‹ Le système de Descartes;Chapitre 151 sur 171 · LA PSYCHOLOGIE CARTÉSIENNE · texte numérisé non relu

LA PSYCHOLOGIE CARTÉSIENNE

psychologique. Mais cette vieille opinion de Cousin nous parait à présent doublement erronée. D'abord la méthode et la science psychologiques qu'elle voit ou croit voir dans Descartes ne sont pas ce que nous entendons aujourd'hui par ces mots, ce sont soit des choses purement métaphysiques, soit au moins des choses trop abstraites. Dire que Descartes a pratique la méthode psychologique et constitué une psychologie pour servir de base à la philosophie, cela signifiait avant tout que, par opposition à la métaphysique allemande de Schelling ou de Hegel, Descartes, au lieu de se placer d'emblée dans l'esprit absolu, part de la pensée individuelle. 11 y a sans doute de la vérité dans cette remarque. Mais partir de la pensée individuelle, la poser comme le fait initial, ce n’est pas nécessairement s'engager à faire l'étude détaillée et expérimentale de cette pensée; ce n'est pas entreprendre de tirer du jeu effectif et observable de la pensée individuelle les lois de la pensée absolue, se proposer d'ériger en droit des constatations psychologiques. De ce que, pour Descartes, la pensée est donnée primitivement dans l'individu, il ne s'ensuit pas que la pensée ne soit définiivement selon lui que l'histoire des tâtonnements d'une conscience individuelle. On abuserait étrangement du Discours de la Méthode, si l'on prétendait que la philosophie est, pour Descartes, une autobiographie ou même la biographie de l'homme moyen. Ainsi, que le fondement de la philosophie chez Descartes soit psychologique, c’est là, une proposition qui n’est vraie qu'à la condition d'être étroitement limitée. Par suite, si la philosophie de Descartes recourt à une donnée psychologique, il faut voir là, une attitude métaphysique, qui n'a qu’un intérêt métaphysique, et nullement la preuve que Descartes a été un psychologue. On peut dire, il est vrai, qu'en représentant Descartes comme un psychologue, les Éclectiques entendent affirmer non seulement qu’il est parti comme métaphysicien de la

pensée individuelle, mais encore qu'il a cure 4 psychologie telle que la comprenaient les Éceque L

- Cette psychologie, comme on sait, consiste en des analyses abstraites, où l’introspection n’est presque jamais constatation pure, où elle se fait presque toujours raisonneuse. | Nous ne nions pas qu’on puisse découvrir chez Descartes quelques traces d'une psychologie de ce genre. Tels peuvent paraitre, à moins cependant qu'on ne les trouve plutôt dans la manière toute conceptuelle de Spinoza, les articles 167 et 178 des Passions, sur la jalousie et sur Ja moquerie (XI, p. 457 et 464). Mais le nombre et l'importance des passages de ce genre sont très limités. Si Descartes était le père de la psychologie « écossaise, il faut avouer qu'il aurait bien peu travaillé au développement de la science qu'il aurait créée. “4

Cette fausse physique de l’âme n'est pas, semble-t-il, celle à laquelle Descartes a, un moment, songé. Mais a-t-il travaillé considérablement à la vraie physique de l'âme ? Il y a travaillé quelquefois, nous le verrons. In'va pas travaillé avec suite, parce que, s'il a entrevu qu'il pouvait y avoir une physique de l'âme, bien loin d'en réaliser l'idée, il ne l'a même pas considérée de près et l’a laissée dans le vague.

Il y a deux choses que Descartes aperçoit clairement dans l'âme. C’est d’abord, en ce qui concerne l'intelligence l'enchainement des principes et des conséquences, le développement logique des pensées. Ce développe ment, il le considère bien comme une vie de l'âme, mais il le prend en lui-même à part des autres éléments de la vie psychique, à part notamment des erreurs qui, dans la réalité psychologique, ne manquent jamais de ; s'y mêler. Lors donc qu'il envisage ce développement, Descartes fait de la théorie de la connaissance et non de la psychologie. Le second élément que son génie déméle dans l'âme, et qui constitue l'antithèse du précédent qui est tout entier nécessité et déterminisme, t'est

be source de la vie ne ou du moins He ce a il È F4 a de contigent et d'empirique dans la vie de là

donc de ce qui fait de cette vie autre chose so une . pure logique. Mais Descartes ne s'attache pas à suivre

conditions imposées à son écoulement. Il se contente de . signaler la source elle-même. Réduite à la constatation

. théorie de la volonté n’est encore que de la métaphysique. . Ce que Descartes ne voit pas, c'est précisément ce qui faiten propre la vie psychique, à savoir que l'élément

subjectif et contingent tombe sans cesse dans un déter-

minisme qui l'attend et qui aussitôt se l’incorpore, de

. façon que se constitue un ordre de choses désormais . nécessaire, dans lequel, à l'exception de quelques don- nées initiales qui ne peuvent que se constater, tout peut être connu rationnellement. Descartes n'a pas l’idée de cet objet de connaissance, invinciblement em- pirique pour une part, et rationnel pour l’autre. Il . n'aperçoit pas l'existence de ce déterminisme, absorbant des éléments subjectifs et libres, c’est-à-dire du déter- minisme qui est la vie psychique en tant qu'elle est . connaissable et qu’elle forme l’objet propre de la psycho- logie. Il ne comprend le déterminisme que dans le monde - de l'étendue et du mouvement, réserve faite bien entendu, du déterminisme logique et abstrait sur lequel porte la théorie de la connaissance. Ce qui n'est pas logique et . n’est pas non plus mécanique est pour lui entièrement 1 contingent. La notion plus subtile du déterminisme psychologique lui est encore étrangère. On en a une

preuve frappante si l'on songe qu'il n'y a pour lui, propos de l'intelligence, pas de psychologie de l'association. Aristote, que ce ft ou non conséquent avec ses prin- . cipes, avait admis les associations par ressemblance et par | contraste. Chez Descartes ces associations ne tiennent

le courant qui sort de cette source, ni à rechercher les

de l’essence dernière et abstraite du fait volontaire, sa :

aucune place; il n’est plus question que de l’association par contiguité. Les rêves, et méme les rêveries, s'expliquent entièrement selon lui par cette seule associalion, ou, comme il dit, par le cours fortuit des esprits animaux (1). | "4 L'intention que Descartes a dù avoir un moment de reconnaître l'existence d'une physique de l'âme, cette #24 intention n'aboutit donc pas, puisqu'il n’a pas l’idée ‘+ d’un déterminisme proprement psychologique. En fait cependant, Descartes a fait des travaux qui touchent à la psychologie, ou même des travaux qui y pénètrent. |

Nous sommes redevables des uns et des autres à son mécanisme. Les premiers en sont la conséquence directe; les seconds découlent accessoirement du mécanisme. C'est par une conséquence directe de son mécanisme que % Descartes à élé amené à concevoir, et déja même à à exécuter comme on pouvaitle faire de son temps, une 4 » physiologie de la pensée. En d’autres termes, cette phy- \ siologie de la pensée est, au moins à certains égards, | quelque chose de nouveau et de proprement cartésien. 4 Aristote et les Scolastiques, puisqu'ils ont professé que 1 l'âme et le corps forment un tout naturel, n’ont pu # manquer de croire à la nécessité de rapprocher et même | de confondre parfois les recherches relatives à l'âme et les recherches relatives au corps. La psychologie d’Aristote est profondément imprégnée de physiologie. Pour ne rien dire du rôle considérable qu'il fait jouer aux Ro: appareils physiques des sens dans sa théorie de la sensation, sa théorie de l'imagination, sa théorie des passions sonten grande partie physiologiques. L'imagination, selon Aristote, n’est possible que par la sensation, et, si la base de la sensation est la présence d'une empreinte marquée dans les sensoria ou dans le senso-

tds sims probe dé. Loft.

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