‹ Le système de Descartes;Chapitre 15 sur 171 · PRIORITÉ PRÉTENDUE DE LA PHYSIQUE · texte numérisé non relu

PRIORITÉ PRÉTENDUE DE LA PHYSIQUE

métaphysique jusqu’à 1629. Et même est-il sûr qu'un ouvrage comme le S/udium benæ mentis, où il était question de la sagesse et où Descartes se livrait à des considérations déjà approfondies sur la méthode, ne côtoyait pas la métaphysique (1,? Une réflexion comme celle que nous lisons dans les /nédits suppose beaucoup de philosophie proprement dite : « Tria mirabilia fecit Dominus ; res ex nihilo, liberum arbitrium et Hominem Peum. » De même encore celle-ci : « Ex animalium quibusdam actionibus valde perfectis suspicamur ea liberum arbitrium non habere (2) ». Et pense-t-on enfin que les Requlæ, probablement antérieures à 1629 (3), n'enveloppent pas beaucoup de métaphysique ? Loin donc qu'il soit établi que Descartes n’a pas touché à la métaphysique avant 1629, c'est le contraire qui paraît probable. Mais, dira-t-on, il est plus sûr encore qu'il a fait avant 1629 beaucoup de physique. Nous en convenons, et c’est un point que M. Liard a très solidement établi. Descartes, lorsqu'il s'est mis aux #éditations, avait déjà par devers lui une provision de recherches et de découvertes en physique. Reste cependant que des recherches et des découvertes, même importantes, ne font pas un système de physique si elles sont isolées, ou même si elles sont liées en puissance par un commun esprit, qu'il y a encore à faire passer à l'acte par la réflexion. Or c’est un fait que les ouvrages systématiques de Descartes physicien sont postérieurs aux //éditations. Le Monde qui est le premier d’entre eux, n'est entrepris qu'à la fin de 1629 (A Wersenne, 18 wéc. 1629, 1,84%,85"). La systématisation de la physique cartésienne n’est donc venue qu'après celle de la métaphysique ; à

(1) Sur cet ouvrage, voy. Millet, Desc. av, 1637, p.129 et AT. X, 176, 191-203, et la leçon suivante.

(2) Foucher de Careil, t. I, p. 14, 16 (1859), AT. X, 218 19, 219 8,

(3) Voy. Millet, op. cit. 158 sq. et AT. X, 528-531 (cf. p. 47, n. 1) — Baillet mentionne (1, 170 sq.) un Traité sur la Divinilé, commencé à Paris en 1628 (AT. I, 144a).

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moins de supposer gratuitement que Descartes avait dans la tête son système de physique longtemps avant de l'écrire.

Les raisons internes invoquées par M. Liard sontelles plus dirimantes? Peut-être tout d'abord n'est-il pas incontestable que de l'idée de Dieu comme liberté absolue Descartes n'ait rien pu tirer touchant l'existence et les lois du monde. Assurément dans une telle doctrine la création est un fait et ne se déduit pas. Il reste bien pourtant quelque chose qui se déduit et se justihie, c’est,

sinon l'existence, du moins la possibilité de l'être créé ou

contingent, et il y a bien là un commencement d'explication. Quant aux lois du monde, rien n'empêche que la permanence des choses, qui ne va peut-être pas de soi, trouve un fondement et une garantie dans l'idée d'un Dieu libre, si ce Dieu, comme l'a cru Descartes, peut en même temns être pensé comme immuable.

Ceci n’est d'ailleurs qu'un point accessoire. La démonstration de M. Liard se ramène à ceci : Descartes, pour justifier les propositions initiales de sa physique et ses lois du mouvement, fait appel au principe des idées claires et distinctes, c’est-à-dire à l'essence même de sa méthode; donc la physique né s'appuie pas sur la métaphysique. Le fait visé est établi; mais il ne rend pas la conclusion qu'on en tire. Oui, Descartes appuie sa physique sur le principe des idées claires. Mais deux questions s'élèvent aussitôt. La première est cele de la valeur de ce principe. On sait, et nous verrons Combien est épineuse dans Descartes la théorie du double critère de la certitude. Ce n'est pas sans restriction ni réserves que le principe des idées claires peut être posé comme se suffisant à lui-même. En second lieu, est-ce dans l'abstrait que ce principe se pose ? Descartes décide-t-il de prime abord que toute idée claire et distincte est vraie, ou bien n'est-ce pas là une conclusion qu'il tire d'un cas spécial et privilégié, en un mot du

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