LA THÉORIE DE LA MATIÈRE
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trique. Mais, s’il en est ainsi, la matière n'a para si dité, elle est au contraire parfaitement dure. Comments donc le mouvement va-t-il pouvoir s’y propager et y détacher des parties? Il faudrait, pour rendre possible cette propagation et ce détachement, que la matière fût fluide. Et un fluide, pour Descartes, est lui-même un produit | du mouvement, de la division qu’il a opérée dans la matière et de l’agitation où il a mis les parties divisées. Ainsi, pour que le mouvement se propageñt et opérât la. division voulue, la fluidité de la matière serait requise, et cette matière ne peut devenir fluide que par le mouvement. Le cercle est manifeste. Pour en sortir, il eût fallu que Descartes admit un dynamisme comme celui des newtoniens et de Kant, ou qu'il corrigeât sa doctrine de la matière en un certain atomisme comme, dans son école même, Huygens a fini par le faire. Mais, de toute facon, sur le terrain de la théorie dela matière comme sur celui de la théorie du mouvement, le pur géométrisme cartésien apparait insoutenable (cf. Lasswitz, op. cit., Il, 99-104 ; 381).
Supposons que la théorie cartésienne ait pu sortir de ce mauvais pas: On sait comment elle continuait. Elle devenait la doctrine des tourbillons. Puisque l'étendue est le plein absolu, il est clair que le mouvement n'y . est pas possible en ligne droite, comme dans le vide des $ atomistes, ou par le moyen de la condensation et de la raréfaction comme chez Aristote ou chez Kant. Le mouvement n'est possible que si, au même instant, toutes les parties d’un anneau fermé se déplacent circulairement (voy. Monde, ch. 4, XI, 18** sq.; Princ. II, 33, 34, 35 ;: À Morus, 5 fév. 1649, V, 273"). Les cercles, bien entendu, n’ont pas besoin d'être parfaits: il faut seulement que, pour maintenir la simullanéité des. déplacements dans le cercle, les parties qui se trouvent resserrées et divisées se meuvent d'autant plus vité ; ce qui implique une division à l'infini qui est
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un 140 grave pour Descartes { Princ. IH, 34) (1). La valeur de la théorie des RE comme pre-
__ mier exemple d'une explication mathématique univer-
selle des phénomènes ne saurait être estimée trop haut. Fût-elle entièrement erronée que cette valeur lui demeu-rerait. D'autre part, il n'y aurait aucun argument à tirer contre les tourbillons de l'échec auquel Descartes
a abouti dans presque toutes les explications de détail
qu'il a entrepris d'en tirer. Il est clair en effetque, quand la physique expérimentale n'existait pour ainsi dire pas, que la chimie n’existait pas du tout, ni la physiologie non plus, l'explication du détail des phénomènes relevant de ces sciences était inabordable par une hypothèse
quelconque. Il était donc inévitable que Descartes fit
beaucoup de romans, et il n’y a eu nulle justice à les lui reprocher amèrement, comme on l’a fait plus tard. Dans un seul domaine il y avait des matériaux positifs amassés
…. ‘enassez grand nombre et d'assez d'importance, pour que
l'heure fût venue d'essayer de les relier et de les expliquer par unehypothèse générale. Il s’agit de la physiquecéleste. Képler ayant trouvé les lois du mouvement des planètes, il y avait lieu de chercher une explication de ces mouvements. L'hypothèse des tourbillons échoua dans cette tâche (2). Elle échoua encore dans une question intimement liée aux précédentes : celle de la pesanteur (voy.
(1) La théorie des tourbillons, avec la physique céleste et même la physique terrestre qui s’en déduisent, a été résumée par Malebrache (Rech. VI, 2e part., chap. IV ; éd. Bouillier, II, p. 73-80). Cf. Bordas- Demoulin, p. 195-202.
(2) Voy. Bordas-Demoulin, 202 sa. : « L’ellipticité... ne peut venir de la pression des tourbillons, puisque les planètes qui se meuvent le plus près du soleil, et qui devraient la subir le moins, comme Mercure, ont en général les orbites les plus allongées et dans des sens différents ; puisque encore la vitesse devrait s’accélérer à l'endroit de la pression,
C'est-à-dire sur les côtés de l’ellipse, tandis que c’est au sommet périhé-
lie. L’excentricité d’ailleurs est impossible ; la matière d’un tourbillon ne peut avoir son centre qu’au centre de ce tourbillon. A supposer donc qu’il se produisit un mouvement elliptique, le soleil serait, non pas au foyer, mais au centre de l’orbe planétaire, et les planètes au centre de l'orbe décrite par leurs satellites. »
Huygens, dans Bordas-Demoulin, p. 234 sq.). C'est sur ces points seuls qu'il eût été juste de concentrer toutes les A critiques qu'on a adressées aux tourbillons. D'ailleurs ceux qui, au xvu® siècle surtout, ont violemment atta- … qué Descartes ont eu tort de ne pas se souvenir des découvertes positives qu'il avait faites en physique et qui eussent sufli à la gloire d’un autre. Si sa Dioptrique est, en un sens, en désaccord avec les théories de l’auteur, en un autre sens elle est un effort, à la fois réussi et élégant, pour interpréter mathématiquement la propagation de la lumière à travers les milieux inégalement réfringents. De même pour les Hétéores qui tiennent de si près à la Dioptrique. D'autre part, on a établi sans peine, quand on a bien voulu lire de près la Correspondance, que Descartes est le vrai promoteur de l'expérience du Puy-de-Dôme, et que seul il a tout de suite bien interprété les résultats anticipés de cette expérience, et cela en appliquant sa doctrine du plein (voy. Lasswitz, II, p. 94). Et, encore une fois, Descartes n’eüt-il rien découvert, la théorie des tourbillons fût elle complètement inutilisable, qu'il lui resterait toujours le mérite d’avoir conçu dans sa généralité et avec
une pleine conscience de sa portée le projet d'une explication mathématique des phénomènes, et qu'il faudrait
dire avec M. Renouvier ( Phil, anal. de l’hist., NT, 298)
que « la physique de Descartes est une œuvre philosophiquement réussie ».
ÉLAL,