‹ Le système de Descartes;Chapitre 157 sur 171 · E > FR · texte numérisé non relu

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< ns autres que les esprits animaux. Les esprits ani-

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D sandent dans les canaux nerveux pour faire mouvoir les muscles. Mais, pour entrer dans les canaux nerveux,

il faut que certains pores soient ouverts aux esprits. Or ces pores peuvent sans doute être ouverts par des actions de l’âme; car, à chaque volition, la glande pinéale se

meut de telle ou telle manière et ainsi ouvre ou ferme

certains pores. Toutefois, une action exercée sur l'extrémité périphérique d’un filet nerveux le tire comme une corde et par là produit dans le cerveau, d'une part,

le mouvement destiné à procurer la sensation, d'autre

part, l'ouverture automatique de tel ou tel pore. Nous avons déjà rappelé ailleurs (p. 352) que Descartes conçoit très bien l’action réflexe répondant à une excitation sensorielle (Pass., art. 13). Voilà donc une première manière pour les esprits d’être conduits dans les muscles et, par conséquent, de produire le mouvement des membres sans aucune intervention de l'âme. Il y a encore pour les esprits une autre manière aussi automatique de prendre leur cours vers les membres et c’est celle-ci qui nous intéresse. L'article 14 nous l'expose :

sert à conduire diversement les esprits animaux dans les muscles est l’inégale agitation de ces esprits, et la diver- . sité de leurs parties. Car, lorsque quelques-unes de leurs . parties sont plus grosses et plus agitées que les autres, elles passent plus avant en ligne droite dans les cavités

et dans les pores du cerveau, et par ce moyen sont con- duites en d’autres muscles qu'elles ne seraient si elles - avaient moins de force». Ainsi, outre les excilations sensorielles, la vitesse et la grosseur des esprits constituent une autre cause mécanique capable de déterminer le cours des esprits ; et, par conséquent, le degré d'agitation et le degré de grosseur des esprits sont pour

ane et y apporte, ses parties plus subtiles qui ne.

« L'autre cause qui

maux remplissent les cavités du cerveau. De là ils se

l'organisme une circonstance considérable. Mais à ces deux premières causes du mouvement des esprits s’en

ajoute encore une autre qui dépend d'elles, et quicependant exerce une action encore plus radicale qu’elles. …

Par le fait des excitations sensorielles, collaborant avec l'état donné des esprits animaux, les orifices du cœur sont élargis ou rétrécis grâce à des nerfs qui se rendent au cœur, et, en conséquence, plus ou moins de sang, plus ou moins chaud et subtil, est envoyé vers le cerveau, ce qui modilie l'état donné des esprits. En somme donc, par le jeu des organes des sens et par celui des esprits, le jeu des esprits se trouve sans cesse changé. Il y alà un processus mécanique circulaire et fermé, qui agit automatiquement sur lui-même. Ce processus est précisément la cause physique des passions, c'est de lui que Descartes entend parler lorsqu'il dit que les passions sont causées et fortitiées par le mouvement des esprits. Elles sont causées par ce mouvement, mais il doit être bien entendu qu'elles ne sont pas ce mouvement même. Les passions sont imposées à l'âme, puisque ce sont précisément des passions ; mais elles sont en elles-mêmes les correspondants psychiques des mouvements corporels des esprits. Descartes exprime la distinction des deux termes avec une netteté particulière en comparant ce qui se passe en nous, qui pensons, avec ce qui se passe chez les animaux, qui ne pensent pas : «.. encore qu'elles |/es béles] n'aient point de raison, ni peut-être aussi aucune pensée, tous les mouvements des esprits et de la glande, qui excitent en nous les passions, ne laissent pas d’être en elles et d’y servir à entretenir et fortilier, non pas comme en nous les passions, mais les mouvements des nerfs et des muscles qui ont coutume de les accompagner. » (art. 50, XI, 369*° sq.). Les passions sont donc des perceptions comme les perceptions des sens ou celles de l'intelligence, c’est-à-dire qu'elles sont quelque chose que l'âme aperçoit en elle,

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Descartes préférerait peut-être le mot de sentiments ou … surtout celui d'émotions (art. 28) ; quel que soit le terme employé, il désigne toujours un état de l’âme et le mot de perception est justifié. Seulement ce sont des perceptions obscures, Descartes l'indique expressément, sinon itérativement (ibid., déb.). Voilà une première distinction qui sépare les passions proprement dites des autres états passifs de l'âme ou passions au sens large. Elle ne suflirait pas à elle seule.

Mais il yen a une autre dans le fait que les passions

proprement dites correspondent aux mouvements ner- __ veux et circulatoires que nous venons de déterminer, et il y en a enfin une autre, proprement psychologique, qui est indiquée dans le troisième des points que nous avions à expliquer pour faire comprendre la définition des passions. — Les passions sont des perceptions que l'âme rapporte à elle-même. Là est en effet la caractéristique psychologique des faits aflectifs. Descartes ne s'explique peut-être pas sur ce caractère avec toute la netteté désirable. Il le présente sous un aspect un peu négatif. Tandis que les sentiments proprement dits, c'est-à-dire les sensations externes ou internes, sont rapportés à la cause qui les produit et qui est leur objet, les passions, bien qu’elles aient elles aussi des causes physiques, ne sont pas rapportées à ces causes, attendu que celles-ci ne sont pas connues directement et naturellement, mais seulement par la recherche scientifique (art. 25 et déb. de l'art. 29). Descartes a presque l'air de dire que c’est faute de pouvoir se rapporter à leur objet physique que les passions se rapportent à l'âme : cette manière de présenter les choses s'explique parce . que, pour Descartes, les passions, tout en étant dans l'âme, sont relatives au corps, et qu'il est naturellement dominé par l'esprit dualiste. Mais il est ainsi empêché de voir à plein, et de dire que les passions sont rapportées à l'âme parce qu'elles sont quelque chose qui inté-

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resse tout spécialement le ee qu'elles sont au fond | | l'appréciation du sujet sur son était. Du reste Descartes l ce ne laisse pas de dire; que les passions sont relatives au bien et au mal du corps (art. 52), et par là, illeur reconnait bien, indirectement, le caractère de subjectivité qui distingue les faits affectifs des faits de connaissance. | "à : Ainsi donc, la définition des passions se trouve éclair- 2 EE cie. Passons de la définition aux faits ei voyons comment une passion se produit et procède. Le mouvement des esprits animaux, qui est la cause prochaine des passions, peut être déterminé par un acie de l’âme mouvant la glande et, par suite, les esprits ; il peut l'être par le tempérament du corps, c’est-à-dire sans doute par l'effet du mélange des humeurs selon telle ou telle proportion; il peut l'être par le cours fortuit des images. Mais les mêmes mouvements que ces diverses causes sont capa-

bles d’exciter dans les ‘esprits peuvent toujours être produits par les impressions provenant des objets des

sens (1). Pour nous représenter comment une passion procède, nous supposerons donc qu'elle a sa cause première dans l'impression produite par un objet des sens:il y a donc d’abord cette impression. Si cette impression est par exemple effrayante, c'est-à-dire si elle ressemble à quelque autre qui a antérieurement nui au corps, alors elle excite dans l'âme une surprise qui s'appelle la crainte, et ensuite soit la hardiesse, soit la peur, c’est. | a-dire que l'impression considérée détermine, physiquewent parlant, le passage des esprits animaux, d'une part

dans les nerfs qui servent à mouvoir les bras pour se défendre ou les jambes pour fuir, d'autre part dans les

(1) Art. 26, fin ; art. 51 : « encore qu’elles [les passions] puissent quelquefois être causées par l’action de l’âme, qui se détermine à concævoir tels ou tels objets, et aussi par le seul tempérament du corps ou par les impressions qui se rencontrent fortuitement dans le cerveau, comme il arrive lorsqu'on se sent triste ou joyeux sans en pouvoir dire aucun sujet, il paraît néanmoins par ce qui a été dit, que toutes les mêmes peuvent aussi être excitées par les objets qui meuvent les sens, et que ces objets sont leurs causes les plus ordinaires et principales. »

ps rer s qui v vont au Cœur, de telle façon que, par suite de … l'élargissement ou du rétrécissement des orifices de cet h | organe, il arrive au cerveau des esprits doués de la cons- 4 titution et des mouvements qu’il faut pour entretenir | dans l’âme la passion de la hardiesse ou la passion de la 24008 É peur (art. 36-38). La même impression sensorielle ne. détermine pas d'ailleurs le même mouvement des esprits dans tous les cerveaux ; car l'habitude peut changer les mécanismes préétablis par la nature. Comment le chan- gement s’opère, c’est ce qu'il faut quelque attention pour comprendre. L'explication que donne Descartes revient en somme à invoquer l'association par contiguité ou son équivalent physiologique. La vue de telle viande . est appétissante, c’est-à-dire qu'elle détermine, en vertu d’un mécanisme préélabli ou d'habitudes supposées établies, un certain cours des esprits et, dans l'âme, la passion correspondante, S'il se présente un jour, en même temps __ que cette viande, quelque cause de dégoût, désormais ladite viande, au lieu de paraître appétissante, provoquera le dégoût (1). Ainsi une impression des sens, grâce à un mécanisme naturel ou à un mécanisme engendré par l’habitude, fait naître dans les esprits tel mouvement vers le cœur, etc., et tel mouvement vers les muscles des membres, et ces mouvements se traduisent dans l'âme par telle passion.

Nous savons maintenant ce qu'est et comment se comporte une passion en général. Il y a plusieurs passions : il faut les classer et déterminer en quoi chacune

( (1) Art. 50 : « encore que chaque mouvement de la glande semble avoir été joint par la nature à chacune de nos pensées dès le commencement de notre vie, on les peut toutefois joindre à d’autres par habitude, ainsi que l’expérience fait voir aux paroles, qui excitent des mouvements en la glande, lesquels selon l'institution de la nature ne représentent à l’âme que leur son lorsqu'elles sont proférées de la voix, ou la figure de leurs lettres lorsqu’elles sont écrites, et qui néanmoins par l'habitude qu’on a acquise en pensant à ce qu’elles signifient, lorsqu'on a oui leur son ou bien qu’on a vu leurs lettres, ont coutume de faire concevoir cette signification plutôt que la figure de leurs lettres ou bien le % son de leurs syllabes... » etc, (XI, 368% sq.).

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leurs causes prochaines, c'est-à-dire au mouvement des esprits animaux ; il faut s'adresser à leurs causes premières, savoir aux impressions des objets des sens. Comme les passions se rapportent aux objets des sens non en tant qu'ils présentent telles ou telles propriétés à connaître, mais en tant qu'ils sont utiles, nuisibles ou, dans tous les cas, importants pour notre corps, nous n'avons, pour classer les passions, qu'à chercher en combien de manières un objet des sens peut servir, nuire ou importer au corps (art. 51, 52). Par cette manière de considérer les passions non plus dans leur équivalent organique, mais dans leur fonction, Descartes passe de la physiologie à la psychologie déductive de Spinoza, en la mélant peut-être de quelques emprunts à : Fintrospection.

Il y a six passions fondamentales. La première est l'admiration, qui est à peine une passion et marque la transition entre l'intelligence et la passion (art. 53, 70, 71). Dès que l’objet des sens nous est représenté comme utile ou nuisible, des passions d'une autre sorte apparaissent : l'amour et la haine (56); le désir (57 et 86), dès que le mal ou le bien est dans le futur, non dans le présent. La joie et la tristesse expriment le résultat de l’action que produisent sur nous les objets en tant qu'utiles et nuisibles (91-92). Telles sont les six passions primitives (art. 69). Pour savoir ce que c'est qu'une passion particulière ou dérivée, il faut voir (art. 149 et 150) comment l’estime et le mépris sont des espèces de l'admiration. D’autres passions particulières sont la réunion de plusieurs passions primitives, par exemple la pitié (art. 185 et 160). Cependant Descartes regarde, en principe, chaque passion primitive comme un genre ayant sous lui ses espèces (art. 149, déb.). Il ne compose point les passions particulières par le mélange de plusieurs passions primitives.

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