ROLE DES DÉS CLAIRES “ET DISTINCTES
LEE la vérité est qu'une réalité formelle répond
hors de nous à la réalité objective des idées des corps, "2
ou que les corps existent. 70
S- Voila donc la démonstration cartésienne de l'exis-
tence des corps. Pour achever de la faire comprendre,
nous n'avons plus qu’à insister sur deux points : le rôle
des idées claires et distinctes et le rôle de la véracite | LEE
divine dans cette démonstration. EST.
On a vu combien Descartes est loin de débuter par |
nous mettre en présence de l’inclination qui nous porte F.
a croire à l'existence des corps. Elle vient seulementà la 4
fin de sa démonstration, et, dans toute la phase prépa- ù*
ratoire, la pure analyse des idées tient une grande place. K:
On peut dans cette phase préparatoire distinguer trois
points. En premier lieu, Descartes oppose fortement :
… l'esprit etles corps. Sans doute, dans cette opposition, il 3
n'est pas seulement question de l'essence de l'espritet à de celle des corps, il est question aussi de la substance ‘0 de l'esprit et de celle des corps, et, sous ce dernier rap-
| port, Descartes recourt déjà à la véracité divine, comme À
- nous le dirons tout à l'heure. Néanmoins, l'opposition E"
des substances ne fait que consacrer et compléter celle des essences, et la première assise de la démonstration - de l'existence des corps consiste bien en ceci : qu'iln'ya
de place dans l'essence de l'esprit pour aucune des pro-
priétés des corps. — En second lieu, Descartes réfute par un appel à sa définition de la pensée l'hypothèse que : les idées des corps pourraient être produites par nous. On se rappelle avec quelle force il a indiqué plusieurs fois que nous pourrions posséder une faculté inaperçue de produire nos sensations. On se rappelle aussi comment dans la 3° Wé-litation il a déclaré que mon esprit, #4 ayant plus de réalité que les corps, pourrait être la cause ; de la réalité objective contenue dans les idées des corps (GC. 280[45°][G.$14}). lla répété cette déclaration (C. IT, 269 | en bas [367%] [G. IIS 32/), pour répondre à une objection ee
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252 DESCARTES. TM © ee.
raspistes n'a pas manqué de lui faire remarquer combien un tel langage risquait de rendre malaisée une démonstration de l'existence des corps (III, 404"). Descartes répond à Hyperaspistes en disant que nous avons conscience de ne pas produire les idées des corps, ce qui suppose le principe qui lui est cher et découle de sa définition de la pensée, savoir que la conscience est adéquate à l'esprit (1). En troisième lieu enfin, Descartes, comme on l'a vu, déclare que les idées des choses sensibles ne peuvent pas être produites en nous par Dieu ou par un être plus noble que les corps, attendu que nous n'avons pas de faculté spéciale pour saisir cette production. — Ainsi sa démonstration de l'existence des corps est fortement préparée par une analyse de notions, par des raisons empruntées aux idées claires et distinctes.
Ilest vrai cependant qu'elle ne s'achève pas et ne
saurait s'achever en restant sur ce terrain. Si on prend
cette démonstration telle qu'elle est donnée dans le 4 article de la 2° partie des Principes (C. 120 sqq. VII 1, 40), on peut croire au premier abord que, de l'opposition d'essence entre l'esprit et les corps, Descartes passe immédiatement à l'opposition de substance et que l'appel à la véracité divine est un ingrédient superflu. Mais c’est là une erreur. Je vois que je suis une substance, mais peut-être ne vois-Je pas que ma substance ne peut rien contenir de plus ni de moins que ce que je conçois dans son essence ; dans tous les cas il est certain que je ne vois pas la substance des
(4) III, 4282 sq. : « Denique, quamvis concedam ideas rerum corporalium, atque etiam non quidem totum hunc mundum visibilem, ut objicitur, sed ideam tot rerum quot sunt in hoc mundo visibili, ab humanäâ mente produci posse, non ideo recte infertur nos scire posse an quid corporeum sit in rerum natura, nec ad ullas angustias deducunt meæ opiniones, sed tantum illationes perperam ex ïiis deductæ, non enim rerum materialium existentiam ex ea probari, quod earum ideæ sint in nobis, sed ex eo quod nobis sic adveniant, ut simus conscii non a nobis fieri sed aliunde advenire. »
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de Gassendi (ibid. I, 150 mil. [293] [G. IL $ 41], etHype-
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Fe D L’APPEL A LA VÉRACITÉ DIVINE.
corps et que je ne sais nullement si à cetite essence claire et distincte, que j'attribue aux corps, une substance répond. La substance non pensante est en elle-même obscure et mystérieuse et elle projette son obscurité jusque sur les confins de la substance pensante. C'est pourquoi l'appel à la véracité divine est indispensabie lorsqu'il s’agit d'affirmer quelque chose sur la substance matérielle, ou même sur la substance spirituelle en tant qu’elle touche à la précédente. J'ai une tendance à croire que l'esprit et les corps sont deux substances distinctes comme ils sont deux essences distinctes. Mais, pour avoir le droit d'étendre aux substances ce que je conçois
des essences, pour avoir le droit de traiter les substances
comme je traite les idées claires et distinctes, il faut que je sache que les substances sont l'œuvre de Dieu. C’est seulement parce qu'elles sont l'œuvre de la pensée suprême quelles répondent infailliblement à ce que la pensée qui est en moi est portée à en affirmer.
Telle est en définitive la démonstration cartésienne de l'existence des corps. Elle est dans le système, rigoureuse sous deux conditions. La première est d'admettre que la véracité divine puisse être comprise comme elle l'a été par Descartes, c'est-à-dire comme parlant à la raison et autorisant la raison à étendre ses affirmations aux choses de fait : Malebranche (Recherche de la vérité, VI éclaire.) objectera qu’une chose de fait, comme la création des corps, ne peut nous être apprise que par un acte particulier de Dieu, par une révélation. La seconde condition requise pour la validité de la démonstration cartésienne est que l'étendue soit vraiment concevable comme une essence capable de se suflire : Leibniz objectera qu'elle enveloppe quelque chose de relatif et supposela substance spirituelle.