LES NATURES SIMPLES
relations, ce qui nous aide à comprendre les exemples de natures simples et absolues que nous donne Descartes (AR. F1} 1[K 27, 29] 381*, 382"). La seconde propriété, c'est que parmi les natures simples il faut compter non seulement des essences séparées, des choses subsistant chacune à part comme des individus, mais aussi bien des liens entre les notions, ou, comme nous dirions maintenant, des idées de rapports (1). Cette propriélé nous fait pleinement comprendre pour la première fois comment la déduction rentre dans l'intuition. Enfin la troisième propriété domine toute la pensée de Descartes en matière de théorie de la connaissance : c’est que les natures simples, en vertu de leur simplicité ou indivisibilité, sont connues tout entières dès qu'on y touche et que, par conséquent, il ne saurait y avoir place pour aucune fausseté dans la connaissance d'une nature simple (2). — Toute la théorie de la connaissance de Descartes se résume donc en ceci que con-
naître, c’est saisir par une intuition infailible des
(1) R. VI [$ 26] 38117 : « ..notandum est primo res omnes, e0 sensu quo ad nostrum propositum utiles esse possunt, ubi non illarum naturas solitarias spectamus, sed illas inter se comparamus ut unæ ex aliis cognôscantur, dici posse vel absolutas vel respectivas. » R. XII [$ 91] 4252 : « item etiam [nos exposuisse colligitur], quid sint naturæ illæ simplices de quibus in 8. propositione. Atque perspicuum est intui-
- tum mentis, tum ad illas omnes extendi, tum ad necessarias illarum
inter se connexiones cognoscendas… » Zbid. [$ 83] 4192 : « Huc etiam referendæ sunt communes illæ notiones quæ sunt veluti vincula quædam ad alias naturas simplices inter se conjungendas, et quarum evidentia nititur quidquid ratiocinando concludimus. Hæ scilicet : quæ sunt æadem uni tertio sunt eadem inter se ; item, quæ ad idem tertium eodem modo referri non possunt, aliquid etiam inter se habent diversum, etc. Et quidem hæ communes possunt vel ab intellectu puro cognosci, vel -ab eodem imagines rerum materialium intuente. »
(2) R. XII [$ 85] 4204, 3 « Dicimus 3° naturas illas simplices esse omnes per se notas et nunquam ullam falsitatem continere.. evidens st nos falli, si quando aliquam ex naturis istis simplicibus a nobis totam non cognosci judicemus ; nam si de illa vel minimum quid mente attingamus, quod profecto necessarium est, cum de eadem nos aliquid judicare supponatur , ex hoc ipso concludendum est nos totam illam cognoscere ; neque enim aliter simplex dici posset, sed composita ex hoc quod in illa percipimus, et ex eo quod judicamus nos ignorare. »
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natures simples et les liens de ces natures simples, qui sont eux-mêmes des natures simples.
Revenons maintenant sur la déduction cartésienne, et, pour achever d'en bien comprendre la nature, demandons-nous si elle diffère radicalement de la déduction syllogistique. Nous rechercherons d'abord si les critiques que Descartes adresse au syllogisme l'obligeaient à renoncer à ce qu'il y a de fondamental dans ce mode de raisonnement. Nous rechercherons ensuile si, par sa manière de comprendre la liaison des natures simples, Descartes est sorti de la syllogistique.
Les critiques que Descartes adresse au syllogisme se ramènent à deux : il lui reproche d'être un mécanisme inintelligent ; il lui reproche de présupposer la vérité découverte, au lieu de la découvrir.
On sait comment, dans le Discours de la Méthode, il a condamné l'Ar{ de Lulle, c'est-à-dire une machine logique qui permettait de tirer des conséquences sans jugement. La même condamnation est portée sur les règles du syllogisme dans les Requlæ : elles sont un mécanisme sans raison, et il faut les remplacer par la raison attentive et soigneusement tenue enéreil{/2eg. X [S 64 sq.] 405% sq., cité p. 1). La même condamnation encore frappe la doctrine scolastique, non plus précisément de la déduction, mais de la formation des concepts, dans l’/nquisitio verilalis, La classification scolastique est un formalisme vain, qui nous laisse toujours en dehors de la pensée et nous apprend à subordonner les uns aux autres des termes que nous ne comprenons pas, au lieu qu'il faudrait nous attacher aux notions directement saisies (1).
(1) X, 515 s. fin. et sq. [$ 44, 45] : pour expliquer ce que c’est que homme, c’est fie de construire une sorte d’arbre généalogique où le nombre des questions va toujours croissant (animal raisonnable, animal, raisonnable, vivant, corps animé, corps, etc.), « tandemque omnes hasce egregias quæstiones in meram battologiam, quæ nihil illustraret et in prima nos relinqueret ignorantia, fore ut desinerent satis liquet. » Contre
cette critique d’Eudoxe, Epistemon défend ensuite l’arbre de Porphyre (cf. supra, p. 50 et n. 1). Voir aussi 523#-% [$ 65].
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