LA PLACE DE LA MÉTHODE
da Prélice des Principes: La première partie de la phi-
| losophie est la métaphysique, la seconde est la physique avec ses subdivisions {IX n, 14-%). Or, Descartes nous
dit qu'avant d'aborder la philosophie il faut, lorsqu'on s’est fait une morale provisoire, étudier la me la vraie logique, c’est-à-dire la méthode (13% sq.). D
reste ce texte des Principes ne fait qu'exprimer lard suivi par le Discours de la Méthode. Et il faut bien que la méthode soit antérieure à la philosophie, puisqu'elle est l’art de trouver la vérité, qu'elle consiste, comme dit
Descartes, plus en pratique qu'en théorie (p. 69 et n. 1),
qu’elle doit par conséquent être eflicace et créatrice, créatrice précisément de la philosophie. Cela paraît même si naturel qu’on sera tenté de trouver que ce n'était pas la peine de le dire. C'était la peine pourtant, parce que cette antériorité de la méthode, tout indispensable qu'elle soit, va si peu sans difficulté qu'il y a au moins un texte où Descartes ne l'admet plus: et ce texte est important, puisqu'il appartient à un ouvrage écrit par lui assez tard, si ce n'est même très tard. Il s’agit de l’/ngwisirio verilatis : on va voir que la métaphysique y vient la première, que celle-ci est suivie d'une étude non pas scientifique, mais descriptive, des arts et de la nature, et que c'est alors seulement, après la métaphysique et avant les sciences, que vient la méthode : « — Porvraxore : Ditesnous donc aussi l'ordre que vous tiendrez pour expliquer chaque matière. — Euvoxe: Il faudra commencer par l'âme raisonnable, pour ce que c’est en elle que réside toute notre connaissance, et ayant considéré sa nature et ses eflets, nous viendrons à son auteur, et après avoir reconnu quel il est, et comme il a créé tout ce qui est au monde, nous remarquerons ce qu'il y a de plus certain touchant les autres créatures, et examinerons de quelle sorte nos sens reçoivent les objets et comment nos pensées se rendent véritables ou fausses. Ensuite j étalerai ici les ouvrages des hommes touchant les
choses corporelles ; et vous ayant fait admirer les plus rares automates, les plus puissantes machines, les plus apparentes visions et les plus subtiles impostures que l'artifice puisse inventer, je vous en découvrirai les secrets qui seront si simples et si innocents que vous aurez sujet de n'admirer plus rien du tout des œuvres de nos mains. Je viendrai à celles de la nature, et vous ayant fait voir la cause de tous ses changements, la diversité de ses qualités, et comment l'âme des plantes et des animaux diffère de la nôtre, je vous ferai considérer toute l'architecture des choses sensibles et ayant rapporté ce qui s’observe dans les cieux et ce qu'on en peut juger de certain. je passerai jusqu'aux plus saines conjectures touchant ce qui ne peut être déterminé par les hommes, afin d'expliquer le rapport des choses sensibles aux intellectuelles et de toutes les deux au Créateur, l’immortalité des créatures et quel sera l’état de leur être après la consommation des siècles. Nous viendrons après à la seconde partie de cetle conférence, où nous traiterons de toutes les sciences en particulier, choisirons ce qu'il y a de plus solide en chacune, et proposerons la méthode pour les pousser beaucoup plus avant qu'elles n'ont été, et trouver de soi-même, avec médiocre esprit, toul ce que les plus subtils peuventinventer (1) ». | Avant de voir jusqu’à quel point nous devons déférer à ce texte, il faut chercher comment Descartes a dù être amené à l'écrire. Cette recherche, assez facile d'ailleurs, nous fera mieux comprendre qu'il ne l'est pas autant qu'on le croit, de se rendre compte de la place de la méthode. La méthode est définie dans les Æeguleæ : « Per methodum... intelligo regulas certas et faciles, quas (1) Texte original, X, 505° sq. [$ 20 sq.]. Voir supra, p. 50, n. 1. Quant à la date de composition du dialogue, elle est très incertaine. Baillet (11, 475) le rapporte aux dernières années de Descartes. M. Adam, qui
rejette cette opinion, conjecture soit le printemps de 1628, soit, avec quelque préférence, l'été de 1641 ; cf. tbid., 528-532.