L’EXISTENCE DES CHOSES MATÉRIELLES
probable l'existence des corps (C. 322-325 [71-731 [G. 1-3])— Maisj imagine et, de plus, je sens beaucoup d’autres choses que des figures géométriques. Le fait de sentir tous ces objets en prouve-t-il l'existence (C. 325 sq. [74 ®][G.<$ 2]? — Je l'ai cru longtemps. Je sentais mon
lui des sentiments comme la faim. Je sentais hors de moi des choses étendues et en outre pourvues de différentes qualités. Je croyais sentir médiatement à travers mes idées et comme leur cause des choses différentes de ma pensée. Mes raisons de me fier à cette croyance étaient que mes sensations étaient involontaires, que les idées qu’elles me donnaient étaient d’une vivacité particulière,
que ces idées étaient antérieures chez moi à celles que je
tirais de ma pensée même, enfin que j'éprouvais combien ma liaison avec mon corps était étroite. Comme d'ailleurs je ne voyais point de rapport rationnel et explicable entre un sentiment tel que la faim et l'état de l'estomac qui
la cause ; comme mes jugements touchant les objets des
sens en général s'étaient formés en moi avant la réflexion, je concluais que c'était la nature qui dictait tout ce que m'apprenaient mes sens (C. 326-329 [74 * 76*][G. 5) — Mais diverses expériences et réflexions sont venues ruiner ma fui au témoignage des sens : la tour carrée qui de loin paraît ronde, l'illusion des amputés, le fait du rêve, la remarque que l'évidence des sens peut être trompeuse, puisque je ne savais pas quel était l’auteur de mon être. Quant aux deux principales raisons que je m étais données pour fortifier ma foi instinctive au témoignage des sens, le fait que c'était la nature qui me parlait par ce témoignagne ne prouvait rien, puisque la nature me trompe quelquefois touchant le bien et le mal, et, quant au caractère involontaire des sensations, il pouvait s'expliquer, me disais-je, par ceci que mes sensations étaient le produit d’une faculté résidant en moi,
corps entre d'autres corps d’où il recevait diverses com-. modités et incommodités, et, d'autre part, j éprouvais en
Te
bien qu'encore inconnue de moi (C. 329-331 76.77%] [G. & 6, 7)). :
C'est là que j'en étais avant de me connaitre et de connaitre l'auteur de mon être. Mais, maintenant que je me connais et que je connais Dieu, la question change de face, et je puis espérer sortir de tous mes doutes sur l’existence des choses matérielles.
Tels sont les préliminaires de la démonstration que Descartes va donner de l'existence des choses matérielles. Nous allons d'abord en résumer la partie essentielle
d'une manière un peu vague, conforme à la tradition, et
exposer les parties secondaires et accessoires de la démonstration. Nous reviendrons ensuite sur la partie essentielle, pour la considérer de plus près.
La partie essentielle de l'argumentation de Descartes revient en gros à quelque chose comme ceci. Je ne trouve point en moi de moyen pour expliquer mes idées des choses matérielles sans supposer l'existence de ces choses, et au contraire j éprouve une très grande inclination à croire que ces idées me sont envoyées par des choses, semblables à elles. Fieu m'a donc laissé en face de cette inclination sans me mettre en mesure de la combattre, ni de remplacer par une meilleure l'explication à laquelle elle me conduit. Dès lors il est inévitable que l'existence
des choses matérielles s'impose à moi: il ne dépend pas
de moi de ne pas l'admettre. Si donc c'est une erreur que de l’admettre, l'erreur ne vient pas de moi : elle vient de Dieu, ou, autrement dit, Dieu me trompe. Mais, à présent que je connais Dieu, je sais bien qu'il n'est pas trompeur. Par conséquent l'existence des choses matérielles est nécessairement une vérité. Ce n’est pas une vraisemblance, c’est une thèse démontrée.
Il reste seulement à en préciser la portée, afin de prévenir certainesobjections, etàréfuter d'autres objections, spécieuses mais non fondées, qu'on pourraitélever contre elle.
Les choses matérielles ne soxt pas entièrement telles
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