'il a envisagé la possibilité de l'idéalisme ? C'est
un problème entièrement différent de celui de Kant. Kant ne se demande pas s’il y a, sous les apparences, des choses en soi. Il prend l’affirmative pour accordée et tient l'hypothèse opposée pour une absurdité. Mais comme il a fait rentrer l’espace dans la pensée, il ne peut pas faire porter l'affirmation sur les choses étendues, et celles-ci ne peuvent plus avoir qu’une réalité dans la pensée, et, dans la pensée sensible, une réalité empirique. Descartes, au lieu de prendre peur accorder qu'il y a des choses, met ce point en question, et, comme il n’a pas fait rentrer l'espace dans la pensée, il se demande si les choses étendues ne seraient pas des choses en soi. En un sens donc, il est très en arrière de Kant, puisqu'il se demande si des ohjets que Kant regarde avec raison comme des phénomènes n'auraient pas une réalité autre encore qu'empirique. Cependant, en un autre sens, il va plus loin que Kant, puisqu'il se demande s’il y a des choses en soi. Et sans doute il répond qu'il y en a. Mais, s’il avait répondu que non, son idéalisme se serait trouvé beaucoup plus radical que celui de Kant, puisque : 1° il aurait admis, avec Kant, que les objets étendus n'ont qu'une réalité phénoménale ; et 2° que rien au monde n’a une autre réalité que la réalité phénoménale ou, si l'on préfère, que la réalité dans et pour la pensée. C'est par cette manière absolument générale de poser le problème idéaliste que Descartes est la source de tout l'idéalisme moderne et que Kant lui-même est enveloppé dans la pensée cartésienne et ne fait qu'en creuser une portion restreinte.
Voilà done, dans ses grandes lignes, le problème que Descartes se pose. Mais il faut le déterminer plus précisément. Je pense (en d’autres termes, il y a pour moi des idées), et je suis. Je suis, non pas précisément comme âme, car mon existence comme âme ne sera établie que corrélativement avec l'existence des choses ; je suis
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comme sujet de la pensée, à peu près comme est le moi pur de l'aperception kantienne, avec cette différence seulement que le moi de Descartes est individuel. Mom existence est saisie par intuition. Faut-il, par inférence et en s'appuyant sur l'idée de cause, admettre d’autres réalités correspondant aux idées que j'en ai ? Une première réalité extérieure à moi est celle de Dieu, dont nous n'avons plus à parler ici. La question présente est par conséquent celle-ci : y a-t-il autre chose que Dieu et moi ? Ayant ainsi posé la question, Descartes aurait pu demander : y a-t-il d’autres êtres pensants que moi? Il demande seulement: y a-t-il des choses matérielles en dehors de Dieu et de moi ?
= Nous devons nous arranger pour voir de près comment Descartes aborde et résout le problème ainsi limité, car il est moins facile qu'on ne le croit quelquefois d’exposer en deux mots la réponse de Descartes.
Suivons la 6° HMédilation. 1 peut y avoir des choses matérielles en tant qu'elles sont l'étendue, ou l’objet dela géométrie, puisque j'en ai une idée claire et distincte, donc exempte de toute contradiction ou impossibilité (C. 322 {71#-*][G$ 1]). Une première raison de croire qu'il y a effectivement des corps, c’est l'existence en moi d'une imagination des figures géométriques. Car, premièrement, je ne puis imaginer sans une certaine contention et sans une certaine fatigue, états qui paraissent étrangers à la pensée pure. Secondement, imaginer c'est encore avoir conscience eten ce sens penser ; cependant je serais un être pensant même si je n'imaginais point, de sorte que l'imagination est quelque chose d’ajouté à mon essence
comme un accessoire et n'a point par conséquent sa rai-
son dans mon essence, Cette raison, on la trouverait très bien dans l’existence d’un corps qui collaborerait avec la pensée. Mais il n’est pas dit que ce soit là la seule explication possible, et, par conséquent, le fait que nous imaginons les figures géométriques rend seulement
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