LA MÉTHODE AU TEMPS DE DESCARTES
ques règles que nous donnerons dans la suite. » (/2ecA. de la Vér. I, 1, Bouillier 1, 20). Muni ce ces règles et attentif, on peut se mettre en toute sécurité à la recherche du vrai: le succès ne peut manquer. Quant à Spinoza, il est clair qu'il se préoccupe plus que personne de l'infaillibilité de la méthode et qu'il y croit aussi plus que personne. Une fois qu'on a su prendre pour modèle de connaissance l’idéé vraie et trouvé les règles qui permettent d'amener ce qui est d'abord inconnu à être pensé comme l'est l'idée vraie, la tranquillité du chercheur est assise et la possession de la vérité sera immanquablement atteinte, puisque la méthode ne fait qu'exprimer dans la réflexion la marche nécessaire que suit naturellement l'esprit lorsqu'il va au vrai (De mend. intell.< 49 et $ 38).
Ainsi, au temps de Descartes, tous les penseurs se préoccupent de la méthode et croient à sa souveraine puissance. Si nous nous demandons le pourquoi de ces deux états des esprits, il semble que nous le trouve- rons aisément. Les penseurs viennent de rompre avec toute autorité en matière de philosophie et même quelquefois, comme Spinoza, en matière de pensée quelconque et de croyance quelconque. Ils ont besoin de quelque chose qui les rassure. Ils ne peuvent pas passer tout de suite à cette acceptation tranquille du probabilisme, qui est maintenant le partage de la plupart des esprits vraiment cultivés. La méthode est le garant, quasi extérieur encore, dont leur pensée a besoin. Voilà bien pourquoi, si nous ne nous trompons, ils se préoccupent avant tout de s2 procurer une méthode, ou plutôt la méthode, car c'est ainsi qu'ils s'expriment et cette nuance a sa signification. Voilà pourquoi Descartes en particulier regarde comme le premier point et le plus important de sa tâche de se mettre en quête de la méthode.
Les premiers pas dans cette direction remontent loin
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* dans sa vie: « Je ne craindrai pas de dire, écrit-il dans 24 le Discours de la Méthode (1 partie), que je pense 4 avoir eu beaucoup d'heur de m'être rencontré dès ma jeunesse en certains chemins qui m'ont conduit à des
F considérations et des maximes, dont j'ai formé une À méthode, par laquelle il me semble que j'ai moyen Fe d'augmenter par degrés ma connaissance et de l'élever peu à peu au plus haut point auquel la médiocrité de mon esprit et la courte durée de ma vie lui pourront permettred'atteindre. » (VI3 *[g$3.]) Un passage de Baillet, d’après une relation manuscrite du P. Poisson, montre que c'est dès le collège que Descartes a songé à la méthode, et ce même passage nous indique déjà quelques-uns des traits de la méthode cartésienne (1). La méthode qui y est esquissée est déjà, en gros, mais sans qu'on puisse
+ la méconnaitre, celle des géomètres : axiomes, définitions, démonstrations. Un texte des /nédits qui paraït remonter au 1° janvier 1619 nous confirme que Descartes a songé
à la méthode dès sa première jeunesse, et nous fournit deux renseignements intéressants : il nous montre en effet que la méthode cartésienne est avant tout, dès l'origine, une méthode d'invention, et, d'autre part, qu'elle a été tirée par Descartes non de considérations
4 (1) 11,483, sq. : « I] semble que, pour son particulier, la bonté de son
esprit eût suppléé de bonne heure à une partie des défauts qui se trou-
s vent dans la méthode des Scolastiques, doni on se sert dans les collèges
C0 pour le commun des étudiants. Étant encore à la Flèche, il s'était formé
sn une méthode singulière de disputer en Philosophie, qui ne déplaisait
È pas au P. Charlet, Recteur du Collège, son directeur particulier, ni au
P. Dinet, son Préfet, quoiqu’elle donnât un peu d’exercice à son Ré-
De |, gent. Lorsqu'il était question de proposer un argument dans la dis-
pute, il faisait d’abord plusieurs demandes touchant les définitions des
noms [en marge rel. ms. de Poisson]. Après il voulait savoir ce que l’on
entendait par certains principes reçus dans l'École. Ensuite il deman-
L dait si l’on ne convenait pas de certaines vérités connues, dont il fai-
sait demeurer d’accord : d’où il formait enfin un seul argument, dont
il était fort difficile de se débarrasser. C’est une singularité de ses études
que le P. Poisson, demeurant à Saumur en 1663, avait apprise d’un
à homme qui avait porté le portefeuille à la Flèche avec M. Descartes,
fl et qui en avait été témoin pendant tout le cours de philosophie qu’ils ævaient fait sous le même maître. »
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abstraites, mais de l'observation des démarches de sa pensée lorsque ces démarches aboutissaient : « Juvenis, oblalis ingeniosis invenlis, quærebam ipse per me possemne invenire, eliam non lecto auctore : unde paulatim animadverti me certis regulis uti. » (F. de C. HE, 2[X; 214 :).
Mais laissons les premières réflexions de Descartes écolier et voyons, autant que possible, ce qu'il a pensé sur la méthode avant les Æegulæ; voyons aussi en quoi consiste ce qu'il a appelé lui-même la découverte de la méthode.
Descartes avait composé dans sa jeunesse un certain
nombre de petits ouvrages qui ont été et sont encore en
grande partie perdus pour nous. Ils avaient été en
général rapportés de Suède après sa mort, et Clerselier les a eus en mains. Malheureusement, les habitudes des
éditeurs étant autres que de nos jours, on ne les a pas
publiés tout de suile, et même on les a laissés s’égarer. En revanche Baillet nous a conservé quelques renseignements sur ces écrits, et d'autre part des extraits, pris par Leibniz à Paris et intitulés : Cartesii coyitationes privalæ, ont été retrouvés à Hanovre par Foucher de Careil, puis en 1859 publiés par lui (1). Malheureusement » P
les extraits de Leibniz ne sont pas très abondants, et surtout Leibniz néglige d'ordinaire d'indiquer l'ouvrage où il puise, se contentant de mettre à la suite l’une de l'autre les pensées qui lui ont paru mériter d'être extraites. Les Cogitationes privalæ sont donc une sorte de chaos, quoique précieux, et c’est Baillet qui nous donne encore le plus de lumières (2). 11 nous permet de
(1) D'une façon d’ailleurs très incorrecte (cf. AT. X, 208, 211, 215a, 249 et al: ; voir plus bas). On n’a pu, jusqu'à présent, retrouver à Hanovre le ms. sur lequel F. de C. a copié les fragments intitulés, sans doute par lui-même, Cogitationes privatæ. Cf. AT. ibid. 210, 213a. Voir F. de C. Inédits de Desc. 1, p. X.
(2) Les passages de Baillet à consulter sur l'histoire extérieure des
écrits de jeunesse sont les suivants : I, p. 50. « Monsieur Chanut, ambassadeur de France en Suède et le baron de Kroneberg, commis par la
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