‹ Le système de Descartes;Chapitre 161 sur 171 · AU · texte numérisé non relu

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n. 1 ‘me extérieurs et les biens qui dépendent de nous: Toutes

choses égales d’ailleurs, les biens extérieurs ajouteraient

4 quelque chose à la perfection et à la béatitude(264 sq.).

Mais les biens extérieurs nous sont généralement inac-

cessibles : il faut donc concentrer nos désirs sur les biens

qui dépendent de nous, et, comme ce qui dépend de nous, c'est avant tout nos volontés, la perfection que nous devons rechercher c’est celle de notre volonté, de sorte que le souverain bien finit par s'identifier avec la vertu (NV, 83°" ; IV, 266**, 267: ; 305"). Au reste, lorsque en perfectionnant notre volonté nous avons fait tout ce que nous pouvions pour nous procurer le souverain bien, nous l’avons effectivement atteint, puisque nous en avons saisi tout ce qu'en comporte notre nature,

c'est-à-dire puisque nous sommes entrés en possession

du seul vrai souverain bien, de celui qui est nôtre. Il s'ensuit que notre béatilude est dès lors complète (1).

Le souverain bien ainsi défini, reste à parler de la vertu et de l’intention. La vertu est définie par Descartes comme l'effort de la volonté et il revendique même la propriété de cette définition (IV, 264" ; V, 83°—75,*7\, Ayant ainsi défini la vertu non comme une aptitude naturelle, ni même comme une fonction de l'intelligence, Descartes insiste tout naturellement sur l'importance de l'intention : il la fait ressortir jusqu’à approcher parfois du subjectivisme moral (2). Mais, tout en faisant ressortir

(1) IV, 264% sq. : « comme un petit vaisseau peut être aussi plein qu'un plus grand, encore qu’il contienne moins de liqueur, ainsi prenant le contentement d’un chacun pour la plénitude et l’accomplissement de ses désirs réglés selon la raison, je ne doute point que les plus pauvres et les plus disgraciés de la fortune ou de la nature ne puissent être entièrement contents et satisfaits, aussi bien que les autres, encore qu’ils ne jouissent pas de tant de bien. Et ce n’est que de cette sorte de contentement de laquelle il est ici question ; car, puisque l’autre n’est aucunement en notre pouvoir, la recherche en serait superflue. »

(2) Voy. V, 83?7, surtout 841 : « Et, bien que ce qu’on fait alors [quand on se porte avec vigueur à faire les choses qu'on croit être bonnes, mais après les avoir autant examinées qu’on en a moralement le pouvoir] puisse

l'importance de l'intention, Descartes fait voir comment

cependant elle n'est pas quelque chose qui se suffit : il montre qu'elle enveloppe dans sa notion même l'idée d'un recours à la connaissance. La bonne intention radicale est celle de connaître le bien, et il y a une vertu vraie, c'est-à-dire telle que le sujet y soit d’' accord avec l'objet (4). ”

Telle est en somme, dans sa lettre, la morale de Descartes, dans la mesure où l’auteur l’a exprimée. Mais il reste à interpréter cette lettre.

Presque tout le monde a dit, et certainement c'est une Opinion qui contient de la vérité, que Descartes est en morale un stoïcien. On a même ajouté que ce stoïcisme moral était d'accord avec sa métaphysique. Nons ne croyons pas à cet accord, et par suite Descartes nous paraîl au fond moins stoïcien qu'on ne croit. Si sa métaphysique est, comme nous l'avons pensé, dominée et pénétrée par l'idée de la liberté, elle est essentiellement opposée à celle des Stoïciens, toute détermiriste, et dans laquelle le déterminisme s’assouplit tant qu'on voudra, mais sans se rompre jamais. Or, de cette diffé-

être mauvais, on est assuré néanmoins qu’on fait son devoir ; au lieu que, si on exécute quelque action de vertu, et que cependant on pense mal faire, ou bien qu’on néglige de savoir ce qui en est, on n’agit pas en homme vertueux. » IV, 30748 : « Il me semble aussi qu’on n’a point sujet de se repentir, lorsqu'on a fait ce qu’on a jugé être le meilleur au temps qu’on a dû se résoudre à l’exécution, encore que, par après, y repensant avec plus de loisir, on juge avoir failli. Mais on devrait plutôt se repentir, si on avait fait quelque chose costre sa conscience, encore qu’on reconnût, par après, avoir mieux fait qu’on n’avait pensé ; car nous n'avons à répondre que de nos pensées... » cf. à Elisab., sept. 1646, IV, 45,78,

(1) Voy. IV, 2652 (cf. p. 378 s. fin.), 2671-18 : « Mais néanmoins pour ce que, lorsqu'elle [notre vertu] n’est pas éclairée par l’entendement, elle peut être fausse, c’est-à-dire que la volonté et résolution de bien faire nous peut porter à des choses mauvaises quand nous les croyons bonnes, le contentement qui en revient n’est pas solide ; … le droit usage de la raison donnant une vraie connaissance du bien empêche que la vertu ne soit fausse, et même l’accordant avec les plaisirs licites il en rend l’usage si aisé et, nous faisant connaître la condition de notre nature, il borne tellement nos désirs, qu’il faut avouer que la plus grande félicité de l’homme dépend de ce droit vsage de la raison...»etc.

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