‹ Le système de Descartes;Chapitre 138 sur 171 · MES · texte numérisé non relu

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vi LE MÉCANISME.

Fi réalité 1 tout éntibre. Le moyen le plus commode et

la plus efficace d’atteindre la pensée dans la profondeur et la spécificité de son essence, c’était de la séparer de

l'étendue, et réciproquement l'étendue devenait aisé-

ment saisissable si on la prenait pour une chose complète. De la même façon il y avait avantage, pour constituer une physique claire, à isoler le mécanisme à titre de réalité indépendante. Car réaliser les abstractions est

la méthode qu’emploie toujours l’esprit humain pour

les mieux concevoir au début. Il était donc naturel, pour ne pas dire inévitable, que le mécanisme commençât ou recommençât de s'affirmer en se déclarant indépendant dans une certaine sphère de la réalité, et suffisant pour occuper à lui seul toute l’étendue et toute la profondeur de cette sphère. Mais il n’était pas possible que le mécanisme, ainsi posé en lui-même et présenté comme une réalité en soi et par soi, apparûten même temps comme constituant toute la réalité. Justement parce que Descartes le concevait, beaucoup plus encore que Démocrite, dans la pureté de son essence, le mécanisme ne pouvait pas aspirer chez lui à être tout. Que ce ne fût pas au-dessous de soi et pour se fonder que le méca-

nisme laissât subsister quelque chose d’hétérogène à —lui, à la bonne heure. Mais cette partie de la réalité

qui lui est hétérogène ‘se trouvait placée hors de lui et à côté de lui, et ressortait d'autant plus en lumière qu'il était lui-même /conçu d’une manière plus stricte et plus exclusive. Le monde physique de Descartes constituait un empire de la nécessité, de la nécessité à la fois brute et absolue, Assurément Spinoza a trouvé dans une telle conception un élément indispensable de sa doctrine. Sans le monde physique de Descartes il n’y aurait point eu de panthéisme mécaniste, ou soi-disant tel. Mais on se tromperait en soutenant que le monde physique de Descartes était déjà par lui-même une sorte de Dieu auquel il n'y avait plus qu'à appliquer le nom qui lui convenait. Il lais-

sait hors de lui trop d'éléments de la réalité pour être, tel quel, divinisable. Chose complète, soit ; mais complète en son genre seulement, et par là invinciblement bornée. En fait le mécanisme spinoziste n’est peut-être pas identique à celui de Descartes. Celui de Descartes est le

mécanisme au sens étroit et propre ; celui de Spinoza pourrait bien n'être que ce mécanisme au sens large, qui signifie explication par les causes, par des causes qui, au besoin contiennent autre chose que des éléments géométriques. Nous entendons bien que, d'après Spinoza, il doit y avoir un équivalent géométrique d’une cause qui n'est pas géométrique, et que l'union de l’ordre géométrique et de l’autre estjun parallélisme. Cependant nous ne sommes pas bien sûrs qu'il ne se retrouve pas dans le monde de Spinoza des traces du panthéisme vitaliste. Nous nous sentons bien loin de Descartes quand nous lisons dans le Scolie de la prop. 13 de la II° partie de l'Ethique que tous les corps sont animés : « Nam ea, quæ hucusque ostendimus, admodum comumnia sunt, nec ma2is ad homines quam ad reliqua individua pertinent, quæ omnia, quamvis diversis gradibus, animata tamen sunt. Nam cujuscumque rei datur necessario in Deo idea, cujus Deus est causa, eodem modo ac humani

* corporis idea : atque adeo quicquid de idea humani cor-

poris diximus, id de cujuscumque rei idea necessario dicendum est. » (Bruder, I, 234). En somme donc, lorsque Descartes considère le monde physique comme un pur mécanisme, exclusif, par définition, de toute finalité, il borne du même coup la réalité de ce monde. Au fond, et si on veut être équitable envers lui, on trouvera qu'il ne présente pas l’empire de la nécessité brute comme se suflisant à soi-même : car ce n'est pas vraiment se suffire à soi-même que d'être une réalité partielle, fùton avec cela une réalité fermée, à toutes les autres.

On dira, ilest vrai que Descartes ne s'est pas contenté d’exclure la finalité du monde physique proprement

ditet qu'il s'est montré ailleurs médiocrement finaliste. 2

À Qu 4 FINALITÉ = . ÉC MÉCANISME. 297 41

Nous ne nions pas le fait, nous allons au contraire + Pure l’étudier en détail. Seulement, nous doutons qu'il faille ï l'expliquer comme on le fait d'ordinaire et, par consé- ‘1 quent, qu'ilen faille tirer les conséquences qu'on en 11 tire. (e De

Que Descartes ne nie pas l'existence des causes finales dans le monde des âmes, c'est ce qui est trop évident. 0 Nous n'entendons pas qu’il reconnait que les hommes PR agissent pour des fins. Il le fait sans doute, et nous 53 doutons qu'il y ait dans sa psychologie un équivalent de l’effort tenté par Spinoza pour enlever aux fins humaines toute réalité véritable, pour en faire une 2 : représentation illusoire et renversée de la détermina- ‘1

tion par les causes. Nous entendons que, d’après Des- 14 cartes, les hommes sont créés en vue d'une fin et ont Le une destinée : on se rappelle que, pour Descartes, une 4

fin et un dessein de Dieu. Mais ce n'est pas seulement 4 dans le domaine des âmes qu'il faut chercher des des- 24 seins de Dieu. C'est déjà dans le domaine de J'union de l’âme et du corps. Dans le passage de la 6° Aédilation, où nous avons vu la fin traitée de dénomination extrin- | sèque lorsqu'il s'agit de corps en tant que corps, nous 5:31 avons trouvé et nous devons relever maintenant une ‘1e phrase qui indique une tout autre manière de voir 4 lorsqu'on passe à la considération du corps humain en À tant que corps humain : « quoique... considérant la 4 machine du corps humain comme ayant été formee de Dieu k pour avoir en soi tous les mouvements qui ont coutume ; d'y être, j'aie sujet de penser qu'elle ne suit pas l'ordre de

sa nature quand son gosier est sec et que le boire nuit 14 à sa conservation... » (C. 342 [85°] [G. $ 16]; cf. p. 293, 00 n. 1). Le morceau qui suitimmédiatement dans la 6° Mé-- | ditation est encore plus formel et lève tout ce qui pourrait A rester d'équivoque dans la phrase que nous venons de | rappeler : « Mais certes, quoique au regard d'un corps Vs

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