‹ Le système de Descartes;Chapitre 134 sur 171 · RAP ON A PTS · texte numérisé non relu

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% INTERPRÉTATION DE LA DOCTRINE. 281 définitive des rapports de l’âme et du corps dans un certain indéalisme, comme un historien l’a proposé (Liard, Descartes, 265-268et 286) ? Il est incontestable que Descartes est idéaliste, non seulement de tendance, ce qui est une autre question, mais de fait, en ce sens que tout ce qui est donné dans le monde créé est pensable selon lui et ne renferme aucun fond mystérieux. Il n’y a pour lui dans l’étendue rien qui diffère, quant au contenu, de l'idée que nous en avons. Et même l’idée que nous en avons est, ou du moins peut être une idée au sens le plus pur du mot, une idée tout intellectuelle. Nul doute, par conséquent, que le corps ne relève de l’entendement aussi bien que l'âme, et que chercher les rapports de l’âme et du corps ce ne soit, en un sens, chercher lesrapports de deux idées. Mais il n’y a pas là le principe d'une solution du problème tel que se l'est posé Descartes. Cet idéalisme qui est sien n’est qu’un demi-idéalisme comme celui des anciens, un idéalisme qui ne va pas jusqu’au bout. L'étendue, pour Descartes, n'est pas seulement une idee, c'est encore et avant tout une chose. Chercher les rapports de l'âme et du corps, ce n'est pas simplement chercher comment deux représentations se conditionnent l’une l’autre. Descartes conçoit certainement l'âme comme enfermée dans le corps à la manière réaliste : Malebranche même ne dira-t-il pas que l'âme ne saurait sortir du corps pour aller saisir directement les choses ? Or, pour que l'idéalisme püt fournir à Descartes une solution, il aurait fallu qu'il fût assez idéaliste pour mettre le corps, et avec lui l'univers, dans la conscience, au lieu de mettre la conscience dans le corps. Il ne l’a pas fait, c’est trop clair; et dès lors il n’y apas chez lui de solution idéaliste du problème des rapports de l’âme et du corps. On dit, il est vrai, que, si le monde extérieur n’est pas substantiellement identique à l'esprit humain, il est une partie de l'entendement divin. Mais cela même ne suffit pas encore à fournir le

solution dont on parle ; car 1 crédturts, Rp. Vi ee Ne: tion de Descartes et malgré la création continuée, son pra hors de Dieu. Ce ne sont point des parties de Dieu qui. | restant en lui par une sorte de panenthéisme, commu niqueraient entre elles par le fond commun de la conscience divine. Ajoutons, pour revenir à l'esprit humain, que, les idées étant subordonnées aux choses, les idées de l'âme et du corps se présentent elles-mêmes comme incapables de communiquer l’une avec l’autre, füt-ce à tre de simples idées. Elles ont importé dans la pensée la séparation réelle de leurs objets, et Descartes ne son Lan gerait pas une minute à se dire qu'elles ne peuvent pas Ma être dans la pensée, l’une comme l’autre, sans tenir l'une

7 à l'autre par quelque lien, sans être, l’une aussi bien que ee l’autre, un moment de la pensée. En un mot il ne s'avise 4e pas, il ne sauraits’aviser, comme fera Leibniz, que l'étendue est une idée relative et incomplète qui appelle et introduit comme son support l'idée plus profonde de l'esprit. Son demi-idéalisme est incapable de faire communiquer même l'idée de l'âme et l’idée du corps. — .Une interprétation volontariste, qui consisterait à regarder l’âme et le corps comme des expressions de la volonté différenciée par et dans la réflexion seule, nous semble également inadmissible et pour des raisons de même ordre. Sans doute une telle interprétation répond a l'une des tendances du Cartésianisme; mais, qu’elle exprime la pensée historiquement réelle de Descartes, nous n'oserions pas le croire : car, de même que l'interprétation proprement idéaliste, elle suppose un monisme dans lequel la substance unique est quelque chose, si non d'intelligent, du moins de spirituel. Or, il est impossible de supprimer, chez le Descartes de l’histoire, l’étendue comme chose.

L'interprétation réaliste qui convient se présentée comme d'elle-même, si seulement on se laisse guider par le langage que Descartes emploie pour préparer et »

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sion d’union substantielle est empruntée à l’École, c’est "10 une présomption pour que Descartes se soit, dans sa doc-

trine de l’union de l’âme et du corps, inspiré de la Scolas- ‘2 tique. Nous tâcherons tout à l’heure de confirmer cette + 18 présomption par des rapprochements assez significatifs. FA En attendant, nous pouvons sans peine nous rendre compte que la position de Descartes devant l'ensemble du probleme est sensiblement la même que celle de ‘2 l'École. Celle de l'École, disons-nous, et non pas celle nur d’Aristote. En effet, chez Aristote, l'union de l’âme et TR

du corps ne donne lieu (sauf en ce qui concerne l'intel- lect) à aucune difficulté particulière. La substance selon 4 Aristote, à l'exception de la substance divine, est le com- 4 posé de la matière et de la forme. L'âme est la forme du corps et par conséquent elle constitue avec le corps une "501 substance. Le composé humain a la même unité que a tout composé de matière et de forme. En lui, comme 4 en tout composé de ce genre, les deux termes sont faits DE l’un pour l'autre, et, incomplets l'un sans l’autre, s'appellent l’un l’autre. Mais l’École a dù adopter une tout autre attitude que celle d'Aristote. Sans doute elle est bien loin de soupçonner la vraie nature de la pensée et 4 par conséquent son dualisme ne repose pas sur le même fondement que celui de Descartes. Elle n’en est pas | moins dualiste comme Descartes. Avec cela elle a voulu, Ne: pour diverses raisons, donner une unité réelle au com- “# posé humain. Elle a donc inventé la doctrine de l'union nn: substantielle. Cette doctrine, qui répondait à un même besoin chez Descartes et dans l'École, il était inévitable 4 que Descartes fùt tenté de se l'approprier. Ne Jusque dans la partie de sa théorie où il est le plus ori- K ginal, sa dette envers l'École est encore manifeste. Nous Re. avons vu que Descartes se flatte d’avoir donné des preuves ù particulièrement fortes de l'union de l'âme et du corps, #Ÿ

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‘4 « telles, dit-il, qu'il n’a point souvenance d'en avoir jamais lu ailleurs de plus fortes etconvaincantes » (C. II, 50 [225%] … [G. II Ç28)). Les manifestations de l'union de l’âme et du Corps qui servent de preuves à Descartes sont au nombre de deux: la pensée imaginative (6° Hédit., C. 323-325 [72.73] [G. $ 2]; cf. au P. [Gibieuf] 19 janv. 1642, I, 479°°) et les sentiments (6° Wé4., C. 336 [81:][G. S 12). Te Sur le second point, dont nous allons parler tout à l'heure, 4 il s'éloigne de l'Ecole dans une assez large mesure ; sur le premier il est en complet accord avec elle. C'est une opinion classique dans l'École (comme d’ailleurs chez h Aristote) que la pensée imagirative est due à la collabora- | tion de l'âme et du corps, si bien que la preuve de la spiritualité se tire précisément de l'existence d’une intellec- | tion pure. Descartes, dans sa théorie de l'imagination, LL reproduit exactement la manière de voir de l'École : imaginer, c'est, pour lui, appliquer la pensée à des figures matérielles tracées dans l'organisme, ou c’est, par la force È de la pensée, dessiner de telles figures (voy. Rép. aux ‘1 2° Oby., CG. IT, 294, 297 1385*, 387°°] [G. II S 58, 61}; ‘4 Regul. XI, X, 415% [K 79]). On reconnaîtles phantasmata de la Scolastique que l’intellect a devant lui comme des ‘à choses, tout de même que les sens ont devant eux les. { choses extérieures. — Lorsqu'il s'agit des sentiments, Descartes est plus original, et c’est certainement dans le ‘# fait du sentiment qu'il pense trouver la preuve la plus con- 100 vaincante et aussi la manifestation la plus expresse de ñ l'union de l'âme et du corps. Si je ne composais pas un seul tout avec lui, « lorsque mon corps a besoin de boire ou de manger, je connaitrais simplement cela même, sans À en être averti par des sentiments confus de faim et de soif; d” car en effet tous cessentiments de faim, de soif, de douleur, etc., ne sont autre chose que de certaines façons confuses È de penser, qui proviennent et dépendent‘ de l’union et comme du mélange de l'esprit avec le corps. » (C. 336 À [81°] [G.$ 12]). « Les sentiments de douleur et tous autres

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ë *de pareille nature* ne sont pas de pures pensées de l’âme distincte du corps, mais des perceptions confuses de cette âme qui est réellement unie au corps: car, si un ange était uni au corps humain, il n’auraït pas les sentiments tels que nous, mais il percevrait seulement les mouvements causés par les objets extérieurs, et par là il serait différent d’un véritable homme. » (À Æeqius, janv. 1642, IE, 493" [G. IV, 8]). Ce ne sont pas d’ailleurs les seuls sentiments proprement affectifs, ce sont avec eux les sentiments représentatifs qui sont des effets et des preuves de l’union de l'âme et du corps. Comment les uns et les autres résultent-ils du méiange de l'âme et du corps et comment leur confusion est-elle le produit et l'indice de ce mélange? Descartes ne paraît pas avoir songé, comme Leibniz, à enlever aux qualités leur réalité idéale et à ne voir en elles que des vibrations fusionnant les unes avec les autres de manière à constituer un tout illusoire. Il semble que pour lui les qualités sont réelles comme idées dans l’âme. Cependant elles ne seraient pas si l’âme n'était unie au corps; car la qualité (la chaleur par exemple, comme la faim ou la soif) est une perception utilitaire, c’est-à-dire un signe et non une copie de certains mouvements transmis au Corps, une invitation à réagir par des voies plus promptes que la volonté réfléchie fondée sur une intellection et un jugement. D'autre part le sentiment, en tant que confus, est encore un résultat et une marque de l'union de l'âme et du corps. En effet, selon la définition cartésienne de la distinction et de la confusion (?/rine. I, art. 45, 46), une idée est confuse lorsque, au lieu d’avoir des frontières arrêtées, elle se répand sur les idées voisines ou se laisse envahir par elles. Or, dans le sentiment, la qualité qui est quelque chose du moi ou de la pensée, est prise pour quelque chose de l'étendue, projetée, pour ainsi dire, sur l'étendue, pendant que, réciproquement, l'étendue entre dans la pensée ou en moi. Ici, forcé-

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AE FA DAS OUR got | | prscanres | #4 % re Eh VE ment, Descartes à été plus original par rapport à l'hooe, parce que l'Ecole regardait 1e qualité comme réelle dans les choses étendues en elles-mêmes et que, dès lors, me. coopération de l’âme et du corps n’avait qu’à assurer la réception en nous de l'image et de la qualité. Mais enfin | Descartes avait trouvé chez les Scolastiques l’idée d’une coopération de l'âme et du corps dans la pensée sensitive.

Si, à présent, nous revenons aux généralités de la théorie de l'union, nous allons voir, par un rapprochepins ment de textes, combien Descartés a suivi de près les Scolastiques. Le problème, pour lui comme pour eux, est en somme de faire admettre, par des distinctions qui ne peuvent être qu'artificielles, que ce qui est complet ne l'est pourtant pas, et que ce qui est fait pour exister à part doit pourtant s'unir. Ouvrons, par exemple, le petit Lexicon peripateticum de Signoriello (Naples, ap. Officinam biblioth. catholicæ scriptorum, 1881), à la page 340 ; voici ce que nous lisons: « Substantia compnleta dicitur ea quæ ad alterius substantiæ compositionem efficiendam non est nata ; cujus modi sunt angelus arbor, etc. Zncomplela est vel ea quæ, etsi in ordine sub-

stantiæ omnia habeat, ut per se, seu in se existere queat, tamen nata est ingredi alterius substantiæ compositionem, Cum qua conjuncta compositum substantiale effor mat... exemplum est anima humana, quæ, licet per se existere possit, naturaliter tamen ordinatur ad physicam unionem cum corpore, et ad constituendum compositum illud substantiale, quod vocatur homo... Composilum substantiale est illud, quod ex duabus substantiis incompletis exsurgit: puta homo. Compositum accidentale est illud, coalescit ex substantiis completis ut acervus lapidum. » Tout ce que nous venons de lire dans ce résumé de la doctrine scolastique sur l’union de l'âme et du corps se retrouve littéralement chez Descartes. Il le dit, il est vrai, incidemment et pour marquer que l'union de l’âme

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