‹ Le système de Descartes;Chapitre 46 sur 171 · LA PLACE DE LA MÉTHODE DANS LA PENSÉE CARTÉSIENNE · texte numérisé non relu

LA PLACE DE LA MÉTHODE DANS LA PENSÉE CARTÉSIENNE

Nous avons étudié dans sa formation, dans ses sources et enfin en elle-même la méthode de Descartes. IL nous reste à la prendre dans son ensemble et à nous demander quelle est sa place dans la pensée cartésienne, dans quels rapports elle se trouve avec les autres parties de la doctrine. Car il serait peut-être trop simple d'admettre par prétérition, ou d'affirmer sans analyse et sans examen, que la méthode est le commencement historique et logique de la pensée de Descartes, et que la métaphysique et la physique sont, sans difficulté, les suites de ce commencement. Nous allons voir d’abord que, en fait, Descartes mêle à l'exposition de sa méthode des points de philosophie, et même que réciproquement des préoccupations méthodologiques se retrouvent dans cerfaines portions de sa philosophie proprement dite. Nous verrons ensuite que cela ne l’empêche pas de considérer la méthode comme ayant un domaine propre, mais qu'il se rend compte, au moins à demi, que la délimitation de ce domaine est laborieuse et que, en raison de cela, il a une théorie indiquée, sinon développée, sur les rapports de la méthode avec la connaissance.

La mathématique universelle est plus qu'une méthode : il est certain que c’est une science. C'est celle qui com-

Rea te

LE

ÿ ES

mande toutes les sciences qu'on nomme communément mathématiques et, par elles, les sciences physiques. Aussi la mathématique universelle se trouve-t-elle exposée, quoique mêlée déjà d'applications et non à l'état tout à fait pur, dans la Géométrie. Mais la notion en est indiquée dans la 2 partie du Discours et dans les Regqulæ; elle est même développée à quelque degré dans ce dernier ouvrage, les règles de la 2° partie enseignant à traiter les problèmes parfaits selon l'esprit de celte nouvelle science générale de la quantité (1). Ainsi voilà une science, une science générale entre toutes il est vrai, qui est en fait dans la pensée de Descartes inséparable de la méthode: première raison de croire que la distinction de la connaissance et de la méthode ne peut se faire sans peine, et preuve que les premières idées de l'auteur n'ont pas été exclusivement méthodologiques.

Mais c'est surtout avec la métaphysique que la méthode se mêle en fait dans l'esprit et les ouvrages de Descartes. Ce mélange est sensible, et dans les ouvrages de métaphysique et dans les ouvrages de méthodologie, et, sur un point particulièrement intéressant, il était inévitable.

Nous nous apercevrons plus d’une fois, en nous occupant de la métaphysique de Descartes que, dominée comme elle l’est par la question de la certitude, elle n’est pas purement ni même peut-être proprement une théorie de l’âme, de Dieu et du monde. Elle est cela sans doute, carle titre complet de la 1"° édition des Méditations (1641) est, comme on sait, Meditaliones de Prima Philosophia, in qua Deiexistentia et Animæ immortalitas demonstrantur, et certainement Descartes avait à cœur d’établir les principaux dogmes traditionnels de la religion naturelle.

(1) Méth. VI, 19% sq. [G. $ 11] : « Mais je n’eus pas dessein. » (cité P. 53). — R. IV, surtout 377% sq. [$ 21] (cité sbid. n. 1) ; R. XIV [$111} 4394 (cité p. 66, n. 1).

Page 1