‹ Le système de Descartes;Chapitre 127 sur 171 · L’EXISTENCE DES CHOSES MATÉRIELLES · texte numérisé non relu

L’EXISTENCE DES CHOSES MATÉRIELLES

lement, comme il arrive lorsque le goût agréable d’un mets empoisonné nous porte à le manger, la réponse est facile : elle n’a pas en effet à connaître du fait: que le mets est empoisonné ou non, mais simplement de son goût. — Lorsque la nature nous mène directement à l'erreur, comme dans le cas où la sécheresse du gosier porte l'hydropique à boire, le cas est plus embarrassant. Il ne faudrait pas répondre que la nature est toujours

la nature, aussi bien dans l'hydropique que dans

l’homme sain, de même qu’une horloge obéit aux lois de la nature, aussi bien lorsqu'elle est dérangée ou mal faite que lorsqu'elle est en bon état. Car la nature à laquelle nous nous rélérons n’est pas, comme celle dont l’horloge fait partie, entièrement étrangère à l'esprit ; c’est la nature de l'homme comme composé de corps et d'esprit. Elle est faite pour renseigner sur le bien et le mal relativement au composé, et, par conséquent, lorsqu'elle porte l’hydropique à boire, elle est cause de désordre et d'erreur. Comment donc faut-il résoudre la question ? Il faat dire que la nature du composé ne peut pas n'être pas sujette à certaines erreurs, et que seulement elle est telle qu’elle en commet le moins possible. L'esprit et le corps élant ce qu'ils sont, l'erreur de l’hydropique et les erreurs de localisation ne pouvaient être évitées, et elles résultent de la disposition la plus sage et la meilleure qu on puisse concevoir dans le monde (1). Les erreurs de localisation et celle de l'hydropique sont des raretés et des exceptions. Il reste que, d’une manière générale, la nature ne nous trompe pas et que, par conséquent, nous sommes fondés à la suivre quand elle nous incline à admettre l'existence des choses matérielles, à condition bien entendu de n’attribuer à ces choses que les propriétés indépendantes de nous. :

(1) Voy. 6e Méd. (GC. 343-347 [8518-8818] [G. II, $ 18 sq.]). Descartes invoque ici en somme ce qu’on appellera dans Malebranche le principe des lois générales Voy. Ms. de Gœætt. V, 163 bas et sq.

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Revenons maintenant sur la partie principale de démonstration de l'existence des choses matérielles et, | pour commencer, donnons-en une analyse serrée. 4 D: Je considère mon essence et Je vois que ce qui la constitue complètement, c'est la pensée. Donc l'essence de ce qui est étendu est rejetée hors de moi et ne peut avoir en moi sa substance. Outre mon essence, ily a en moi | des attributs qui enveloppent la pensée, mais qui pourtant ne lui sont point essentiels, qui sont donc pour moi des accidents : savoir les facultés d'imaginer et de sentir. Ces facultés ont donc leur origine dans quelque chose d'autre que la pensée. En second lieu, il y a en moi des facultés qui ne supposent pas du tout Ja pensée : par exemple les facultés de changer de lieu et de me mettre en telle ou telle posture. Ces facultés qui enveloppent l'étendue doivent avoir un sujet d'inhérence, et ce sujet ne peut pas être moi. Enfin je trouve encore en moi une faculté passive de sentir : elle suppose une faculté active de faire sentir. Cette faculté active peut-elle être en moi ? Non, car d’abord elle n’en- ; veloppe aucunement la pensée, et en second lieu elle est Ë

indépendante de ma volonté. Donc cette activité doit résider dans une substance qui contienne formellement ou éminemment la réalité qui est objectivement dans Îles

idées que la dite activité produit en moi. Si la cause des idées des choses matérielles contient éminemment Ja È réalité qui est objectivement dans ces idées, celte cause 3

peut être Dieu, ou une substance plus noble que les corps, bien qu'inférieure à Dieu. Mais ces deux dernières suppositions sont impossibles, d'abord parce que Dieu n’a mis en moi aucune faculté qui me permette de SP saisir et de reconnaître l’action qu'il exercerait sur moi, k ou-qu’exercerait une substance plus noble que les corps ; ensuite parce que Dieu a mis en moi au contraire une très grande inclination à croire que les idées des choses | matérielles viennent des corps. Si donc Dieu n'est pas

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