‹ Le système de Descartes;Chapitre 152 sur 171 · LA PSYCHOLOGIE CARTÉSIENNE · texte numérisé non relu

LA PSYCHOLOGIE CARTÉSIENNE

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. rium commune par les objets sensibles, la base de l’ima- | gination est le résidu de cette empreinte; lorsque les organes sont trop durs ou trop mous, il ny a pas d'images conservées et, par conséquent, pas d’imagination, quoi que celle-ci puisse être de plus que la simple persistance de l'empreinte laissée par la sen. sation (Rodier, de An. IT, 428-435). Les passions sont, pour une partie du moins, quelque chose de corporel. Qu'on se rappelle toute la fin du premier chapitre du Traité de l’äme, et notamment la double définition de la colère qui est bien ôp:E:e àvrihoréssws mais en même temps Lists ro rep xzpôlav a'luaros (cf. Rodier, I, 27-37). | En un sens, tout cela est presque identique à ce que nous trouvons chez Descartes, et, certes 1l a profité des indications de l'Ecole. Cependant, il y a entre l'Ecole et lui, deux différences. D’abord, en effet, ce n’est pas précisément le Descartes partisan de l'union substantielle de l’âme et du corps que nous retrouvons dans l’auteur du {Traité des Passions et des écrits analogues. Le Descartes partisan de l'union de l'âme et du corps est presque entièrement un scolastique. L'auteur des : Passions est plutôt le dualiste décidé qui a conçu la distinction de l’âme et du corps. L'École s'était quelque peu perdue dans les diverses sortes d'espèces ou images > qu’elle admettait : espèces impresses franchement maté- rielles et espèces expresses spiritualisées(cf. Malebranche, Rech. livre IT, 2°part.,ch. II déb.). Les espèces dans l'École finissaient par être des entités demi-matérielles, demi- spirituelles, et Aristote lui-même n’a pas dù se préserver { de toute confusion à cet égard. Descartes au contraire a été parfaitement net. Il l’a été parce qu'il avait découvert la distinction de l'étendue mobile et de la pensée. Et qu'il ait eu tort de ne pas voir que l'étendue mobile est encore de la pensée, peu importe ici ; car il subsiste toujours que celte abstraction, l'étendue mobile, n'a

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rien de commun en elle-même avec l'essence de la pen sée, c'est-à-dire avec la conscience ou le fait de se poser È pour soi. Or, en esquissant sa physiologie de la pensée, Descartes est resté pénétré de la distinction absolue de la pensée et de l'étendue mobile. Il n’a pas prétendu étudier des opérations mixtes dans lesquelles la part du corps et celle de l’âme seraient indiscernables. Il à voulu assigner des processus mécaniques, précédant, accompagnant ou suivant d’autres processus qui n'étaient corporels à aucun degré. Et c’est pourquoi, au lieu d’attribuer à Descartes une psychologie physiologique, ül vaut mieux dire qu’il a essayé de constituer une physiologie de la pensée. Convaincu que tout ce qui n’est pas ponsée est mécanisme, il a poussé le mécanisme jusqu'aux confins de la pensée. L'autre différence qui le sépare d’Aristote et de l'École vient encore de ce qu'il a réduit tout le corporel au mécanisme. Sans doute, en un temps où l'anatomie avait de grands progrès à faire et où la physiologie n'était pas constituée, il n’a pu que se tromper souvent ou beaucoup dans le détail de sa physiologie de la pensée. Mais il n'en a pas moins compris ce qu'il y avait à faire : savoir déterminer des processus mécaniques précis en rapport avec les opérations de l’âme. D'intention et quant aux principes, sa physiologie de la pensée est déjà parfaitement définie et rigoureuse. Et c'est ce que n'auraient pu être dans le même domaine l’animisme et le vitalisme péripatéticiens. Leur eût-on demandé des opérations purement mécaniques en elles-mêmes, que le déterminisme de ces opérations aurait toujours couru le risque de manquer de rigueur, en raison du caractère spontané qu'on attribuait à l’activité vitale.

Le second service que Descartes a rendu à la psychologie,et cette fois en entrant, bien qu'un peu par hasard, dans la psychologie elle-même, ç'a été d'inaugurer la

psychologie discursive. Nous voulons dire qu'il s'est. £-

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cs * Enter que des opérations psychologiques, réputées simples jusqu’à lui, n'étaient pas simples en

d’inférence et de construction. Ici son originalité par rapport à l’École ne consiste pas seulement dans une | nuance, même importante : son originalité est nleine - et entière. La psychologie de la sensation chez Aristote et dans l'École était essentiellement intuitive. Non seulement, pour Aristote, les qualités sensibles étaient réelles et même d’une réalité tout autre qu'idéale ou représentative, mais encore, pour affirmer la présence de telle qualité à tel moment et en tel point, les sens n'avaient qu'à s'ouvrir. Chacun d'eux était infaillible dans sa propre sphère et Aristote n'aurait jamais admis que, par exemple, la vue croit dans certains cas apercevoir du rose là où elle devrait voir du gris (voy. Colsenet, de l'inconscient, p. 41 ; Arist., de An. 1,3, 427 b, 11). Descartes, en raison de son mécanisme, est obligé de dénier toute réalité en soi aux qualités sensibles et de reconnaître que tout ce que les organes des sens peuvent . apporter devant l'âme, ce sont des mouvements. Par suite, les qualités sensibles risquent de perdre toute réalité, même psychologique, et de n'être plus qu’une manière confuse d’apercevoir des mouvements du monde extérieur et des organes, et, dans tous les cas, - les qualités eussent-elles une réalité psychologique, l'âme ne saurait être incitée à se les représenter que par la présence devant elle de certains mouvements. C'est dire que l'âme ne reçoit des sens que des signes et non des représentations toutes faites, que, par conséquent, la … perception est une interprétation et une construction. - Voilà quelles sont, d’une manière générale, les contributions que Descartes a apportées à la psychologie. Pour le présent nous ne voulons y considérer que ce qui concerne l'intelligence. IT ne nous reste plus avant de nous enfermer dans ce domaine spécial, qu'à rap-

réalité, qu'elles recélaient des processus complexes

peler la classification que Descartes 2 donnée des phéno. mènes de l’âme. C’est une classification bipartite. D'une part, l'âme est passive : c'est-à-dire qu'elle reçoit des sensalions et des imaginations, des intellections et, au sens étroit du mot, des passions; d’autre part, l'âme est active, c'est-à-dire qu’elle a des volontés et aussi des modes volontaires de limagination et peut-être, en général, de l'intelligence (1). Cette classification bipartite coïncide avec celles qu’admettent aujourd'hui nombre de psychologues, notamment W. James. Descartes, qui a déjà très bien conçu l’action réflexe (voy. Pass. art. 13 [XI, 338% sq.] ; cf. art. 16), s’est en somme représenté l'homme au milieu du monde comme recevant des … excitations et y répondant par des réactions. | Nous avons suflisamment indiqué dans ce qui précède … les points de la psychologie intellectuelle de Descartes sur lesquels il y a lieu de s'arrêter. C’est d’une part la théorie de l'imagination et de la mémoire, d'autre part la théorie de la perception.

La distinction cartésienne de l’idée et de l’image nous … est familière. Nous savons que pour Descartes la vraie pensée, ou intellection, se fait sans image ou s'élève . beaucoup au-dessus de l’image (6° Médit. C. 323-325 [72-73] [GS 2]; à Mersenné [j'uill, 1641] 11, 393-395%). Mais nous n'avons pas encore vu ce qu'est précisément l'image. Ce n’est nullement une pensée inférieure et confuse ; c'est quelque chose de corporel à la rigueur ; c'est une peinture ou un bas-relief aussi extérieur à l'esprit qu'un tableau accroché à un mur ou une sculpture taillée dans la pierre d’un monument ( voy. /ép. aux 9° Ob7. 385%, 387°[G. 11,294, 297] [G. 11 58,61)). Les images se gravent et résident à la surface du cerveau; il n’est

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(4) Voy. Pass. art. 17 ; cf. à Regius [maiet déc. 1641], III, 3723-16, 4543 sq. Le passage 3e Médit. [C. I, 267, VII, 37%-2][G. $ 5, 6] n’est pas une classification générale, mais une simple distinction de la pensée proprement dite d’avec les autres faits de l’âme; il présente l’idée comme première, et ainsi fera également Spinoza.

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