LA
ment tout semblable à celui que font les arpenteurs pour mesurer des distances (138° [C. V, 62} La distinction ou la confusion de la figure aperçue ; la force ou la débilité de la lumière dont l’objet parait éclairé ; la connaissance antérieure que nous pouvons avoir de l’objet aperçu et la comparaison que nous établissons entre ce souvenir et l'apparence que l'objet nous présente actuellement ; enfin le nombre des objets interposés entre l'œil et l’objet à situer ( 145°[C. 68]), tout cela contribue encore à l'appréciation des distances. C'est parce que la perception des distances est ainsi une opération complexe, une interprétation de certains signes, qu'elle est parfois erronée. En eflet tous les signes, tous les moyens d’évaluation dont nous disposons sont imparfaits. L'accommodation ne se produit plus pour les distances diverses, dès qu’elles sont un peu considérables ; l’angle dont nous avons parlé ne varie plus, dès que l'objet est à plus de cent ou deux cents pieds ; les corps blancs ou lumineux paraissent plus grands que d’autres égaux à eux et par conséquent ils sont jugés plus proches ; la perspective dans les tableaux montre assez comment la grandeur apparente, la netteté de figure, l'intensité de couleur et de lumière peuvent nous abuser dans le jugement de la distance. — Telle est en gros l'analyse de la perception de la distance chez Descartes. Tous les éléments n'en sont sans doute pas nouveaux. Mais peut-être n’avait-on pas encore dégagé et présenté ensemble une pareille somme d'éléments. Surtout on n'avait pas encore eu, comme Des: cartes, le sentiment du caractère discursif et rationnel de celte perception simple en apparence. Nous n'avons donc pas eu tort de dire que Descartes est l'initiateur d’une psychologie beaucoup plus hardiment analytique
que l'ancienne, en même temps que des recherches
exactes et précises en matière de physiologie de la pensée.