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à la publicité par l’auteur comme il nous en avertit à la
fin, mais publié à Utrecht en 1650 après la mort de
Descartes d’après une copie prise sur l’exemplaire de
Beeckman (Baillet I, n. 45 et 47). Tous ces ouvrages ne nous intéressent pas également pour notre objet actuel. Et d’ailleurs nous avons peu de renseignements sur
plusieurs d’entre eux. Des Dermocritica nous ne savons
que leur titre, qui nous autorise à conjecturer qu'on lisait dans cet opuscule des pensées sur la physique. Nous sommes à peu près aussi mal instruits sur les Experimenta : d'un passage de Baillet ([, 102), où ce
biographe raconte, en s'appuyant sur les £xperimenta,
l'aventure de Descartes avec des matelots, M. Millet
(Dese. av. 1637, p. 101) conjecture qu’il s'agissait d’ex-
périences « de l’ordre moral et physiologique ». Ballet nous disant (4, 50) que les Præambula avaient pour épigraphe : « initium sapientiæ », le même M. Millet estime quil y devait être question d'une morale provisoire (loc. cit.). Le seul fragment d'algèbre que reproduise la copie de Leibniz est inaccessible, parce que nous n'avons pas la clef des signes dont l'auteur se sert (1). Aux litres de Considérations générales sur les sciences et de Parnassus (2) se laissent rattacher des
(1) Cf. Millet, op. cit. 112. — Ces signes avaient été mal lus par F. de C. (comme l’a prouvé d’autre part [1906] la comparaison avec la copie de Leibniz pour le De solidorum elementis). La découverte (1905) du Journal de Beeckman avait déjà permis de savoir, par une lettre de Descartes qui y est transcrite, que Descartes, en 1619, ne connaissait pas encore les signes de Ramus et de Viète et qu’il se servait alors de caractères cossiques. Ce système de notation, en usage chez les mathématiciens italiens et allemands de la fin du xvie siècle, était employé par le Jésuite Clavius dans son Algebra, livre renommé que D. a fort bien pu avoir entre les mains à la Flèche. Cf. sur la question AT. X, 211 sq., 154 c, 156 (fin de la note d, p. 155), 249-251, 259-262. On a déjà vu {ire leçon, p. 7 et n. 1) que vraisemblablement Descartes n'a rien connu de Viète qu'après son établissement en Hollande.
(2) Il est difficile de savoir si le Parnassus et les Considérations sur les sciences étaient ou non deux recueils distincts (cf. AT, X, 210), comme le pensait Millet, op. cit., 100. D'une part il semble, à bien examiner les textes cités, p.35, n. 2 (p. 36), que Baillet ne les distingue pas. Mais on s'étonnera d'autre part qu'un même ouvrage, le Parnassus, puisse être
pensées dont nous relèverons tout à l'heure quelques-
unes. Les Ü/ympica, dont le contenu était très caractéristique et se trouve par là discernable dans la copie de Leibniz, attireront tout particulièrement notre attention. Le Studium bonæ mentis est comme une anticipation des Ziegulæ. Quant à la Thaumantis liegia, «le palais des merveilles », dit M. Millet (op. cit. 128), il y faut rapporter dans les extraits de Leibniz tout ce qui a trait aux moyens de produire des effets singuliers par les ressources de l'optique et de la mécanique. Le Compendium musicæ ne peut RE RES nous être utile que par accident.
Il se trouve effectivement qu'il n'est pas inutile ; et, au moment de relever les pensées sur la méthode que Descartes a conçues depuis sa sortie du collège jusqu'aux Requlæ, nous devons emprunter à M. Millet (op. cil., 58) une observation très Juste. C’est qu'on trouve déjà dans ce traité une tendance à l'exposition géométrique. Les remarques par lesquelles Descartes commence sont autant de principes sur lesquels ils s'appuiera dans la suite, de sorte qu'il traitera la musique autant que possible, comme une science déductive. Cette manière de faire est ce que nous devions attendre sachant quelles étaient les idées de Descartes écolier sur la méthode.
Aux Considérations générales sur les sciences appartenait sans doute un passage capital qui nous montre Descartes déjà en possession de l'idée de la science qu'il se fait au début des Æegulæ : «... videntesque homines non omnes artes simul ab eodem homine esse addiscendas, sed illum optimum artificem facilius evadere, qui uni-
désigné par lui, d’abord sous le titre de « Considérations sur les sciences en général », puis sous celui de « Considérations mathématiques », qui seul d’ailleurs s’accorde avec les termes de l'inventaire de Stockholm (ibid., 74). Peut-être ‘a-t-il voulu réunir sous la première rubrique tous les recueils, autres que le Parnassus, relatifs’ à des questions scientifiques diverses (voir l'inventaire). Au surplus la question paraît à pew près insoluble,
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cam tantum exercet, quoniam eædem manus agris colendis et citharæ, pulsandæ vel pluribus ejusmodi diversis oficiis, non tam commode quam unico ex illis possunt aptari: idem de scientiis etiam crediderunt, illasque pro diversitate objectorum ab invicem distinguentes, singulas seorsim et omnibus aliis omissis quærendas esse sunt arbitrati. In quo sane decepti sunt, Nam cum scientiæ omnes nihil aliud sint quam bumana sapientia, quæ semper una eteadem manet, quantumvis differentibus subjectis applicata, nec majorem ab illis distinctionem mutuatur, quam solis lumen a rerum,
quas illustrat, varietate, non opus est ingenia limitibus
ullis cohibere. » (X, 359, “ sq.) Voici maintenant le passage des /nédils : « Larvatæ nunc scientiæ sunt : quæ, larvis sublatis, pulcherrimæ apparerent. Catenam scientiarum pervidenti, non difficilius videbitur eas animo retinere quam seriem numerorum. » (F. de CT, 4 en-bas ; AT. X, 245").
Les Requlæ (Règles XIV et XV) nous invitent à appeler l'imagination au secours de l’entendement et à représenter par des figures géométriques les quantités que nous avons besoin de considérer. C’est déjà ce que dit avec la dernière précision, et en partant d’un cas parliculier qu’il généralise, un passage des Cogilationes, pris sans doute du Parnassus. Descartes (qui ignore encore l'expérience de Galilée à Pise) a rencontré un mathématicien ingénieux (1) qui lui proposa de déterminer la loi de la chute des graves en supposant que la pesanteur soit une force accélératrice constante, et pour trouver la loi que les espaces sont proportionnels aux carrés des temps, il s’aide d'une représentation géométrique. Puis il continue : « Ut autem hujus scientiæ fundamenta
(1) Ce serait Isaac Beeckman, et la question serait de nov. ou déc. 1618 : voir le Journal de Beeckman dans AT. X, 58-61 (principalement 60 d.) et 75-78 ; cf. l'avertissement de l'Editeur, fbid., 26 sq., et aussi une note de Paul Tannery, AT. I, 75.
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jaciam, motus ubique æqualis lineâ repræsentabitur, vel superficie rectangulä, vel parallelogrammo, vel parallelipipedo ; quod augetur ab unâ caysä, triangulo ; a duobus, pyramide... ; a tribus, aliis figfris. » (F. de C. I. 18, AT. X, 220° ;, cf. Millet op. cit. 104 sq.)
Enfin le Studium bonæ mentis paraît avoir été, ainsi que nous le disions tout à l'heure, comme une première esquisse des /egulæ et peut-être même du Discours de la Méthode. Le livre, divisé en articles (Baillet I, 109), par où il ressemblait aux /tegulæ, parlait du peu de cas
qu'il convient de faire des sciences dans leur état pré-
sent (Baillet I, 34), et il disait ce qu'il fallait faire pour acquérir le vrai savoir (voy. Baillet II, 406 et AT. 191-203).
De tout ceci il résulte que la formation de la méthode de Descartes a commencé de très bonne heure dans son esprit ; qu'il l’a élaborée par plusieurs rédactions successives, partielles ou d'ensemble. Mais ce sont là des renseignements purement historiques, dans le sens le plus brutal du mot, et ils ne nous font pas pénétrer dans le secret de la création de la méthode cartésienne. Peut-être cependant peut-on entrevoir quelque chose de ce secret, et cela à l’aide des /nédits tels qu'ils sont, à l'aide surtout des restes de celui des opuscules dont nous n'avons fait que donner le nom, à l'aide des Olympica. La raison extérieure qui autorise cet exposé, c'est que les O'ympica sont, sans contestation possible, de la date même à laquelle la méthode a été découverte. C'est donc au milieu des idées rapportées dans les Olympica que la méthode a pris naissance.
Descartes en effet parle littéralement d'une découverte de sa méthode. Il en place l'invention à une époque précise, et même à un jour déterminé. On sait ce qu'il dit dans la 2° partie du Discours : « J'étais alors en Allemagne, où l'occasion des guerres qui n’y sont pas encore finies m'avait appelé, et, comme je retour-
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nais du couronnement de l'Empereur vers l’armée, le commencement de l'hiver m'arrêta en un quartier, où, ne trouvant aucune conversation qui me divertit et n'ayant d’ailleurs par bonheur aucuns soins ni passions qui me troublassent, je demeurais tout le jour enfermé seul dans un poële où j'avais tout loisir de m'entretenir de mes pensées. » (VI, 11 [G. & 11). Les
Olympica déterminentla date avec la dernière exactitude.
Le texte, ou plutôt les textes, qu'ils donnent soulèvent seulement une difficulté de détail qui n'a pas paru insoluble aux historiens récents. Voici le passage de Baillet où nous trouvons ces textes : le traité intitulé O/ympica
« contenait à la marge, d’une encre plus récente,
mais toujours de la même main de l'auteur, une remarque qui donne encore aujourd hui de l'exercice aux curieux. Les termes auxquels cette remarque était conçue portaient : X7 Novembris 1620, cæpi intelligere fundamentum inventi mirabilis, dont M. Clerselier ni les autres Cartésiens n’ont encore pu nous donner l'explication. Cette remarque se trouve vis-à-vis d'un texte qui semble nous persuader que cet écrit est postérieur aux autres qui sont dans le registre (1) et qu'il n’a été commencé qu’au mois de novembre de l'an 1619. Ce texte porte ces termes latins: X Novembris{619, cum plenus forem Enthousiasmo et mirabilis scienliæ fundamenta reperimen, etc. » (1,0 sq. ; AT. X, 179, cf. 175). Il n’y a pas de lumière à attendre de la copie de Leibniz, ou du moins de la transcription qu’en donne Foucher de Careil (1, 8 ; AT. 216:), car elle ne fait que reproduire avec négligence les indications qui précèdent. Mais, comme snventi mirabilis est plus paiculier que mirabilis scientiæ fundamenta, il faut penser sans doute, avec M. Liard (p. 6 note), que l'inventum mirabile du 11 nov. 1620 est un procédé particulier de la nouvelle
(1) Et notamment au Parnassus, s’il est vrai qu'il soit de janvier 1619, voir supra.
géométrie, celui dont parle Baillet d'après Lipstorpius (4). Ainsi l’addition marginale ne retire pas le texte et n’est pas une correction reportant de 1619 à 1620 l'invention de la méthode. Au surplus quand, par impossible, il faudrait voir dans l'addition marginale une correction, il resterait toujours que Descartes s’est regardé comme ayant inventé sa méthode subitement, en un certain Jour. Au reste il donnait dans les O/ympica des détails que Baillet a reproduits (1, p. 80-86), et qui ne permettent pas de douter qu'il a passé par une crise psychologique, avec retentissements physiques caractérisés. A la suite de ses recherches et de sa découverte, « le feu lui prit au cerveau », dit Baillet, Il eut trois songes dans la même nuit, et, ce qui est aussi assez caractéristique, il les interpréta avec complaisance et presque avec superstition. Enfin ce fut à propos de l’événement considérable qui venait de se produire pour lui qu'il décida son pèlerinage à Notre-Dame de Lorette (fnédits, F. de C. I, p. 12, AT.-X, 217 sq. ;: Ballet; 85 sq., AT. 180-188).
Mais comment admettre que Descartes ait découvert sa méthode tout à coup le 10 novembre 1619, s'il est vrai qu'il avait déjà des idées sur la méthode au collège, et si, comme il le dit lui-même, c’est peu à peu qu'il a remarqué qu'il se servait de règles déterminées pour ses inventions ? Pour répondre à la question, il faut distinguer dans la méthode plusieurs éléments, et c'est ici que les Olympica vont nous aider considérablement. En 1619, Descartes avait depuis longtemps des préférences pour la conception déductive de la science ; depuis longtemps il était persuadé que les seuls mathématiciens
savaient démontrer et que, par conséquent, c'était chez
(4) « On prétend que ce fut dans le même temps que M. Descartes découvrit par le moyen d’une parabole l’art de construire d’une manière générale toutes sortes de problèmes solides, réduits à une équation de trois ou quatre dimensions. C’est ce qu’il a expliqué longtemps après dans le 3° livre de sa Géométrie. » (I, 70).