LA MORALE
rence en métaphysique découlent les différences morales de haute importance. Comme les Stoiciens voient l'agent écrasé par toutes les forces du monde, ils condamnent tout plaisir sensible parce que le plaisir sensible est un relâchement. Rien de tel chez Descartes.
Dans le Traité des Passions, et ailleurs, il multiplie les |
déclarations sur la bonté des passions (voy. p. ex. Passions dern. art.; et lettre déjà citée 4 Chanut, IV,538°). D'autre part, sa philosophie n'est point, comme celle des
Stoïciens, inactive et repliée sur elle-même : selon
l'expression célèbre de la 6° partie du Discours, la philosophie cartésienne ‘aspire à nous rendre « maitres et possesseurs de la nature ». Cette nature sur laquelle nous avons prise par la liberté, nous pouvons en principe la transformer complètement et l’asservir aux besoins de l’homme. On sait quelles espérances Descartes avait fondées en particulier sur la médecine, et même spécialement au point de vue moral. Sans doute il y aura toujours des choses que nous ne pourrons pas changer dans la nature, ou du moirs que nous ne pourrions changer qu'indirectement et lentement : c'est en considération de ces choses-là qu'il faut nous rabattre sur nous-mêmes et agir sur nous plutôt que sur le monde. Voilà par où la morale de Descartes doit rester voisine de celle des Stoïciens. Mais ici même il ya entre les deux une différence profonde sous l'accord extérieur et surtout apparent. Pour les Stoiciens nous ne pouvons pas changer notre nature même ; il peut seulement nous arriver, quand nous sommes les favoris de la nécessité, de nous apercevoir comme identifiés avec Dieu, et cessant d'être esclaves parce que nous cessons d'être. Chez Descartes, l’action sur nous-mêmes doit être prise à la rigueur : nous pouvons modifier notre àme et nous pouvons même modifier notre corps, organiser autrement nos passions. Ainsi entre Descartes et les Stoïciens la distance est grande.
dE
rt
DESCARTES. + Lis Li
en .
On a dit d'autre part que Descartes était, en morale, M thomiste et aristotélicien. Telle est, par exemple, l'opinion de Baillet. Le fait est que Descartes professe une morale de la perfection et qu'il y a beaucoup d'intellectualisme dans sa morale. Mais d'abord le dernier mot de Descartes, ce n’est pas la contemplation comme chez Aristote ; c'est au contraire l'action. Ensuite, Descartes a fait à l'intention et au sujet une place qu’Aristote n’a pas songé
et ne pouvait pas songer à leur accorder.
On a dit enfin que Descartes était en morale un simple | écho du Christianisme. Descartes est chrétien peut-être, À par la part qu'il fait a l'intention. Mais son intention. nalisme s’accommode de plus d'intellectualisme que le Christianisme n'en comporte peut-être : le devoir fondamental est chez lui de chercher à s’éclairer. D'autre part, et surtout, il n'y a pas trace chez Descartes d'une doctrine de l'épreuve et d’un ascétisme.
Comment donc faut-il caractériser la morale cartésienne? Ce n’est pas un utilitarisme ; pas même peutêtre un eudémonisme, puisque le plaisir est réduit au rôle de moyen d'atteindre le souverain bien: c'est comme une voie dont se sert la nature pour nous attirer vers la perfection. La vérité est que la morale de Descartes c'est essentiellement la connaissance agissante : témoin la maxime célèbre qu’il suffit de bien juger pour bien faire. Par suite la morale, selon Descartes, est une science. Sans doute, c'est ce qu’on appelle quelquefois maintenant une science normative, parce que Descartes admet la liberté et par conséquent un idéal distinct du réel. Ce n’en est pas moins une science : la science de l’ordre idéal. La moralité, c'est chaque être et chaque acte à sa place (voy. IV, 293 *-*”). La fonction réelle de la volonté c’est de nous ouvrir, par l'attention, à l'aperception de cet ordre. La connaissance de cet ordre est donc la grande affaire. De là, et de ce que pour la réalisation de cet ordre Descartes entend faire appel au secours de la méca-
EE e a m me fa td) un Ds: sèchement D siemiiqne qu’on croit pressentir, en lisant par NE PU Ja préface des Principes, dans ce qu'aurait été la morale de Descartes. Vouloir connaître l’ordre et par suite vouloir l’accomplir, toute la moralité était là selon
À Descartes. Il ne semble pas s'être dit que peut-être l'or-.
4 dre à accomplir n’était encore qu'un moyen et que ce Dsqui était vraiment moral, c'était l'humanité voulant
l’ordre et, par exemple, la justice, bien plutôt que ce ne - Ge
serait le mécanisme même et le résultat de l’action con-
1 forme à l'ordre. Encore ne faut-il pas oublier qu’une 5 telle notion de la moralité, quoiqu il en paraisse assez loin, aurait bien pu être admise par le penseur que a révélé à lui-même le sujet pensant.
de