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LES PROCÉDÉS DE LA MÉTHODE CARTÉSIENNE

Nous avons tâché de voir comment la méthode cartésienne s’est formée et de quels antécédents elle s'est inspirée. Nous voudrions chercher maintenant en quoi elle consiste essentiellement, ou, en d’autres termes, quels sont les procédés qui la constituent.

Descartes n’a donné nulle part une exposition complète de sa méthode ; encore moins en avait-il publié une de son vivant. Nous voyons dans Baillet que les contemporains ne savaient où trouver sa véritable pensée sur ce point. Quelques-uns, et notamment le P. Rapin, jugeant non sans quelque raison le Discours insuflisant, croyaient qu'elle était consignée dans des inédits {{). Rapin et ceux qui pensaient comme lui n'avaient pas tort. Mais d'autres, même mis en possession des Regulæ, auraient continué de demander autre chose : tels Gassendi et Lipstorpius. Gassendi croyait que la vraie méthode de Descartes,

(1) Voy. Baillet, I, 282 : « Nous connaissons d’autres auteurs qui ont parlé de la Logique de M. Descartes comme d’un ouvrage qui n’a point encore vu le jour. Le P, Rapin qui est de ce nombre avait oui-dire que M. Descartes avait commencé une Logique, mais qu'il ne l'avait pas achevée, et qu’il en était resté quelques fragments entre les mains d’un de ses disciples sous le titre De l'Erudition [sur cet écrit, cf. lettres d'Elisabeth et à Elisab., 5 déc. 1647, 31 janv. 1648, V. 97M et 111$ sq. et Baillet, II, 337]. Ce disciple ne peut être que M. Clerselier ». Mais, poursuit Baillet, tout ce que Clerselier avait dans ce genre, c’étaient les Règles pour la direction de l'esprit, « portion considérable de sa méthode »,

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c'étaient les Agditations (1). Cette opinion n'est pas sans vérité, puisque la méthode de Descartes se présente comme universelle et que nulle part, sauf peut-être dans les écrits de jeunesse et dans la lettre sur l'invention d’une langue universelle (1, 76 sqq.), Descartes n'a expliqué ce que devenait la méthode appliquée au monde de la pensée, à la res cogitans. Quant à Lipstorpius, il y a encore plus de vérité dans sa thèse (2). Il pensait en effet que la logique de Descartes, c’est sa Géométrie. Or la Géométrie correspond, comme nous le dirons, à une partie inachevée des Requlæ. Ainsi les contemporains de Descartes n'avaient pas tort d'être dans l'embarras. Mais nous-mêmes aujourd'hui, en possession de tout ce que Descartes à écrit, nous sommes encore contraints, non seulement de rapprocher, pour faire le tout de la méthode, des morceaux d'origine diverse, mais même de suppléer par la divination aux lacunes qui subsistent. Il va de soi que le Discours doit être consulté avant tout. Mais Descartes ne laisse pas de nous en dire les insuffisances, même lorsqu'on le complète par des exemples puisés dans les Æssais : « Je vous dirai premièrement que mon dessein n’a point été d'enseigner toute ma méthode

(1) Ballet, ibid. : « D’autres ont estimé que la vraie Logique de M. Descartes, c’est proprement le traité qu'il donna trois ans après [après le: Discours] sous le titre de Méditations métaphysiques, parce que c’est là principalement où, après avoir proposé le dépouillement de tout préjugé et de toute connaissance acquise par l’éducation, la coutume et l’autorité, il établit la Pensée pour le grand principe sur lequel il voulait bâtir toute sa Philosophie. M. Gassendi qui est l’un des principaux auteurs de cette opinion s’est donné la peine de réduire cet ouvrage à ses principaux points et d’en faire un abrégé qu’il a intitulé Logica Car- LeSiL. »

(2) Baiïllet, I, 281 : « Quelques-uns ont prétendu [en marge Lipstorp. part. I, specimin. Philos. Cartes. p. 8] que la véritable Logique de M. Descartes n’était autre que sa Géométrie, parce qu’ils l’ont regardée comme la clef de tous les arts libéraux et de toutes les sciences. Ils ont supposé dans cette pensée que, sans le secours d'aucune autre règle: ni connaissance qu’on dût avoir apprise auparavant, elle peut servir seule, non seulement à nous faire juger très heureusement de tout ce qui concerne la Philosophie, mais encore à faire une épreuve juste ek certaine des inventions des autres. »

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