‹ Le système de Descartes;Chapitre 141 sur 171 · THÉORIE DE LA SUBSTANCE. CRÉATION CONTINUE · texte numérisé non relu

THÉORIE DE LA SUBSTANCE. CRÉATION CONTINUE

qu’elle enlève toute réalité aux créatures et qu'elle implique le panthéisme. Mais cette doctrine que nous ne songeons pas à effacer des écrits de Descartes, n'est pourtant pas une invention de Descartes. On a dit sou-

vent que c'était le vrai Descartes, le Descartes original,

qui était panthéiste, tandis que le Descartes partisan de la réalité des créatures était un Descartes asservi à la tradition et dominé par la théologie chrétienne. Le con-

traire serait peut-être plus vrai. Sans doute Descartes à

puisé dans la pensée chrétienne sa conception d'un Dieu distinct du monde et de créatures indépendantes et capables de péché. Mais il y avait bien d’autres éléments dans la théologie, et la théologie la plus orthodoxe, celle de saint Thomas, était précisément nécessitaire par ses tendances. Et, pour ce qui est de la création éontinuée, saint Thomas n'a pas tendu simplement à la professer, il l’a professée en termes exprès, ainsi que l'a justement fait remarquer un historien du Cartésianisme voy. Bouillier, I, 102, n. 2). Descartes d’ailleurs avait fait lui-même la remarque (1).

Reste la définition de la substance divine. Chez Spinoza cette définition exprime la somme de la réalité, la nécessité totale, hors de laquelle il n'y a et ne peut rien y avoir de vraiment réel. Chez Descartes les mêmes mots ont une signification tout autre. Ils expriment lindépendance originaire et l'autonomie de l'être, la liberté absolue de Dieu. Or, si, avec une telle conception de la substance, il est encore diflicile d’admettre la réalité des créatures, on avouera pourtant qu'il n'y a plus ici la même impossibilité que dans le

(1) Voy. Dise. 5° part. (VI, 45% [G. $ 3]) : « il est certain, et c’est. une opinion communément reçue entre les théologiens que l’action parlaquelle maintenant il [Dieu] le conserve [le monde] est toute la même que celle par laquelle il l’a créé. » ete. — Rép. aux 5°8 Obyj. (C. II, 272 sq. [369M7[G. II, $ 35] : « Lorsque vous niez que nous ayons besoin du concours et de l’influence continuelle de la cause première pour être

conservés, vous niez une chose que tous les métaphysiciens affirment comme très manifeste... » etc.

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__ Spinozisme. Un être libre Ut être créé des. ênes | dix libres. Il est vrai que, cette possibilité accordée, il faut l4g encore se demander si Descartes a sérieusement attribué Rx la liberté aux créatures. Ce n'est pas le moment de er. répondre à la question de la manière la plus définitive LA et la plus topique. Nous pouvons bien dire cependant … ne: qu'il y a quelque abus à représenter la doctrine du vrai | 9 et original Descartes comme imbue de l'esprit détermi- | niste. Sans doute, le Descartes géomètre et physicien … 1700 géomètre, est le vrai Descartes. On se trompe pour- . à | tant quand on croit que c'est tout le vrai Descartes. Er. IL n’est pas possible de séparer Ja mathématique de la à méthode ; la méthode ne se laisse pas détacher du critère | de l'évidence; le critère de l'évidence est solidaire du ps | cogilo ; le cogito, c’est, avec la pensée personnelle, ce qui . “e fait la réalité de la personne, savoir la liberté. Qu'il y . 120 ait dans Descartes des tendances déterministes, cela “. n’est pas niable. Mais il n’y a pas grand'chose à conclure de là. On voudrait savoir quel est le philosophe chez qui ilne s’en rencontre pas. Et, si l'on veut lire équitablement Descartes, en le comparant avec les très rares phi- | £ losophes qui ont cru à la liberté, on trouvera qu'il lui AE fait autant et plus de place qu'aucun d'eux. On trouvera . surtout que c'est lui qui, le premier, lui a marqué la | K place la plus profonde en la faisant résider dans l'acte | | même de juger. Et, pour en revenir à la réalité des : créatures, le fait même que Descartes n'’admet qu'une. 0 seule substance étendue, tandis qu'il proclame la plu- : ralité des substances spirituelles, ce fait indique qu'il Re définit au fond les substances spirituelles par la person- | nalité et la liberté. Si, après cela, il est malaisé de j comprendre comment des êtres dépendants sont pourtant, à d’autres égards, des êtres libres et partant réels ; si | inversement il n’est pas facile d'apercevoir comment : De: des êtres libres ont pourtant besoin de se rattacher à un être supérieur à eux, on conviendra que ces difli-

ë à COnetaS qu'il do

, , T r a nn. on lui n’autorise pas à être au fond panthéiste. Le panthéisme ne résulte pas pu à he

“irréfragablement de sa théorie de la substance que de son S

opposition aux causes finales.

On sait quelle place Descartes assigne à la Physique dans la Préface des Principes : la Physique est comme le tronc de la philosophie, dont la métaphysique constitue les racines (cité p. 21). Nous avons déjà indiqué que nous regardions comme fondé en vérité cartésienne le rattachencent de la physique à la métaphysique ; une vue un peu plus directe de la question nous confirmera, semble-t-il, dans notre opinion. La physique se rattache doublement à la métaphysique ; d’une part, indirectement, par l'intermédiaire de la mathématique et de la méthode; d'autre part, directement, parce que les lois fondamentales de la physique ont besoin chez Descartes d’un fondement métaphysique.

Nous avons dit ailleurs (p.102sq.)comment la méthode n'arrive à se compléter et à se justifier que par un appel

à la métaphysique. Finalement le critère de la certitude

ou l'évidence s'appuie sur le cogilo, puisque ia pensée selon Descartes ne débute point par des abstractions, mais par une aperception concrète. Par la méthode, donc, la physique se relie à la métaphysique. Il y a seulement lieu de rappeler comment la physique dépend de la méthode. D’un mot, elle en dépend par la mathématique. La mathématique en eflet n’est pas autre chose qu’une première spécialisation de la méthode. Si nous

reprenons les egulæ à la Règle IV, nous voyons que

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